Violette & Co : "d'Hypatie d'Alexandrie à Virginie Despentes"

- 03.05.2013

Reportage - homosexualité - feminisme - LGBT


La boutique qui ouvre ce cycle des librairies du 11e arrondissement est doublement spécialisée.  Christine, l'une des propriétaires, apporte à son amour du livre un combat militant et résolument humaniste.

 

Librairie féministe et homosexuelle : l'association était évidente pour Christine, l'une des deux propriétaires. Inaugurée en 2004 sur les fondations d'une autre librairie spécialisée dans l'ésotérisme, Violette & Co consacre son fond à la littérature généraliste, les sciences humaines et propose quelques films et goodies. Des classiques comme Zweig, Murakami, et Auster qui collent à l'actualité littéraire du moment. De plus, « c'est également  une librairie de quartier », rappelle Christine. À ceci près que les deux gérantes opèrent un choix scrupuleux sur les livres qui entrent dans le magasin.

 

Les auteurs homos tiennent une bonne place dans les rayonnages : Rimbaud, Proust, Gide mais pas seulement. Avec une clientèle principalement féminine, et lesbienne aussi, la sélection se porte sur des livres qui « mettent en avant des femmes », et qui plaisent également aux hommes gays, explique-t-elle. Si on lui dit que les auteurs masculins présents possèdent une sensibilité particulière, que l'on trouve plus facilement chez les  romancières, elle tique. Il s'agit avant tout d'un choix affectif sur des livres qui lui ont plu. Pour le reste, le métier est « le même » avec sa réalité économique « difficile » et son moteur : « la passion ».

 

Violette & Co un hommage naturel à Violette Leduc, écrivaine aux amours plurielles, indépendante et qui cultiva les amitiés avec quelques grands personnages du XXe siècle comme Simone de Beauvoir, Jean Genet ou Sarraute. Époque d'une conquête de l'égalité identitaire. Le féminisme tient une place toute particulière dans la librairie. « Seule librairie féministe de France », déplore Christine dont le fonds conséquent en sciences humaines retrace l'évolution des repères sexuels au fil de l'histoire : la remise en question de la société patriarcale, les cocottes, les femmes révolutionnaires, jusqu'aux essais de l'ancienne conseillère municipale Clémentine Autain.

 

En conséquence « les gens viennent de partout », explique-t-elle : des touristes, de jeunes militantes, « pas mal d'étudiantes en lettres ou sciences humaines » et les lecteurs du voisinage. Dans un métier où la prescription et le conseil sont importants, ici, la passion est double et touche à l'intimité. Mais pas question de voir dans les libraires homos des accompagnateurs de personnes en crise identitaire. Là n'est pas leur rôle. La libraire nuance en expliquant que les clients ont tous en commun de « se poser des questions » sur l'égalité, les différences et une certaine tolérance. Cette ouverture, Christine la souhaiterait plus large. La littérature homosexuelle souffre d'un certain déséquilibre. Si les textes qui parlent d'amour entre hommes se développent, la littérature lesbienne peine. « Nous lisons depuis longtemps des livres sur les hétéros, nous aimerions bien qu'ils s'intéressent à nous ».

 

{CARROUSEL}

 

S'il y a bien une librairie spécialisée dans le Marais, son fonds attire davantage une population masculine. La particularité de Violette & Co est son fond sociologique. En témoigne Amélie, étudiante qui entre dans l'espoir de trouver de nouvelles pistes de réflexion sur le théâtre du 20e siècle et la déconstruction des modèles homme/femme. Activiste du groupe la barbe et sensible aux ouvrages proposés par les libraires.

 

La barbe, et la recherche universitaire, deux milieux qui se retrouvent régulièrement dans la boutique. D'ailleurs, la prochaine rencontre d'auteur sera dirigée par Anne Larue, professeure de littérature, arts et culture. Au programme ce 15 mai, une rencontre avec Ayerdhal pour Rainbow Warriors, un thriller de politique-fiction liée aux Femen. On retrouve cette flamme chez Marion, stagiaire et étudiante dans les métiers de l'édition. Après une expérience chez un éditeur, la jeune femme a tenté l'aventure de la librairie féministe et homo de chez Violette, « cela correspond à mes idées, et c'est mieux que de travailler chez Gibert », dit-elle dans un sourire. Parce que les clients ont une chose en plus, et surtout les gérantes.

 

Au pays d'Olympe de Gouges, de Maria Deraismes ou de Beauvoir, l'élan féministe semble être retombé, suffisamment pour que la librairie féministe fasse figure d'exception. Mais l'intérêt que portent Marion et Amélie prouve que tout ne va pas si mal. Christine souligne une réelle prise de conscience chez les femmes les plus jeunes. « Depuis quatre – cinq ans, les choses avancent dans le bon sens », précise-t-elle. Une sensibilisation opérée également auprès des plus petits.

 

Bien en évidence, le rayon jeunesse de Violette, témoigne du choix des livres proposé. « Anti-sexistes », « tolérants », « ouverts », à la manière de la petite collection de fictions historiques parues chez Actes Sud qui reprennent la vie de quelques personnages du patrimoine mondial comme autant de luttes contre la ségrégation raciale, la colonisation et pour les droits des femmes. Une petite bibliothèque humaniste qui trône en bonne place sur le comptoir de la boutique. Néanmoins devant la profusion de titres jeunesse la libraire concède qu'il est difficile de trouver les bons titres éducatifs : « On en laisse passer au travers du filet ».

 

Si les ouvrages aux vertus pédagogiques abondent, reste la question du genre et la transidentité. Les livres qui y font mention ne sont pas rares, moins que les livres de sexologie en tout cas. Et l'on devine que Christine est assez engagée sur la question. « Il y a encore beaucoup à faire sur la question » et rappelle que si le mariage pour tous est passé, « les choses ont été violentes ». En quittant la librairie, on remarque toutefois un titre prémonitoire. Dis papa, c'était quoi le patriarcat ?