“Sur les pas de Jean-Jacques Rousseau”, dans le Valois

Auteur invité - 05.08.2019

Reportage - Jean-Jacques Rousseau - Valois promenade - histoire littéraire


Au Sud de la région des Hauts-de-France, à quarante kilomètres de Paris, le Parc d’Ermenonville et l’Abbaye de Chaalis offrent un voyage remarquable dans le temps, les paysages et les idées du siècle des Lumières. Deux sites, quasiment contigus, pour une découverte passionnante du philosophe et botaniste, mais aussi musicien que fut Jean-Jacques Rousseau.


Buste de Jean-Jacques Rousseau par Jean-Antoine Houdon 
© Abbaye royale de Chaalis – Photo J.-M. Vasseur

 

ll faut se rendre à Ermenonville là où le philosophe genevois passa les six dernières semaines de sa vie, du 20 mai au 2 juillet 1778. Il est invité avec sa compagne Thérèse Le Vasseur par le marquis René-Louis de Girardin, fervent admirateur de sa pensée. Ce dernier lui avait rendu visite en 1774 rue de la Plâtrière pour lui commander de la copie de musique. Cette fois-ci, c’est par l’intermédiaire de Le Bègue de Presle, médecin de Thérèse et censeur royal, que Rousseau est convié à séjourner dans la vallée de la Launette.

Le marquis lui assure une tranquillité loin du tumulte du monde. Rousseau, qui aura bientôt 65 ans, est accueilli dans l’un des deux pavillons (aujourd’hui disparus) du château. Il va découvrir les jardins imaginés par le marquis en son honneur. Aujourd’hui, on parcourt la partie sud, la mieux conservée, soit 60 ha et on reprend le chemin historique emprunté par le promeneur solitaire.

Après la grotte des Naïades, on longe le lac, on serpente sous les frondai sons des grands arbres : tilleuls, ormes, chênes, châtaigniers. Le décor a si peu changé. On découvre une mise en scène subtile du paysage telle que l’a souhaitée le marquis, avec les coulisses et les rideaux de verdure. Il est l’auteur d’un traité intitulé Composition des paysages où il énonce sa vision : il rejette les jardins à la française et préfère ceux à l’anglaise. Voyageur, son projet est teinté de l’universalisme des Lumières. La nature y est proposée comme un langage. On est ici dans l’expression de la liberté et de l’émancipation de l’individu dans la promenade.
 
Les « fabriques » (grottes et cascades, copiées sur les temples grecs ou romains) évoquent l’Arcadie. Y sont inscrites des citations poétiques ou didactiques empruntées à des auteurs bucoliques ou parfois de sa propre composition. Le marquis s’inspire de La Nouvelle Héloïse et crée des « tableaux paysagers » dans un style pittoresque. Le Temple de la philosophie moderne ressemble à la tholos de Tivoli et exprime le mélange des cultures. Au Nord-ouest, on devine les pentes pseudo-sauvages du Désert qui, planté artificiellement de conifères alpins, rappelle la Suisse.


L’Île des peupliers qui abrite le tombeau de Jean-Jacques Rousseau © Tezenas


Là, se trouvait la cabane où Jean-Jacques Rousseau se reposait et « triait son foin », c’est-à-dire qu’il herborisait puis identifiait et classait les plantes récoltées. Pendant ce court séjour, le philosophe donne des leçons de musique à la fille du marquis et de botanique à Amable-Ours-Séraphin, âgé de neuf ans qu’il nommait affectueusement « son petit gouverneur ». Quelques jours après son arrivée dans son nouvel « ermitage », il apprend la mort de Voltaire, survenue à Paris le 30 mai. Il déclare alors : « Mon existence était attachée à la sienne, je ne tarderai pas à le suivre ».

Le 2 juillet, Rousseau rentrant de sa promenade matinale se plaint de douleurs sourdes. Il demande à sa compagne d’ouvrir la fenêtre disant que « le ciel est pur et que Dieu l’attend ». Quelques minutes plus tard, il succombe à un accident vasculaire cérébral que l’on désigne sous le nom d’apoplexie, diagnostic confirmé par une autopsie le lendemain, conformément aux dernières volontés du philosophe qui craignait d’être assassiné. Le 3 juillet, le sculpteur Antoine Houdon lève le masque mortuaire.

