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S'évader au ciné, apprendre des livres : la bibliothèque de Fanny Bouyagui

Auteur invité - 06.12.2019

Reportage - bibliothèque Fanny Bouyagui - livres cinéma artiste


PORTRAIT – « Je m’évade avec le cinéma, j’apprends avec les livres » Artiste plasticienne roubaisienne, Fanny Bouyagui crée depuis plus de trente ans des spectacles engagés, d’exubérantes parades ou des événements pérennes et très attendus comme la Braderie de l’Art ou le N.A.M.E Festival. Pour cette autodidacte qui s’inspire sans cesse des cultures urbaines et de l’air du temps, le livre marque le temps à soi et nourrit d’intimes passions.


© Marie-Laure Fréchet


Elle vit et travaille avec ses collaborateurs de toujours, Sabine, Thierry et Sébastien, dans une maison-bureau-atelier, vaste giron fécond où prennent forme de foisonnantes créations. On pourrait se perdre dans le dédale d’étages de cet ancien entrepôt de tissus où s’amoncellent les objets personnels et les vestiges de ses créations. On la trouve dans son bureau, accoudée à une grande table de drapier. Comme un clin d’œil au destin pour cette Roubaisienne promise au métier d’ouvrière textile. « Je n’ai comme diplôme qu’un CAP couture, prévient-elle. J’aurais mieux fait de passer un CAP cuisine ! » 

Partie bourlinguer toute jeune en Grèce où elle fait les saisons, puis en Égypte, où elle ouvre un restaurant, Fanny Bouyagui est rattrapée par l’art à son retour à Lille dans les années 90. Un bref passage aux Beaux-Arts lui inspire l’idée d’une exposition « 100 gens, 100 toiles », présentée dans le cadre de l’ouverture du métro lillois. C’est le début d’Art Point M, le collectif dont elle est depuis vingt-huit ans la directrice artistique.

Mixant les influences de la culture urbaine et les métissages, Art Point M porte entre autres La Braderie de l’Art, événement mêlant design de la récup et création d’œuvres que les visiteurs acquièrent pour 1 à 300 €, et le N.A.M.E festival, dédié à la musique électronique. 

Fanny Bouyagui collabore aussi avec divers acteurs culturels à l’échelle locale, nationale ou internationale, comme Jean Blaise (Lieu Unique et le Voyage à Nantes), José-Manuel Gonçalvès (Le 104 à Paris), Didier Fusillier et Lille 3000, Mons 2015, capitale européenne de la Culture ou dernièrement Nuit Blanche à Paris. Ce qui l’anime : « La liberté de faire ce que j’aime », lance-t-elle, confiant son plaisir aussi à travailler de longue date avec une équipe soudée. « Même si c’est toujours moi qui tranche », confie cette artiste charismatique au look étudié, métissée par son père sénégalais, multitatouée, dingue de fringues, touche-à-tout.

Oiseau de nuit, grande voyageuse, Fanny Bouyagui lit dans ce qu’elle appelle ses « moments de vide ». Elle dévore alors des livres qui nourrissent ses passions personnelles, la cuisine, la céramique, et son insatiable curiosité pour les autres, sans autre prétention, à l’aube de la soixantaine, que d’apprendre toujours et encore de tout et de tous. 
 

L’enfance 


« Petite, je n’ai pas lu. Je viens d’une famille nombreuse. J’étais l’ainée de sept enfants et ma mère avait adopté sept petits Africains. Des enfants qu’elle a pris en nourrice et que les parents ne sont jamais venus chercher. À six par chambre, tu n’es pas amenée à lire. Je passais plus de temps à rigoler avec mes sœurs. Je lisais quand même un peu les romans-photos de ma mère, quand j’étais très jeune, vers 10-11 ans. » 
 

Le cinéma 


« Je ne suis pas une grande lectrice. Je suis plutôt branchée cinéma. Je peux regarder trois Bergman en suivant la nuit en cas d’insomnie. Le cinéma est arrivé avant les livres, car j’étais amie avec un grand cinéphile qui me l’a fait découvrir. Le cinéma comble sûrement mon besoin de fiction, d’histoires. Avec le cinéma, je m’évade. » 
 

Les livres 


« Je lis beaucoup de polars et des biographies. Je lis pour apprendre. Dans la famille d’où je viens, on lisait soit des livres de classe, soit des livres pour s’instruire. Je lis le soir, dans les avions, en vacances. Les livres accompagnent mes temps de vide. Je ne m’intéresse pas aux livres en lien avec mon métier et l’art. Ils ne sont surtout pas une source d’inspiration, car j’ai toujours peur de copier. Je préfère voir des expos. » 
 

