Reconnaître les éditeurs comme des entrepreneurs culturels à part entière

La rédaction - 28.08.2015

Reportage - édition indépendante - livre lecture - publication ouvrages


Au cours de la semaine, les éditions Mardaga ont passé en revue les enjeux d’un modèle éditorial plus compréhensif, entre pouvoirs publics et sociétés privées. La fin de cette réflexion culmine nécessairement par un aboutissement : chacun son métier, de sorte que chacun le réalise au mieux. Or, ce qui importe le plus, c’est avant tout que le patrimoine culturel puisse être accessible aux lecteurs.

 

collection historique patrimoine

Editions Mardaga, CC BY SA 2.0

 

 

Bien sûr les pouvoirs publics ont une obligation morale et technique de mettre un certain nombre d’informations à disposition des citoyens, il entre dans leur mission de financer des recherches, de les documenter par des missions photo, d’inventorier les ressources de leur territoire, mais n’est-ce pas le métier de l’éditeur de les rendre accessibles au public ? 

 

On peut l'envisager gratuitement et dans ce cas les institutions (en ce compris les musées, les fondations, l’ensemble du secteur qui fonctionne sur fonds publics), les pouvoirs publics eux-mêmes sont les commanditaires et l’éditeur le prestataire de service (si le chauffage d’une administration est en panne, s’il faut réaménager des bureaux : on fera d’office appel aux professionnels ad hoc ; pourquoi n’en irait-il pas de même en termes de publication ?).


Cela peut également s’opérer à titre payant et dans ce cas l’éditeur se voit confier la mission, outre la réalisation de la publication, d’en assurer également la diffusion en librairie ; son travail est payé pour l’ensemble de la mission et des royalties peuvent être ristournées au commanditaire sur les ventes effectivement réalisées.


Quel que soit le cas de figure, des critères éthiques et de développement durable doivent être favorisés. Indirectement, une telle collaboration stimulera toute la chaîne du livre et favorisera l’emploi et des entreprises locales (pour autant que ces critères soient bien repris dans le cahier des charges).


Il n’est pas rare actuellement de voir un appel d’offres remporté par le prestataire qui présente le « meilleur prix » (en faisant appel à des fournisseurs qui ne respectent aucune règle environnementale, sociale…). Mais aussi des institutions (je pense ici en particulier aux musées, aux universités, à l’IPW…) qui vendent leurs publications à des prix ne répondant à aucune loi du marché (déjà parce que leur propre travail n’est pas prix en compte ou que celui des collaborateurs attachés à la réalisation des livres peut être mis à charge d’autres postes budgétaires que la publication elle-même par un étrange et illégitime tour de passe-passe). 

 

Le prix de ces publications est souvent déterminé en fonction du prix « supposé acceptable par le public » indépendamment des coûts réels de la publication, prix qu’un éditeur qui rémunère normalement les différents intervenants de la chaîne du livre (auteur, correcteur, traducteur, graphiste, attaché de presse, éditeur, diffuseur, libraire, etc.) ne pourrait en aucun cas proposer

 

"La survie d’éditeurs locaux est une condition, non certes suffisante, mais nécessaire à la diffusion de richesses culturelles locales."


Ou encore des acteurs publics (je pense ici en particulier à l’Académie) qui proposent leurs publications soit en vente directe soit par un lien vers Amazon pour la vente de leurs ouvrages… assez paradoxale lorsqu’on sait l’argent qui est dépensé par la FWB (leur pouvoir subsidiant !) pour soutenir le réseau de la librairie locale !!! Notons toutefois qu’une liste de libraires partenaires est très discrètement mentionnée dans l’espace pro qui figure tout en bas des pages de leur site !


Nos recommandations sont ainsi assez simples : il nous semble urgent de voir les éditeurs (tous secteurs confondus) reconnus comme des entrepreneurs culturels à part entière. Que s'installe une politique cohérente de partenariat avec les institutions et pouvoirs publics (là aussi de manière transversale et intégrant tous les secteurs concernés). Et que l'on définisse une véritable politique de soutien à l’édition au sein de la Fédération Wallonie Bruxelles sous peine de voir notre identité (celle de la FWB) s’estomper…

 

La survie d’éditeurs locaux est une condition, non certes suffisante, mais nécessaire à la diffusion de richesses culturelles locales. De nombreux auteurs belges, artistiques ou scientifiques, n’ont guère de chances de se voir publiés à Paris ou Amsterdam où les nationaux seront toujours privilégiés. Sans éditeur belge, c’est un pan de notre culture qui disparaît.

 

Éditions Mardaga