Rendez-vous à Radio France : : de l'ORTF à la Maison de la Radio

Association Effervescence - 21.01.2014

Reportage - Radio France - Jean-Luc Hees - masterclass


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association.

 

Cette semaine, retour sur la master class du 8 janvier dernier, « Radio France : de l'ORTF à la Maison de la Radio ». Le sujet avait de quoi nourrir des débats passionnés, riches en questions historiques, politiques et esthétiques.

 

  

Oui, il y a une esthétique de la radio, un art radiophonique tel que le service public tente de le défendre malgré la concurrence féroce et des résultats d'audiences parfois mitigés. Et le public de la master class, venu nombreux, n'a pas été déçu par la qualité des échanges qui se sont tenus entre le président de Radio France, Jean-Luc Hees, le directeur de FIP, Julien Delli Fiori, et le réalisateur Nicolas Philibert. La master class a été orchestrée par Stéphanie Fromentin, animatrice et journaliste chez Radio France, également professeur pour l'option Audiovisuel de notre master 2.  

 

 

 

La maison de la Radio

 

La master class a démarré avec une discussion autour de La Maison de la Radio, un documentaire de Nicolas Philibert sorti en 2013, voyage à travers les couloirs, bureaux et studios d'enregistrement du bâtiment de Radio France. Ce film nous donne une rare occasion non seulement d'écouter, mais de voir la radio. Jouissant d'une liberté absolue detournage, Nicolas Philibert invite son spectateur à assister aux enregistrements d'émissions et de concerts musicaux, à de nombreux entretiens et surtout au travail quotidien des différentes équipes techniques, qui jouent dans l'ombre un rôle crucial.

 

La rencontre avec le réalisateur du film nous a donné l'occasion d'aborder une des particularités de cette œuvre : l'absence de tout commentaire. En effet, La Maison de la Radio n'offre rien d'autre que le regard omniprésent de la caméra pour guider le spectateur, ce qui rend l'expérience de visionnage personnelle, voire intime, excluant tout intermédiaire pour agencer ou résumer les images. D'après Nicolas Philibert, l'intention qui a inspiré cette décision artistique consistait en une envie de mettre en avant une partie essentielle et inévitable des métiers de la radio : l'attente, que ce soit une attente de l'antenne, une attente de réaction de l'interlocuteur lors d'un entretien – en tout cas, l'attente traduite par le silence qui précède le mot prononcé au microphone. 

 

Un métier fait de passion

 

Le documentaire de Nicolas Philibert met aussi en valeur l'une des qualités premières de tout professionnel de la radio : la passion. Comme Julien Delli Fiori l'a affirmé, travailler à la radio n'est pas un métier comme les autres. Cela suppose un rythme de travail particulier, dense, souple. Il ne s'agit pas de faire ses heures en attendant de partir en vacances. « Non, la radio, ça se vit, c'est une affaire de plaisir, mais également de risque. » 

 

La radio est en effet un milieu marqué par une certaine précarité : on n'y travaille pas pour y chercher une forme de sécurité. Cette notion de plaisir est palpable dans les mots que Julien Delli Fiori prononce. Surtout, elle s'avère étroitement liée à la station musicale qu'il dirige, FIP, créée en 1971.

 

 

La Maison de la Radio, Paris | © Gérard Duchet, Wikimedia Commons

 

 

De l'importance de l'écoute

 

Lors de cette rencontre, Jean-Luc Hees a évoqué quelques facettes de son expérience de présentateur radio. Quand nous nous représentons l'ambiance d'un studio d'enregistrement, nous pensons souvent que la radio est avant tout une affaire de voix, de parole ; selon le président de Radio France, l'écoute est également une partie indispensable du travail derrière le microphone. Ainsi, selon Jean-Luc Hees, entre les deux manières de mener une interview – de façon improvisée ou de façon construite –, un présentateur qui se soucie du sens de ce qui est dit et non de l'aspect formel du travail devrait choisir l'improvisation, mettre de côté les grandes lignes de l'émission préparée en amont et donner libre cours à la conversation qui se construit en studio. 

