Théâtre : La seconde surprise de l'amour, de Marivaux

Clément Solym - 11.12.2008

Reportage - seconde - surprise - amour


Des personnages aux jambes interminables qui leur donnent l’air d’échalas hésitants se promènent sur une scène parsemée d’une Voie lactée de petits cailloux blancs. Au grès de leur humeur, les cailloux deviennent un cœur, sont projetés, écrasés, caressés, ou bien sont piétinés et crissent curieusement dans nos oreilles qui écoutent, séduites, les mots de Marivaux.

Première didascalie : « La marquise entre tristement sur la scène. Lisette la suit sans qu’elle le sache. La marquise s’arrêtant et soupirant/…/»

Qu’ils sont beaux ces soupirs ! Le visage de Marie Vialle qui interprète la Marquise exprime comiquement cette langueur, ou ne serait-ce que de la tristesse, qui étreint la jeune veuve qui pleure depuis six mois son mari ? Ses soupirs ponctuent la soirée, avant que n’arrive la colère de l’orgueil meurtri.

Entre le Chevalier. Micha Lescot dont le pantalon jaune canari et la démarche heurtée ont vite fait de faire de lui un personnage de bande dessinée, la rejoint, car son cœur est à l’unisson de ce deuil. Il se languit de sa fiancée qui a préféré entrer au couvent que de se soumettre à un mariage forcé par ses parents.

« J’avais dessein de vous revoir encore, Angélique ; mais j’ai songé que je vous désobligerais, et je m’en abstiens, après tout qu’aurais-je été chercher ? Je ne saurais le dire, tout ce que je sais, c’est que je vous ai perdue, que je voudrais vous parler pour redoubler la douleur de ma perte, pour m’en pénétrer jusqu’à mourir »

La salle hésite. Faut-il pleurer ou rire ? Le parti de Luc Bondy est de décortiquer ces phrases, dérouler ces sentiments et finalement nous faire rire, nous pauvres enfants du vingt et unième siècle qui ne disposons que de quelques mots pour exprimer des sentiments qui se réduisent à peu de choses. Comme les Inuits qui disposent de plus de trente mots pour décrire la couleur blanche, les personnages de Marivaux connaissent mille mots pour nous parler d’amour. Ne boudons pas notre plaisir !

La seconde surprise de l’amour est parue en 1727. Nous sommes dans les premières années du Romantisme et déjà Marivaux nous dit tout dans cette pièce pleine de rebondissements où les personnages sont envahis par des sentiments qui les submergent. Passant du trouble à l’égarement, ils ne savent pas s’ils sont encore dans le territoire de l’amitié ou déjà dans celui de l’amour. Et quand une parole injustement rapportée apporte le soupçon de la trahison alors la passion emporte tout !

La mise en scène de Luc Bondy est sobre. Le décor réduit à quelques éléments évocateurs se situe hors du temps. Les costumes résolument modernes isolent le texte d’un environnement qui aurait pu être daté. De drôles de cabines de bain s’éloignent et se rapprochent au gré des sentiments du Chevalier et de la Marquise. Ils deviennent un abri lorsque ces grands enfants décident de se retirer du monde, car décidément le monde est trop cruel.

Tout cela est bien joli. Le texte est magnifique (quelques fois bien difficile à entendre). Les acteurs plaisants, dont un génial Hortensius joué par Pascal Bongard. Une belle soirée dans un beau théâtre que l’on ne se lasse pas de fréquenter avant d’aller manger indien dans un petit restau du Faubourg Saint Denis. A l’affiche jusqu’au 20 décembre.

photos du théâtre des Bouffes du Nord



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