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Virgin : "On se bat tous les jours pour la bonne santé des magasins"

Antoine Oury - 24.01.2013

Reportage - Virgin Mégastore - mobilisation - intersyndicale


Investissant leur magasin pour mieux en défendre l'existence, les salariés du Virgin des Champs-Élysées ont retourné les panneaux « Téléchargez à outrance » pour y inscrire leurs propres slogans : « Non à la fermeture de Virgin », « Soutien Salariés Virgin »... L'opération de communication et de mobilisation a attiré quelques personnalités, pour mettre la lumière sur le combat des salariés pour la reprise de leurs magasins.

 

 

1 heure après le début de la mobilisation, au rez-de-chaussée du magasin des Champs Élysées, les personnalités invitées par les salariés pour diriger la lumière médiatique vers leur lutte font leur entrée : Éric Naulleau, Nicoletta, Boris Bergman (parolier de Bashung, notamment) rappellent en premier l'histoire commune avec l'enseigne mythique, que l'on espère pas mitée. « On dénichait des disques introuvables ailleurs, des livres en russe quand je voulais travailler ma langue maternelle » explique Bergman en rappelant que les murs abritèrent une banque, immortalisée dans Les 400 coups de Truffaut. 

  

Chacun se retrouve autour du constat d'une désertion des Champs, à laquelle la disparition de Virgin mettrait le coup de poignard final : « Des frites industrielles et des fripes de luxe » résume rapidement Naulleau. Pour éviter ce destin à l'avenue, les salariés ont 4 mois devant eux : « La priorité de l'administrateur judiciaire, c'est remettre la machine en place avec les distributeurs, et assurer la trésorerie pour les 4 mois. Ensuite, une phase de réflexion, pour déterminer quelle option adopter : le redressement en interne, la cession ou la liquidation » détaille Guy Olharan, secrétaire du comité d'entreprise, tout en conseillant des clients.

 
 
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« On se bat pour la reprise, mais aussi pour plus de respect »
 
 
Un peu déçus par la présence réduite de célébrités, et, dans une relation de cause à effet (ou l'inverse) de médias, les salariés ne s'investissent pas moins dans l'animation. Stéphane Darras, porteur de la veste rouge, fait le DJ, son collègue le MC : lancez le premier sur la musique, il vous dresse un historique complet de David Mancuso et du new disco.
 
 
 
Murray Head souligne l'expertise des vendeurs, Paul, un client, lâche un « Ils sont formidables, ces gars ! » teinté d'accent anglais. Spéphane Marsan, fondateur et directeur des éditions Bragelonne, souligne l'importance de ces grands magasins, accessibles, pour ceux qui composent les lecteurs des livres qu'il publie.
 
 
 
 

On l'aura compris, l'industrie culturelle, dans sa vaste majorité, regrette le sort réservé aux salariés de la chaîne : « mépris », « indifférence » sont des mots qui reviennent souvent, associés au comportement de Butler Capital Partners, principal actionnaire de l'enseigne. « La direction était là au dernier CE, mais rien de particulier n'a été communiqué. Cela se passe comme ça : on [les salariés] voit le ministère de la Culture, ils le voient le lendemain. On voit le ministère du Travail, ils le voient le lendemain » déplore Morgan Gouget, délégué syndical de la CGT.

 

 Si des rumeurs de reprise ont couru, citant la chaîne de distribution Cultura ou le label indépendant Naïve associé au Britannique Rough Trade, aucune n'est sérieuse, ou en tout cas confirmée auprès des salariés. « Nous n'avons reçu aucune garantie de la part des ministères : les discussions portent sur un plan social plutôt que sur une reprise... » poursuit le salarié, déçu par la mobilisation en sourdine des différents ministres. « Moi, je sais juste qu'après 13 années d'ancienneté, j'ai 2800 € pour partir. »

 

Excédés par le comportement de l'actionnaire Butler, les salariés iront manifester devant son domicile le 29 janvier prochain. En attendant, il subsiste une impression d'abandon, loin de l'image que William Butler a pu tenter d'entretenir dimanche, dans l'émission Capital. « Si on se laisse tous faire, c'est trop facile » souligne le rappeur Disiz (ex-La Peste), arrivé à la fin de l'événement. 

 

Des problèmes de gestion récurrents sont dénoncés par les salariés : au magasin des Champs, les luttes furent rudes pour « l'aération, le chauffage, des hayons au cul du camion » : des conditions de travail décentes, finalement. « Les actionnaires ont enfilé les plans sociaux au niveau local, en se débarrassant des magasins les moins rentables. Il aurait été plus judicieux de commencer par un plan national, basé sur des départs volontaires, plutôt que vendre successivement des baux » analyse un salarié.

 

Metz, Toulouse et Louvre ont baissé l'enseigne au fil des années : il reste 26 magasins, 1200 salariés et 4 mois pour changer la donne.