PORTRAIT – Sylvain Prudhomme aime raconter des histoires qu’il n’est pas allé chercher en fouillant son nombril. Il sait s’oublier pour mieux se nourrir de la rumeur portée par le vent. On l’imagine volontiers l’oreille en alerte, assis à la terrasse d’un café, écoutant les dizaines de conversations qui l’entourent pour mieux jaillir, le moment venu, sur celle dont il fera son affaire. Cet oubli de soi est une qualité rare : ouvrez n’importe lequel de ses livres, cette élégance vous sautera au visage, dès la première ligne. 

 

Par François Reynaud,
Les Cordeliers (Romans-sur-Isère) 


Sylvain Prudhomme – photo © Denis Rouvre 

 

 

Cela a commencé par quelques pages tournées au hasard, un soir dans ma librairie. Je n’avais pas beaucoup de temps, je m’en souviens, car le bus qui me ramène chaque jour à Valence n’allait pas tarder à passer. Je n’avais pas vraiment le moral non plus. J’étais dans le dur. Il me fallait un livre, pioché parmi des centaines d’autres, qui pourrait me servir de camarade le temps du week-end à venir. Un livre – quelqu’un, quoi – pour m’aider à passer deux jours, si possible en bonne compagnie. Trois ou quatre pages des Grands m’ont convaincu que la pioche était bonne, heureuse. L’auteur ? Sylvain Prudhomme. Jamais entendu parler. 
 

Un peu plus tard, j’étais dans mon canapé et en Guinée-Bissau. J’errai dans les rues de la capitale aux côtés d’un certain Couto, lequel venait d’apprendre une bien mauvaise nouvelle et était sorti afin de promener sa peine. J’en avais oublié la mienne, du coup. J’étais loin, j’étais bien. Une langue, une voix nouvelles m’accompagnaient, et cette langue était bienveillante, fraternelle et sans ironie. 

 

Moi qui pensais qu’une littérature dépourvue d’ironie n’avait pas le moindre intérêt, j’apprenais quelque chose de nouveau. Je savourais la leçon. Je découvrais une écriture d’une sensualité inouïe, qui prenait un plaisir manifeste à dire aussi bien la beauté des femmes qui font se tourner sur leur passage les yeux affamés des mâles croisés au hasard du chemin que celle des hommes fiers à n’en plus pouvoir de la seule richesse de leur propre corps. Je ne savais pas où cette déambulation avec Couto allait me mener, mais pour rien au monde je n’aurais voulu être ailleurs. 

 

Quelques semaines plus tard, Sylvain Prudhomme est venu dans notre librairie parler de son roman. Ce fut un festival de sourires et de phrases magnifiques qu’il ne prenait pas toujours la peine de terminer parce que, entre-temps, une ou deux autres se pressaient déjà dans sa bouche et finissaient par s’imposer, laissant l’impression qu’il se coupait lui-même la parole. Vraiment étrange à voir.

Là-dessus, il faisait de grands gestes comme pour mimer ce qu’il était en train de raconter et on avait l’impression que ses mains étaient deux papillons dont il ne contrôlait pas vraiment le vol. Pareil aux quelques personnes venues assister à la rencontre, j’étais sous le charme. L’homme ressemblait à ses livres, la même chaleur, la même lumière dans le regard et surtout cette façon de vous écouter qui vous laisse l’impression d’être un type unique et vous donne aussitôt l’envie de devenir son ami. Mais un type comme ça, il doit avoir des centaines d’amis, voire des milliers. Peut-être même plus que de lecteurs... Et ça, ce n’est pas normal ! 
 

Et c’est là qu’intervient Initiales, votre groupement de libraires indépendants, en vous offrant cette magnifique nouvelle inédite intitulée Awa beauté. Peut-être que ce texte sera le premier de Sylvain Prudhomme que vous lirez. Qu’il vous donne envie d’aller ensuite vers Les Grands et de retrouver Couto déambulant dans les rues de Bissau sur les traces de la femme aimée.
 

Sylvain Prudhomme, Prix François Billetdoux 2017
pour son livre
Légende


Ou bien ouvrirez-vous Là, avait dit Bahi et le laisserez-vous vous raconter l’histoire de son grand-père établi en Algérie, qui par trois fois échappa à ses assassins sans l’avoir jamais su. Ou peut-être que Légende aura vos faveurs et alors ce sera destination Arles et la plaine de la Crau que hante la trajectoire de deux frères qui se brûleront les ailes pour avoir vécu leur courte vie avec une intensité peu commune. Il y a de la fièvre, de la joie et de la beauté dans l’écriture de Sylvain Prudhomme. Quand le besoin s’en fait sentir, j’y puise une énergie sans limites. 

 

 


Sylvain Prudhomme - Légende - Editions Gallimard - Collection L'Arbalète - 9782070149513 - 20€




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