Vincent Gouriou, photographe des singularités

Auteur invité - 10.08.2018

Reportage - Vincent Gouriou photographe - saisir instant photographie


PORTRAIT – Les travaux du photographe brestois questionnent l’identité des sujets qu’il photographie, à travers notamment le prisme de leurs particularités physiques, psychologiques ou sexuelles.




 

Pour l’exposition Promenons-nous qui s’est tenue au printemps à la Maison de la Fontaine à Brest, Vincent Gouriou devait, dans le cadre d’une commande de la ville et de l’Agence Régionale de Santé, montrer des lieux de rencontre confidentiels fréquentés par les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (autrement appelés « lieux HSH »).

Pour la mise en scène, le photographe s’est inspiré des maraudes de prévention auxquelles il a participé avec les infirmières du centre de dépistage du CHRU et de membres des associations Aides et LGBT-Divers Genres. La dimension cinématographique, entre réalité et fiction, est très présente. « Il y a une recherche d’esthétisme, de lumière, de paysage et d’atmosphère à chaque fois », explique le photographe. 
 

Que ce soit pour ce projet ou pour des travaux plus personnels, Vincent Gouriou ne se met jamais dans la peau d’un militant qui voudrait choquer pour faire évoluer les mentalités. Il ne porte pas non plus de jugement sur les personnes qu’il photographie, s’attachant simplement à respecter leur dignité. 

 

«Aller à la rencontre de gens différents permet d’être plus tolérant. Si mes photos ouvrent le regard du spectateur sur la nature humaine, alors tant mieux.» 

 


Des premiers pas aux premiers portraits


C’est chez lui, à Concarneau, que Vincent Gouriou découvre la photographie, pendant son adolescence, il y a une trentaine d’années. « J’ai trouvé un agrandisseur dans le grenier et des négatifs dans la malle de mon père, qui
avait vécu en Afrique. J’ai passé des heures et des heures dans la chambre noire, à voir se révéler les photos en noir et blanc.
 »

Puis il achète un reflex argentique et organise des mises en scène avec ses cousins et ses nièces. « J’avais une pratique amateur et ludique. Je voulais rendre beaux les gens que je photographiais ».

Un peu plus tard, alors qu’il navigue entre son métier d’ingénieur d’études au CEDRE, le centre antipollution de Brest, et sa passion pour l’image, il assiste à des ateliers aux Rencontres de la photographie d’Arles et à Paris. « Nathalie Luyer, qui dirige la revue Vis-à-vis, m’a aidé à trouver mon style, ce que j’avais envie de dire et la manière de l’exprimer. C’était une vraie psychanalyse ! Mais c’est le grand photographe suédois Anders Petersen qui m’a vraiment bousculé pour questionner la normalité et le quotidien des personnes en marge. »

Le portrait de sœur Madeleine en format carré témoigne de la distance que Vincent Gouriou prend avec ses modèles. Le cliché figure dans la série Singularité(s), réalisée en 2013 juste après l’atelier avec Anders Petersen et fait partie de la collection de la Bibliothèque nationale de France.

La religieuse, amie de la famille, est assise sur son lit, le regard dans le vague. Il y a une forme d’abandon dans ses yeux. « Elle ne contrôle plus son image. Elle a oublié l’appareil », précise Vincent Gouriou. Le vignettage volontaire, le contraste modéré et la sous-exposition apportent une ambiance cotonneuse à ce tirage. Le décor, minutieusement préparé, renforce l’histoire. « Je plonge les spectateurs dans une intimité qui les renvoie à leur propre nature. J’ai forcément de l’empathie pour les gens que je photographie. »

La série Des familles (s), lauréate de la Bourse du Talent 2016 dans la catégorie « Portrait », interroge le couple, la filiation, la maternité et la réassignation sexuelle. Ainsi, Vincent Gouriou valorise le quotidien de Patricia et de Florence, deux sœurs jumelles qui vivent sous le même toit. Il montre aussi Mélanie, née dans un genre, garçon, dans lequel elle ne se reconnaît plus.

On voit son père qui a une attitude très protectrice envers elle. Dans la série Singularité(s), on rencontre également Camille, une jeune fille ronde qui a demandé au photographe de la suivre dans son cheminement pour maigrir. 
 

Le 25 avril, le jury du Prix ImagesSingulières/ETPA/Médiapart a salué le travail de Vincent Gouriou. Encouragé par cette distinction, et pour poursuivre son questionnement sur l’identité, il recherche des personnes LGBT qui vivent en milieu rural et dont le quotidien est moins médiatisé et donc moins connu que dans les grandes villes. Vincent Gouriou cite l’exemple d’un jeune agriculteur gay qui, sans modèle autour de lui, ne s’imagine pas reprendre la ferme de ses parents. 

Christophe Pluchon 

 

Il a proposé de nombreuses expositions en Bretagne notamment. Ses œuvres font partie des collections de la Maison européenne de la photographie (série Eliot et ses corsets) et de la Bibliothèque nationale de France (série Singularité(s)). 
 

Son travail a fait l’objet de publications entre autres sur CNN International, Refinery 29, Lensculture, Fotoroom, Gateway (China Southern Airlines), Libération, Fisheye, Visavisphoto, Réponse Photo. Il est lauréat de la Bourse du Talent 2016. Retrouver son site internet

 
 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne



 




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