Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Un girafe, un sablier et 55 oiseaux : les éditions Winioux, maison inclassable

Elodie Pinguet - 26.12.2016

Reportage - livres jeunesse - girafe et sablier - maison d'édition


Basées dans le sud, les éditions Winioux sont le projet un peu fou de deux camarades, Rafaèle Wintergest et Marion Fournioux. Elles proposent à la fois des œuvres pour les adultes et les plus jeunes. Pétillantes et enthousiastes, elles ont donné à leur projet une part d’elles-mêmes, le rendant unique et original. Nous avions rencontré Rafaèle Wintergest lors du salon jeunesse de Montreuil, avec ses livres-objets et sa bonne humeur.

 

 

 

Nous avions rencontré Rafaèle Wintergest à Montreuil, avec ses livres-objets et sa bonne humeur.La maison d’édition associative est lancée en 2010 par deux amies de longue date, Rafaèle Wintergest et Marion Fournioux, d’où le nom tout trouvé pour leur maison, Winioux, téléscopant les deux noms de famille. C’est également un mystérieux jeu inventé pendant leur jeunesse. Si vous cherchez des lectures classiques et traditionnelles, la surprise sera ici de taille. La thématique de la maison c’est un peu l’originalité, le décalé, à la fois dans les sujets mais également dans la forme de ses livres. Elles organisent aussi régulièrement des séances de lectures ou des ateliers pour les enfants. 

 

Elles ont lancé leur maison avec un premier album Je t’aimerais toujours, qui a été financé par un prix gagné à un défi jeunes du Languedoc-Roussillon. Le livre est écrit par Perrine Molter et illustré par Marion Fournioux. Si les histoires de leurs parutions semblent parfois complètement abracadabrantes, il y a toujours au fond, un message ou un but éducatif. Celui-ci tournerait par exemple autour du savoir dire non. Passée cette première expérience de publication, les filles se tourneront de plus en plus vers des ouvrages insolites.

 

 

 

Parmi eux, le grand incontournable livre-accordéon. Les éditrices se sont réapproprié ce concept pour e mettre au service d'une littérature différente, avec notamment 55 oiseaux : « A chaque page il y a un oiseau en plus, c’est pour apprendre à compter aux tout-petits. Il est vraiment très poétique, plutôt que didactique. » A ce petit livre s’ajoute un oiseau en papier, « objet d’un bricolage pour les enfants. Un petit artifice en plus du livre, ça aide à fixer l’attention ». Un livre qui immerge l’enfant dans un monde en quelque sorte.

 

C’est l’histoire d’une girafe et d’un sablier

 

Leur collection de livres est variée, sous forme de carnetz, d’illustrations originales ou même d’accordéons pour adultes. Elles ont lancé en octobre leur 14e album, La Girafe et le Sablier. En apparence il paraît simple. Ce n’est qu’une fois ouvert que l’on se retrouve face à un livre se dépliant dans tous les sens : « Ce sont deux histoires avec deux petits carnets, il y a celle d’une girafe et celle d’un sablier. Les deux histoires vont se rejoindre puisque la girafe va avaler le sablier. A chaque page, il faut se demander comment ça marche, il faut toucher et lire au fur et à mesure qu’on déplie. »

 

Le thème développé dans le récit est celui du mensonge. Celui-ci est illustré par les pliages du livre : « Les deux personnages vont se mentir : le sablier est coincé dans le cou de la girafe et n’ose pas avouer ce qu’il est vraiment – parce qu’il ne sait pas compter. Alors il préfère affirmer qu’il est une abeille. C’est une montée du mensonge qui est symbolisée par ce dépliement. A force de se parler, ils se font des confidences et le mensonge s’estompe, donc ça se déplie vers le bas. »

 

 

 

L’autre particularité de ce livre réside dans ses illustrations, composées entièrement de photographies de dessins « faits sur des murs en Lozère ». Un choix éditorial qui vient appuyer cette idée d’accompagner le sens par la forme : «  L’histoire est complètement farfelue, c’est une girafe qui veut calculer la douceur de l’air et un sablier qui ne sait pas compter. On a imaginé ce procédé, d’une part un livre illustré sur les murs parce qu’on a pensé à faire des trompes l’œil pour accompagner ce thème du mensonge et d’autre part tous ces dépliements qui accompagne l’histoire et donnent une façon de lire atypique. »

 

Les dessins ont été faits à la craie et au charbon sur les murs de Mende. Certains se sont à présents effacés avec le temps mais d’autres subsistent encore. La fresque ainsi créée fut l’occasion d’organiser un atelier de lecture un peu particulier : « On a proposé une promenade dans un livre illustré pendant un festival de théâtre de rue cet été. A sept reprises, l’auteur est venu conter son histoire devant les fresques. »

 

Lors du Salon du Livre de Montreuil, les éditions Winioux ont lancé leur 15e livre, Mais où vont les chaussettes de Marie Halleux. Ce nouveau récit faut le point de départ d’un concours d’écriture où chacun devait amener une chaussette avec son adresse mail. Quelqu’un d’autre la récupère et imagine une histoire sur son propriétaire. Un concours innovant, à l’image de cette petite maison d’édition.