Quais du polar : la professionnalisation s'opère d'elle-même

Clément Solym - 01.04.2012

Reportage - quai du polar - Lyon - auteurs


Son téléphone sonne en permanence ; elle garde un sourire un peu las, certes, mais heureux. « Ça pourrait aller plus mal », commence Hélène Fischbach, responsable de la programmation et de l'organisation de Quais du polar. Difficile de raccrocher. « J'ai juste envie d'un café », ajoute-t-elle, toujours souriante. C'est que la 8e édition de la manifestation lyonnaise se passe « plutôt bien, plutôt très bien... »

 

Pulp fiction retentit. La sonnerie du téléphone. Sourire gêné, soupir... et finalement, appel refusé. « Une petite pause, au moins le temps d'un café. » Mince, me voilà complice d'un rejet d'appel. Ça va prendre dans les combien, ça ? Mais le sérieux revient immédiatement : « Quais du polar a réuni beaucoup d'éditeurs et d'agents, cette année. Nous accueillons cent à cent cinquante professionnels de l'édition durant ces trois journées.

 

C'est une professionnalisation qui s'accompagne de beaucoup d'éditeurs qui reviennent, maintenant, et depuis quelques années, des éditeurs étrangers font le déplacement. Et des agents littéraires français. Cette année, nous n'avons pas reçu d'agents étrangers, mais toutes les agences françaises sont représentées pour 2012. D'autres représentent des auteurs étrangers en France, et apparemment, Quais du polar est apparemment devient une manifestation incontournable. »

 

Les professionnels se retrouvent dans une ambiance familiale
 

Pour autant, les organisateurs n'ont pas encore à l'esprit de créer un espace de rencontre entre professionnels, pour les discussions autour de cessions de droit. « Pour l'instant, nous n'avons pas ce projet pour l'instant. Nous resterons sur la même configuration l'an prochain. La professionnalisation s'opère d'elle-même, et un espace dédié n'est pas nécessaire. Les rencontres se font dans une ambiance familiale. »

 

Pause. Réflexion. Fou rire : « Non, on ne va pas concurrencer Bologne ni Francfort de ce point de vue. » Quoi ? J'ai suggéré une bêtise ?

 

Hélène Fischbach, radieuse

 

 

L'affluence témoigne clairement de la vivacité du rendez-vous : sur les conférences des deux jours passés, on découvre une foule plus grande encore, des familles, qui traversent la librairie du Palais du Commerce, ou des auditeurs nombreux aux rendez-vous donnés. « Nous avons investi la Chapelle de la Trinité, qui fait 500 places, les salons de l'Hôtel de Ville, qui font plus de 300 places, et les rencontres sont complètes », souligne Hélène. 

 

Durant les trois jours, le cinéma n'est pas absent : Bertrand Tavernier et Morgan Sportes ont présenté à l'institut Lumière, l'Appât, un important rendez-vous. Hier, une foule gigantesque se pressait pour assister à la rencontre, dans la Chapelle de la Trinité, avec John Connolly. Une heure durant laquelle il parlait de son travail d'auteur, de son livre. Et puis, il y avait un peu d'amour dans ce monde de littératures policières, « un thème dont on ne parle pas assez dans le polar, et nous avons cette année des auteurs qui ont tous écrit de magnifiques polars sur ce thème ». 

 

Donner une place à chaque auteur
 

Hubert Artus, journaliste indépendant, en charge de la programmation des tables rondes depuis 2005, s'amuse toujours autant. « En huit années, les conférences du festival se renouvellent bien. Chaque année, j'essaye de croiser les centres d'intérêt des auteurs, de les réunir autour de tables-rondes, les faire échanger et parler entre eux. Je construis des plateaux-débats pour qu'ils apportent leur témoignage d'écrivains, sur des sujets politiques, littéraires, sociaux, historiques - parfois très pointus, comme le thème de la culpabilité, abordé hier matin. »

 

Mais même de ce point de vue, le festival a grandement changé. « Les premières années, on proposait moitié-moitié de thématiques générales et pointues, pour satisfaire tout le monde, mais aussi parce que l'on avait plus d'auteurs grand public. Désormais, on garde la confiance de ces auteurs grand public, mais les grands noms américains arrivent également, et plus nombreux. »

 

 

 

C'est ainsi que Connolly est présent pour la 8e année, auteur que le festival attendait depuis sa création. « La difficulté est de parvenir à trouver un débat qui leur convient à chacun des auteurs. Mais certains reviennent pour la troisième fois, et commencent à connaître non seulement la ville, mais surtout ont l'habitude de se retrouver. »  

 

Le livre numérique, manquant ? « C'est vrai »
 

Et la ville, définitivement, cette ville... douce chaleur, terrasse légèrement bercées de vent... En fait, il ne manque pas grand-chose pour trouver le bonheur. « C'est vrai », reconnaît Hélène, avec une moue espiègle. Parce qu'en évoquant le polar, ou la littérature policière, on évoque aussi les ventes... de livres numériques, qui profitent d'un fort engouement dans ce secteur de l'édition. « C'est vrai que l'on n'a pas tellement creusé dans cette direction pour l'instant. Je sais qu'il y a beaucoup de projets qui se montent, comme ce polar d'Henri Loevenbruck, qui est totalement numérique, dans une version inédite. Mais pour l'instant, on ouvre à peine sur le livre numérique. »

 

Pourtant, la région s'y prête plus particulièrement encore, depuis l'annonce de The Ebook Alternative, par l'association de Cultura, RueDuCommerce et Decitre (voir notre actualitté). Si l'on ajoute les James Patterson, Stieg Larsson ou  Michael Connelly qui ont été parmi les premiers auteurs à entrer dans le club des millionnaires de la vente en livres numériques, évidemment, le lien se fait avec un certain naturel. Alors la région lyonnaise et ses Quais du polar, un lieu de rencontre privilégié ? 

 

« Nous collons à l'actualité, et nous avons vu des projets émerger, qui sont intéressants. L'idée du festival, c'est toujours d'être sur l'actualité du genre, ce qui s'est passé durant l'année et évidemment, si des choses émergent dans le domaine numérique, nous serons à l'affût. »

 

Foule dense, dans la librairie du Palais du commerce

 

 

Allez, finissons sur une autre note d'avenir : l'an prochain, Quais du polar, qu'est-ce l'on y trouvera ? « Nous avons déjà l'idée, en gardant à l'esprit d'inviter un pays, comme chaque année, de nous pencher sur l'Asie. Pour 2013, nous aimerions faire une incursion dans le polar asiatique, et d'inviter des auteurs japonais. Et nous ferons venir bien sûr d'autres auteurs américains.  »

 

Silence chargé d'espoir du journaliste blême : « Vous allez faire venir Murakami ? » Grand sourire calme d'Hélène : « Il faudrait déplacer la grotte dans laquelle il s'est caché... » L'autre approche, serait de diversifier sur les auteurs asiatiques, en intégrant la Thaïlande et des auteurs. « Nous aimerions faire revenir Mo Hayder, David Peace ou John Burdett. »

 

Encore une fois, Lyon dégaînera sans pitié... 

 




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