Un livre Un vin : le Caol Ila marche en Cadence

Clément Solym - 18.10.2009

Reportage - Caol - Ila - marcher


Les températures ont chuté, définitivement, et l'on se réfugierait volontiers sous un plaid bien chaud pour oublier que dehors, il fait froid. Pour lutter contre cette fraîcheur, notre partenaire caviste L'oenolimit nous offre cette semaine de relire sous son prisme à lui Cadence de Stéphane Velut. Car c'est une véritable confrontation des forces de l'esprit contre celles de la nature pour laquelle il a opté.

Exceptionnellement, cette semaine, c'est avec un spiritueux que l'accord se fera : le Caol Ila, un whisky au nom gaélique, désignant le Sound of Islay, ce bras de mer qui sépare les îles de Islay et de Juara. Une partie sauvage, farouche de la côte occidentale écossaise, au moins aussi peu accueillante que l'Allemagne dépeinte par Stéphane Velut.


Pourtant, ce single malt affirme des qualités fortes, tout à la fois équilibré et subtil, à l'image de cette entreprise dans laquelle l'artiste s'est lancée. Cadence, c'est la tentative d'un peintre de réaliser un tableau officiel pour célébrer la beauté et la force de l'Allemagne : un projet demandé par le gouvernement, mais dans lequel il souhaite introduire une force créatrice toute personnelle. Pygmalion est à l'oeuvre, et se fait livrer, au sens propre, une fillette de 12 ans, qui doit lui servir d'automate humain...

12 ans, ce sera également l'âge du Caol Ila, qui a eu le temps de laisser mûrir des notes d'huile d'olive, d'amande et d'agrume. Sa couleur rappelle la paille, probablement pour faire ressortir les cheveux de cette jeune fille, promise à un avenir artistique pour le moins étrange. Quant au nez, il évoquera évidemment la tourbe, des touches iodées et fumées, partant vers la cendre, l'amande douce la réglisse : un étrange mélange de saveur qui incarne à elles seules le projet fou qui germe dans la tête du peintre. Revêtir le corps de son modèle d'une armature métallique qui la changera en poupée dont on n'entendra plus que le cliquetis...


 
C'est à la première gorgée que l'on sent plus pleinement ce whisky nous envahir, et pour celui qui le découvre, une sensation d'assèchement, comme une oppression qui est la marque de ce livre. Dans un monde où les chiens et les rats se mettent à proliférer, on ne peut que ressentir cette impression d'enfermement.

Mais avant tout, le Caol Ila est longtemps resté un whisky confidentiel, comme le huis clos que nous fait vivre Stephan Velut. D'ailleurs, c'est un alcool qui se boit dans un endroit souvent confiné, clos, discret, privé. Et pourtant, dans cet univers oppressant, il apportera une fraîcheur marine nous évade un temps, nous transporte. Les notes tournées rappellent l'âtre et la fumée de cette prison, qui est pourtant un asile au milieu d'une Allemagne nazie.

Une évasion fugace, vers un ailleurs, quel qu'il soit.