Prix lignes d'horizon 2011 : Small is Beautiful

Clément Solym - 30.10.2011

Reportage - librairie - éditeurs indépendants - ligne d'horizon



Un peu d'agitation dans la cour de l'ancienne École des Filles, Cours Victor Hugo à Saujon (17), ce samedi 1er octobre.


Il est déjà 17 heures.


Non ! Ce n'est pas une rentrée scolaire décalée : tout ce petit monde se rend au rendez-vous que leur a fixé Danièle, la libraire de la Place de l'Église qui a organisé pour la quatrième année consécutive le Prix Lignes d'Horizons 2011 destiné à récompenser un petit éditeur indépendant pour la qualité de sa ligne éditoriale, de ses publications et de ses auteurs.

Une cinquantaine de paires d'yeux et d'oreilles sont présentes pour boire aux lèvres de ces animaux préhistoriques qui, année après année, se succèdent à la « tribune » pour se présenter, raconter leur démarche, expliquer ce petit grain de folie qui les pousse à concocter, livre après livre, un vrai catalogue de leurs coups de cœur, de leurs coups de chance, de leurs coups de hasard.


 

Comme d'habitude, ce sont trois éditeurs représentés chacun par deux ouvrages qui ont été retenus par le petit groupe de lecture qui fait corps autour de Danièle :

 


Cénomane, représenté par Alain MALA, implanté dans la Sarthe et dont les deux ouvrages retenus sont


La Dernière Goutte, représenté par Christophe SEDIERTA qui vient de Strasbourg ( !) et dont les ouvrages retenus sont :

  • « Les Enfants Disparaissent » de Gabriel BANEZ


Elyzad, représenté par Elisabeth DALDOUL, éditrice à Tunis ( !!!) et dont les deux ouvrages retenus sont :

 


Les livres des trois éditeurs et le trophée 2011


Comme d'habitude, Danièle offre la parole à chacun pour lui permettre de présenter le cursus qui l'a fait éditeur.

Du déclic provoqué par un spectacle théâtral décalé qui l'a pourtant enchanté (Christophe) et lui a donné envie de dérouter ses lecteurs avec des textes inhabituels, qui s'est lancé dans cette aventure avec son amie, sans expérience, sans connaissance, « comme des lapins de trois mois » mais avec une envie folle.

Jusqu'au « vieux routier » (Alain) qui construit patiemment sa collection depuis près de trente ans avec, comme toujours chez ces « illuminés », une volonté farouche d'ouvrir de nouvelles pistes, d'offrir des espaces ignorés par les grandes maisons.

 

Alain MALA Elisabeth DALDOUL et Christophe SEDIERTA

 

En passant par « l'inéluctable bascule » dans cette galère (Élisabeth) pour ne pas « mourir à petit feu » dans la Tunisie d'avant la révolution où les intellectuels n'avaient pourtant d'autre voie que l'autocensure étouffante pour exister. Une position délicate, difficile, sur le fil du rasoir. Dans une liberté maintenant enfin trouvée et pourtant déjà remise en cause.

Ce qu'il faut retenir de tous les échanges qu'il n'est pas possible de reproduire ici ?

C'est simple ! Il faut rechercher avidement ces trop rares « vrais » libraires qui ne sont pas uniquement là pour vous faire gober quelques ouvrages dont le gros succès relève du matraquage commercial plus que de leurs qualités littéraires.

Il faut être à l'écoute de ces éditeurs-dinosaures qui jouent la différence et osent proposer autre chose que de la culture de masse assénée à la massue. Aller vers des textes qui, refusant l'uniformité, proposent d'autres visions du monde, des gens des choses, de le vie.

 


Il faut s'écarter des têtes de gondoles. Ne pas hésiter à écarter les grands noms pour rechercher les trouvailles de ceux qui, avec quelques livres par an, feraient de l'ombre aux grandes maisons dans une production totale annuelle de plus de 70.000 titres ! Et discuter avec sa (son) libraire ! Écouter ses passions. Peser ses enthousiasmes. La suivre dans ses digressions pour plus de pluralité éditoriale, pour moins d'uniformité. Pour une culture ouverte sur des horizons multiples, multiformes, variés, divers, diversifiés.

Et le résultat du Prix dans tout cela ?

C'est Elyzad qui a été choisi dans un mouchoir de poche après dépouillement de plus de soixante votes. Un succès dû, notamment, à « Nos Silences » (qui aurait enthousiasmé la gent féminine et rebuté la gent masculine : je m'insurge ! ce livre est génialissime).

C'est « La Lumière Prodigieuse » qui a eu l'accessit du texte le plus apprécié des lecteurs

Et pour « La Dernière Goutte », Christophe a savouré les quelques commentaires déroutés ! Pour lui, c'était mission accomplie !

Un petit rafraîchissement pour clore avec convivialité cette soirée et poursuivre quelques apartés : merci encore Danièle de cette soirée où l'art d'écrire et l'art d'éditer étaient à l'honneur.

À l'an prochain !

 

[Small is beautifuyl, de E.F. Schumacher (Editions Contretemps, 1978)