Un livre, Un vin : Un Baisespoir se soigne au Red Gamay

Clément Solym - 21.02.2010

Reportage - Red - Gamay - baisespoir


Certains livres sont simplement fous : un vent qui s'engouffre dans l'esprit et vous fait littéralement tourner la tête, si bien qu'à la dernière page, on ne sait plus très bien si l'on a lu quelque chose de génial ou d'incompréhensible. C'est à partir de ces deux qualités que notre partenaire caviste L'oenolimit a choisi le vin qui cette semaine est présenté pour notre grande chronique oenolittéraire, Un livre Un vin.

Et c'est donc sans étonnement qu'ils se sont tournés vers Le baisespoir du jeune Arnold, de Vladan Matijevic, un roman qui raconte à rebrousse-temps l'aventure érotico-fantastique d'Arnold Krüeger, étudiant alcoolique qui couche à droite ou à gauche, se retrouve papa et assigné à un procès pour violence conjugale, rencontre le père de sa fiancée et se heurte à une propriétaire peu commode. Le tout dans le même temps, ou presque. Ou pas du tout.


Avec un livre dont la chronologie est inversée, il fallait abolsument trouver un vin fou. Pas qui rend fou, hein, juste un vin fou. Quelque chose de léger et qui plaît à reculons, à l'image d'un livre dans lequel on rentre sans trop avoir compris par quelle porte l'on est passé. L'oenolimit a ainsi opté pour le Red Gamay.

Ce vin de pays représente la deuxième production du domaine Les Hautes Noëlles, avec 20.000 bouteilles produites par millésime. Et au cours de toute sa vinification, ce vin de soif (d'étudiant ?) est affiné pour produire quelque chose qui reste près du fruit. On pratique la taille courte, l'ébourgeonnage sévère, éclaircissage des raisins, palissage des vignes. Tout comme Le baisespoir présente des phrases tranchantes, des idées qui n'aboutissent pas toujours, qui sont coupées en plein vol avant d'atteindre leur pleine maturité.

Issu du cépage gamay noir à jus blanc, d'ordinaire utilisé pour faire du Beaujolais, on retrouvera à cette simple évocation le côté festif du livre autant que son côté orgiaque, à la limite de la bacchanale ! Sa robe cerise ferait tourner la tête des jeunes étudiants qui se retrouvent dans le roman pour trinquer au Cheval ivre, leur bar de prédilection, où les scènes les plus improbables peuvent survenir.


Cerises noires toujours, au nez, pour aiguise l'appétit et l'envie de festivités prolongées jusqu'au bout de la nuit - et en bouche, un goût très souple, qui respire la légèreté et la désinvolture, sans astringence, et surtout particulièrement gourmand, riche en fruits. Car malgré les ennuis que rencontre Arnold, ce qui prime par-dessus tout, c'est l'insouciance qui règne et dans les fruits, l'on retrouverait presque les tableaux où une corne d'abondance déverse les dons de la Terre sans limites.

Avec le Red Gamay, on perd légèrement pied, pour peu que l'on se laisse aller à le déguster, légèrement frais. Un vin de soif, à l'image sans doute du livre de Vladan, qui se dévore, tout à la fois sulfureux et imbibé. Un livre de fête, à marier immanquablement avec un vin qui l'est tout autant...

Vous pouvez d'ailleurs en retrouver quelques pages à télécharger...

Et retrouvez Le Baisespoir du jeune Arnold à La Machine à lire, notre partenaire libraire sur Bordeaux.