Service Public : Oprah Winfrey au secours du livre sur France Télévision ?

Clément Solym - 27.05.2008

Reportage - television - promotion - livre


Ce matin au siège du Syndicat National de l'Édition (SNE) se tenait une réunion sur l'avenir du livre, au sein de deux médias : la télévision et la radio. Une étude dévoilée pour l'occasion examine en effet la place accordée au livre dans des émissions dédiées à la littérature, mais également celles qui proposent, dans leur contenu, une rubrique littéraire, que ce soit sur les chaînes hertziennes et câblées ou dans les radios. Élément à prendre en compte, les livres promus au cours de JT n'ont pas été retenus.

 

 

Ce qui est regrettable étant donné l'influence à ces horaires de grande écoute, mais qui ne constitue pas la base de la réflexion du jour. De même, Arte a été exclue en ce qu'elle n'a pas vocation à défendre le livre, mais de mettre à la portée des créateurs l'outil télévisuel.

Le livre a la télé en poupe

Télévisuellement parlant, on en retiendra quelques chiffres, notamment le temps accordé annuellement : entre la saison 1999-2000 et 2006-2007, le nombre d'heures n'a cessé d'augmenter, passant de 262 heures sur la première période à 338 heures sur la dernière. Une évolution qui n'aura connu qu'une chute en 2000-2001, avec 180 heures.

Autre élément important, bien que ses parts de marchés chutent sensiblement, du fait des variations de son horaire de programmation, l'émission Un livre, un jour (France 3) connaît les meilleurs résultats, et la plus grande longévité : une émission de 2'45 réunit ainsi plus de monde que n'importe quelle autre. Même constat d'ailleurs avec Un livre, diffusé sur TF1. De 2000 à 2007, le nombre d'émissions s'est par ailleurs maintenu, bien qu'à la baisse : on en comptait huit en 2000 contre 7 en 2007. Plusieurs années ont vu des pointes à 11 émissions l'an.

 

 

338 consacrées à la promotion du livre dans des émissions
pour la saison 2007-2008


On a appris dernièrement la fin de l'émission de Guillaume Durand, remplacé selon toute vraisemblance par Nicolas Demorand et Daniel Picouly. La fin de l'émission phare de Bernard Pivot, Double je, ou de celle animée par Thierry Ardisson, Tout le monde en parle a-t-elle nui à la promotion du livre ?

La radio n'est pas en manque dans le domaine

Concernant la radio, on verra que le nombre d'émissions depuis la saison 2002-2003 jusqu'à 2007-2008 a pour sa part augmenté de 13 à 19, avec un pic en 2005-2006, à 20. Le temps accordé augmente également, passant de 526 heures à 590, avec en 2005-2006 une montée à 669 heures. Différentes radios étaient prises en compte : celles de Radio France, mais également Europe 1 et RTL. Le service public mène ainsi la danse, dans tous les domaines, puisque 75 % des émissions sont produites par Radio France et France Culture a offert 7 émissions au cours des six dernières années (sur un total de 15,7 émissions en moyenne annuellement).

 

Un nombre stable d'émissions, avec France Culture
qui devance très largement les autres radios


La publicité a définitivement été radiée sur le service public, sapant le problème lié à la promotion du livre à la télévision et à la radio. Dernier élément à faire intervenir, France Télévision promeut 500 ouvrages par an. Alors, trop de distribution ou trop mauvaise distribution ? Faut-il augmenter le nombre d'émissions pour sensibiliser au mieux le public ? Aller vers plus de petites émissions efficaces ?

Oprah Winfrey et les talk-show américains au secours

Ronald Blunden, directeur de la communication chez Hachette a pris part à un groupe de réflexion lancé par le SNE qui avait pour tâche d'examiner cette question. Pour lui l'alternative est simple : il faut se tourner vers les émissions américaines et anglaises pour comprendre comment assurer au mieux la promotion du livre.

Prenant pour exemple le talk-show de la présentatrice américaine Oprah Winfrey ainsi que l'émission anglaise Richard & Judy, anciennement diffusée sur Channel 4, on constate que ces derniers, qui ont une place quotidienne sur le petit écran dans un talk-show très largement suivi, assurent une promotion particulièrement efficace. En ciblant un ouvrage, de façon rigoureuse, de manière à ce qu'il soit accessible au grand public, mais également particulièrement plaisant, Oprah Winfrey met en avant un livre mensuellement. Son auteur est généralement un peu avancé dans sa carrière, mais pas encore renommé. « Et le succès pour ces œuvres est au rendez-vous avec des tirages de 300.000, voire 400.000 exemplaires pour le livre concerné », assure Ronald.


Promouvoir moins d'ouvrages mais beaucoup mieux

Mais surtout, l'impact pour l'éditeur d'un passage télévisuel de son auteur « est certes considérable, mais surtout détectable, alors qu'aujourd'hui en France, si impact il y a, il est indécelable. » Nous le montrons régulièrement dans nos colonnes, les éditeurs anglophones n'hésitent plus à intégrer sur leur site des éléments vidéo, et à agrémenter toute page sur un livre de contenu autobiographique, etc., qui offrira un maximum d'informations au lecteur. Un auteur passé à la télévision voit alors extrait ou totalité de son intervention relayé sur le site de son éditeur.

« Mais le site internet de l'émission agi également comme un appareil qui la prolonge voire l'anticipe, et dans tous les cas, est rigoureusement connecté à cette dernière, poursuit M. Blunden. On annonce les livres dont on parlera dans la prochaine émission laissant aux gens le temps de le lire. On voit alors des clubs de lecture se réunir, et organiser des ‘thés dansants' où plusieurs personnes se retrouvent chez une pour regarder ensemble l'émission. » Une situation rêvée, mais qui fait déjà grincer des dents. Un éditeur que nous avons contacté réagit immédiatement : « En clair, cela fait 12 livres par an, qui passent à la télé. Reste à savoir comme l'animateur qui présenterait un tel talk-show choisirait les livres. Si cela doit se résumer aux grosses machines de l'édition, ça n'a clairement aucun intérêt. »

Choisir et proposer des choix : le rôle de l'éditeur

Néanmoins, l'idée est suivie par le SNE qui devrait la soumettre prochainement. « La concurrence est telle aujourd'hui dans la conquête de parts de marché qu'une émission littéraire trop ciblée deviendrait un terrain de chasse idéal pour TF1 et M6 », nous confie M. Blunden. « Notre métier, c'est de choisir et de ce choix découlent la sélection et la qualité de notre travail », conclut-il, un discours qu'il nous avait déjà tenu lors d'une interview récente.

 

Dès lors, '12 livres par an' sur le service public serait une base de réflexion : après tout, le groupe se décline en plusieurs chaînes. Qu'en sera-t-il pour la radio ? Le point n'a pas été abordé aujourd'hui. « Le talk-show paraît compliqué », nous avoue de ironiquement une des personnes présentes, peu convaincue par la proposition.

Une autre idée consisterait à demander que les animateurs producteurs qui puisent dans des livres, la matière de leur émission ait au moins la décence de citer leurs sources et de mentionner le livre dont ils se sont servis – et confidentiellement on nous en a cité assez pour que cela soit significatif…

Affaire à suivre…




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