 

Monsieur Hees a aussi avoué que la radio, l'art du son par excellence, lui a enseigné l'importance du regard : devant le microphone qui transporte la voix vers des milliers d'auditeurs, on se sent paradoxalement dans une plus grande intimité avec la personne invitée qui se trouve en face. « Le véritable défi est donc celui de la mettre à l'aise, de l'aider à s'ouvrir à vous – et comment y réussir si ce n'est pas en la regardant, en lui montrant un intérêt sincère ? » 

 

Au cours de la master class, les conseils de Jean-Luc Hees se transformaient parfois en échanges beaucoup plus personnels. Ainsi a-t-il évoqué, entre autres choses, ce sentiment indéfinissable lorsque l'on met le casque et qu'on entend sa voix à l'antenne – un sentiment qui transforme, le temps d'une émission, notre rapport au monde.

 

Le sujet qui ne devrait pas fâcher : la politique

 

Inévitablement, la politique s'est immiscée dans le débat, et ce de différentes manières. Tout d'abord, Jean-Luc Hees s'est longuement exprimé sur la politique de Radio France à travers la station Le Mouv', destinée à la jeunesse. Il ne s'en est pas caché : Le Mouv' est un échec en termes d'audience. Pour lui, toutefois, le devoir du service public n'est pas de se soumettre à la dictature de la demande et de l'audimat, mais d'offrir du contenu qui fait écho à des problématiques citoyennes. Le Mouv' se distinguerait des autres radios pour les jeunes en proposant des émissions qui recherchent la profondeur plutôt que le clinquant. 

 

La deuxième question politique, plus délicate, concerne une éventuelle pression du pouvoir politique. Nommé par Nicolas Sarkozy, l'actuel président de Radio France a confirmé la liberté d'expression totale du service public : d'après lui, sous son mandat, le gouvernement ne serait jamais intervenu et n'aurait pas pris position.

 

 

Jean-Luc Hees | © Eric Fougere/VIP Images/Corbis/Eric Fougere

 

 

Enfin, la master class a été l'occasion de discuter de problématiques d'actualité, notamment au sujet de la coexistence, voulue ou forcée, de la radio avec Internet. Jean-Luc Hees et Julien Delli Fiori ont été unanimes quant à la question de la présence des chaînes radio sur le Web et de la création des sites internet pour chaque station : bien que l'accès aux émissions en différé et le système de podcasts puissent sembler incompatibles avec la nature même du média, cette mesure est incontournable. Selon eux, nous sommes depuis quelques années dans un contexte de changement et de diversification des façons d'écouter. L'auditeur acquiert de nouvelles habitudes auxquelles il faut savoir s'adapter. 

 

Cela ne signifierait pas pour autant que la radio perd en authenticité. En réponse à une remarque sur les web-caméras, installées parfois dans les studios pour assurer une transmission en continu des enregistrements, Nicolas Philibert a souligné que cette intrusion supposée de l'image dans le domaine du son n'en serait une qu'en apparence, car les web-caméras ne seraient pas dotées d'un véritable « regard » qui enrichirait l'expérience de la radio.

 

Ainsi s'achève la master class organisée par Stéphanie Fromentin. De cette rencontre, nous retenons la particularité du média radiophonique. Foncièrement sonore, il constitue avant tout un art du dialogue qui repose sur une double entente : celle qui réside dans l'échange entre le présentateur et ses invités, puis celle qui s'instaure avec l'audience à laquelle il s'adresse.

 

Si vous voulez (re)lire nos chroniques déjà publiées sur ActuaLitté, c'est ici ! Si vous voulez être informés chaque semaine de la parution de notre nouvelle chronique, c'est ici ! En attendant, vous pouvez nous suivre sur nos pages Facebook et Twitter.
À mardi prochain !