La cuisine 


« Je me suis toujours intéressée à la cuisine. Mon père travaillait dans les fruits et légumes, comme manutentionnaire aux Halles de Lille, rue Solferino. Je l’accompagnais dans son travail de nuit et je mangeais avec lui dans les restos. D’où ma passion pour les livres de cuisine. Je les lis comme des romans. Je m’assois et en parcours chaque page. Je rêve d’un livre qui donnerait tous les secrets de cuisson. » 


© Marie-Laure Fréchet
 
 

Le papier 


« Je n’ai pas du tout de fétichisme de l’objet livre, de la feuille. J’y suis totalement insensible. Je n’ai aucun rapport au papier. Je n’écris pas beaucoup non plus. Ce rapport-là, ce sont souvent des gens qui ont fait des études qui le développent. Moi j’ai quitté l’école en 5e. Par contre j’aime toucher le tissu. Je suis très fétichiste du textile. Je collectionne les magazines de mode, je range mes tissus par couleur, comme dans une bibliothèque. » 
 

Le livre numérique 


« À 99 %, je lis des livres au format numérique. J’ai commencé à lire sur un ordinateur, car je travaille beaucoup avec des vidéos et quand elles chargent ou s’encodent, on est bloqué devant son écran, à le surveiller du coin de l’œil. Et ça peut prendre beaucoup de temps... Je suis ensuite passée à la lecture sur tablette, car je bouge beaucoup, mais aussi parce que quand on télécharge sur Internet, on a toujours la trouille du virus pour son ordinateur. J’ai un grand iPad. Je lis des magazines du monde entier sur LeKiosk Apple. Et quand j’achète un livre à mon homme, je l’achète pour moi au format numérique. » 
 

Le travail 


« Ma hantise, c’est d’être ringarde. Je suis à l’affût de tout. De la mode, du design. C’est un travail au quotidien. Je voyage, je sors beaucoup dans les clubs. Je parle avec des jeunes, je regarde comment ils se comportent. Je me nourris de ça. Je ne veux pas être enfermée dans mon monde. Tout m’intéresse. » 
 
Marie-Laure Fréchet
   
 

Les dix livres qui accompagnent Fanny Bouyagui 


Conversation avec les tueurs, de Stéphane Bourgoin (Grasset).
« Je suis complètement fascinée par les tueurs en série. J’ai contacté l’auteur, car j’aimerais faire une exposition sur cette fascination qu’ont les gens pour les serial killers. » 

J’adore la mode mais c’est tout ce que je déteste, de Loïc Prigent (Grasset)
« Un répertoire très drôle des petites phrases qu’on entend dans les défilés. Les brèves de comptoir de la mode. » 

Frida Kahlo, de Gérard de Cortanze (Albin Michel)
« Avant de préparer la parade lilloise d’Eldorado, je me suis plongée dans ce livre qui montre une femme tellement plus libre qu’on peut l’être en 2019. » 

Je n’écrirai jamais mes mémoires, de Grace Jones (Séguier)
« J’étais fan de cette femme quand j’étais jeune. Je la trouvais trop dingue, trop folle. Il y a deux ans, j’ai eu l’occasion de la voir en concert. J’ai eu peur d’être déçue, de voir une vieille femme. Et j’ai pris une vraie claque. Elle est incroyable. » 

Lars von Trier, le provocateur, de Jean-Claude Lamy « Sa vie, ses phobies... » (Grasset)

Devenir, de Michelle Obama « Le beau récit d’une femme de l’ombre. » (Fayard)

Collages et recettes, d’Alain Passard
« Une approche très simple de sa cuisine, illustrée par ses collages. » 

Les dîners de Gala, de Salvador Dalí
« Un très beau livre illustré par Dalí, offert par mon fils. » 

Ma bible des secrets d’herboriste, de Michel Pierre et Caroline Gayet (Leduc.S)
« Je crois au pouvoir des plantes et je le consulte chaque jour. » 

Le Grand livre de la céramique, Louisa Taylor
« Je me suis mise à la céramique, j’ai un atelier et un four et ce livre est la bible. Il faut des années pour la maîtriser. Et accepter aussi des erreurs sublimes, qu’on ne peut jamais reproduire. » 

Son actu 
Dak’art, biennale de l’art africain contemporain : 28 mai au 28 juin 2020, avec un travail sur la récup’ : biennaledakar.org 


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