Le 4 juillet, le corps de Rousseau est embaumé et enfermé dans un cercueil, puis transporté sur l’Île des Peupliers. Ses cendres seront transférées en 1794 au Panthéon, face à celles de Voltaire. Depuis, les jardins d’Ermenonville sont devenus un lieu de pèlerinage romantique où, Madame de Staël, Victor Hugo, Gérard de Nerval, Apollinaire viendront lui rendre hommage. Aujourd’hui, même si l’écosystème a évolué, ce domaine, éminemment littéraire, reste harmonieux et invite à la rêverie.
 
À noter que le projet culturel et artistique porté par le Centre culturel de rencontre vise à valoriser le patrimoine bâti, naturel et intellectuel et à prolonger cette réflexion par une interprétation contemporaine. Ce projet associe artistes, penseurs, écrivains, philosophes et est riche d’un programme à destination du jeune public, de projets d’édition et de recherche ainsi que des résidences artistiques et de nombreux partenariats. La découverte se poursuit par le sentier des écrivains (5 km) jusqu’à l’Abbaye de Chaalis.

Là, se situe l’Espace Rousseau qui abrite une collection de souvenirs réunis par l’Institut de France et exposés dans trois salles. Le parcours renouvelé date de 2012 ; on le doit à Jean-Marc Vasseur, intarissable sur le sujet. Il est riche du fonds Girardin et des acquisitions de Nélie Jacquemart-André. Elle avait acheté les bustes de Voltaire et de Rousseau réalisés par Houdon. Elle y ajouta, entre 1902 et 1912, une Vue des jardins d’Ermenonville attribuée à Mayer. En 1912, elle léguera le domaine à l’Institut de France. En 1993, M. Dehaynin, grand amateur du philosophe, offre 400 pages du portefeuille de Mme Louise Dupin, provenant du château de Chenonceau.


Vue automnale sur l’Abbaye royale de Chaalis © Virginie Potdevin
 

En 1742, le jeune philosophe avait fait la connaissance de cette femme d’esprit, féministe avant l’heure. C’est le fonds Girardin qui constitue l’essentiel des objets exposés à l’Abbaye de Chaalis. Plus de 400 objets d’art, 500 manuscrits et 600 livres d’une bibliothèque consacrée à Rousseau. Le comte Fernand de Girardin (arrière-petit-fils du créateur des jardins) a rassemblé une large collection qu’il sera contraint de céder à l’Institut de France. Parmi les pièces majeures figurent les manuscrits musicaux : Les Muses galantes, Pygmalion et de nombreux feuillets portant des œuvres musicales incomplètes et des partitions en notations chiffrées et écrites en boustrophédon.
 
On comprend là que Rousseau est avant tout musicien. Le premier livre offert par Mme de Warrens est un livre de musique. Il ne sait pas lire le solfège, mais, comme il veut briller à Paris, il invente une méthode d’écriture musicale tout à fait astucieuse qui sera reprise plus tard par les Chinois. Sont présentées également des éditions originales comme l’exemplaire du Contrat social ayant appartenu à Bonaparte, Le Dictionnaire de la musique offert à Girardin et annoté par Rousseau. Également des lettres de Thérèse Le Vasseur et des brouillons autographes du marquis.

Le plus touchant est la feuille d’un herbier de Rousseau présentant le millepertuis couché. Rousseau devient botaniste tardivement, en 1762, à la suite de son exil en Suisse. Il a longtemps repoussé l’étude de la botanique, ne voyant que des travaux d’apothicaire, mais cela deviendra une pas sion qui ne le quittera plus. Il adoptera le système de classification de Carl von Linné. Enfin, les plus fétichistes des visiteurs pourront voir le fauteuil où Jean-Jacques Rousseau serait mort ainsi que des reliques : col de chemise, clé, canne, encrier, couverts. Fernand de Girardin avait acquis des centaines de « produits dérivés » du culte de Rousseau : cartes à jouer, marionnettes, tabatière. 
 
Gwenaëlle Abolivier
Renseignements pratiques :
Parc Jean-Jacques Rousseau
1, rue René de Girardin 
60 950 Ermenonville tél : 03 44 10 45 75
Ouvert toute l’année

Abbaye royale de Chaalis
Espace Jean-Jacques Rousseau 
60 300 FontaineChaalis tél : 03 44 54 04 02

 



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