Qu'est-ce qui différencie une série d'un long-métrage ?

Association Effervescence - 31.12.2014

Reportage - chronique effervescence - Chris Marker - film réalisation


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association. 

 

Cette semaine, nous nous intéresserons aux projets de documentaires des étudiants de la section audiovisuelle, qui travaillent sous la direction de Rémi Lainé, réalisateur de documentaires télévisuels. En parallèle, les étudiants s'occupent d'autres projets. En écriture télévisuelle, ils développent une « bible » de série (document de référence qui contient l'ensemble des informations essentielles sur une série : univers, personnages, etc.) et s'interrogent sur la sérialité : qu'est-ce qui différencie une série d'un long-métrage ? En atelier d'écriture, ils doivent « dialoguer » les scénarios qu'ils écrivent depuis le début de l'année et donner vie et corps à leurs personnages par la parole.

 

La Jetée, Chris Marker

 

Les projets de documentaires qu'ils doivent réaliser sous l'impulsion de Rémi Lainé sont souvent source de beaucoup d'enthousiasme de la part des étudiants, qui y voient un moyen de s'exprimer librement : en effet, aucun thème n'est donné. Ce projet s'inscrit dans le cadre du concours « Infracourt » organisé par l'émission de documentaires « Infrarouge » sur France 2, dans lequel chacun, qu'il soit amateur ou réalisateur confirmé, peut envoyer un film de 3 minutes 15. Il pourra alors avoir l'opportunité d'être diffusé dans l'émission et de recevoir une subvention pour développer le court en long-métrage. 

 

Quelques étudiants ont accepté de nous parler de leurs projets documentaires, souvent très personnels. 

 

 

 

Thomas :

« Mon père est éducateur social, spécialisé dans l'une des branches les plus dures de ce métier : l'enfance. Depuis plus de vingt-cinq ans, il s'occupe d'adolescents ou d'enfants (souvent en bas âge) handicapés mentaux ou physiques, victimes d'atrocités, violents... Bref des enfants qui n'en sont plus vraiment. Il les oriente, les accompagne, les protège, souvent d'eux-mêmes. Et malgré toute la pureté de l'intention qui devait être la sienne quand il a commencé, il est aujourd'hui épuisé. Qui ne le serait pas ? Mais mon père a une technique pour décompresser: il raconte des anecdotes, les histoires décalées et consternantes qu'il vit avec ces enfants. Il les raconte et les joue comme un acteur qui aurait bu, comme un clown, n'hésitant pas à se moquer de lui, d'eux et du système qui les entoure, jusqu'à en étouffer de rire. J'ai voulu réaliser ce documentaire parce que j'admire ce qu'il fait, et la manière dont il s'en échappe, j'admire sa force: son humour. En réalité, j'ai voulu faire ceci parce que mon père me fait bien marrer ! »


Lucie :

« Mon grand-père est mort il y a trois ans. En 1956, il est parti faire la guerre d'Algérie ne sachant pas trop ce qui l'attendait puisqu'il ne s'agissait que d'une « pacification ». Comme dans beaucoup de familles françaises, il n'en a jamais parlé, ni à ses enfants, ni à sa femme, et ni à moi. Ce n'est pourtant pas faute de lui avoir posé la question. Lorsqu'il est mort j'ai toujours regretté de ne pas lui avoir imposé d'en parler, face caméra, mais je n'ai pas eu le courage. C'est alors à ma grand-mère que je pose la question, car étrangement deux mois avant sa mort, pourtant inattendue, il a ressenti le besoin d'évoquer cette guerre. Oui, cette guerre malgré tout ce qu'ont pu penser les Français, et ce jusqu'en 1999 où Jacques Chirac a rétabli la vérité. Une guerre provoquant la rupture entre mon grand-père et ses parents, résistants de la première heure lors de la Seconde Guerre mondiale, qui dénigrèrent cette « guerre sans nom », qui selon eux n'avait pas fait de leur fils un homme. Mais c'est aussi durant cette guerre que le soleil de l'Algérie l'a ébloui, au point que mon grand-père a emmené ma grand-mère sur la Côte d'Azur. » 

 

Clémence : 

« J'ai passé une bonne partie de mon enfance dans la maison de mes grands-parents, à la campagne. Mon grand-père l'a construite de ses mains, aidé de mon arrière-grand-père, il y a près de cinquante ans. La maison a connu cinq générations, toute ma famille n'y a pas vécu mais nous avons tous un rapport particulier avec cet endroit. Ma grand-mère à aujourd'hui quatre-vingts ans et pour diverses raisons, elle doit partir. Que va devenir cette maison ? Qu'avons-nous laissé de nous entre ces quatre murs ? Que dit-elle de notre histoire familiale ? La maison sera le personnage central du documentaire. Les témoignages de mes oncles, tantes, frères et cousins viendront mettre en avant le rapport intime de ma famille avec cette demeure et évoquer les questions que chacun se pose face à un tel changement. »

 

Laurie et Marie (qui travaillent en binôme sur un projet concernant le terre-plein central qui part du boulevard de Clichy jusqu'à Pigalle) :

« Un mot revient : le quotidien, celui de ceux qui traînent, comme celui de ceux qui traversent. En faire un portrait tout en contrastes, en jouant sur les points de vue, en se plaçant depuis celui, statique, de la personne qui y erre, y "vit" ou de celle, en mouvement qui ne fait que passer. Mettre en scène le spectacle de la vie "parisienne" dans ce qu'elle a de plus étrange, à travers les regards de ceux qui observent et de ceux qu'on regarde, et se plonger au cœur de la vie d'un lieu particulier dans son agencement, dans sa réputation aussi, comme s'il existait une "géographie du danger". Il ne s'agit non pas de parler de ce que subissent les femmes qui s'y aventurent mais bien de ce qu'on ne voit plus par habitude, de ce qu'on ignore par inquiétude, de comment l'espace est perçu. Pourquoi là ? Comment ? Qu'y fait-on ? »

 

Vous en saurez bientôt plus sur le tournage du scénario de la promotion audiovisuelle, prévu pour début février et dont la phase de préparation va bientôt commencer. 

 

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À mardi prochain !