Virginie Grimaldi, sous les étoiles, exactement

Nicolas Gary - 06.06.2018

Reportage - Virginie Grimaldi romans - Temps rallumer étoiles - parfum bonheur Grimaldi


PORTRAIT – « Je ne me rends pas compte, en réalité : chaque fois, je suis totalement prise de court. J’ai toujours le sentiment que tout cela ne se déroule qu’en petit comité. » Et Virginie Grimaldi ne joue pas : la célébrité l’impressionnerait plus qu’elle ne la grise. Rencontre, haute en couleur.

 


 

 

Virginie Grimaldi vous parle de vendanges, de vignobles, de castrage de maïs, et de littérature dans la même conversation. Elle vient de publier Il est grand temps de rallumer les étoiles, une saga familiale – une mère et ses filles décident de partir pour la Scandinavie. Ses personnages, pleins de défauts, séduisent sans peine tant ils sont empêtrés dans leur humanité.

 

« Certains auteurs font des biographies de leurs personnages, ils en connaissent les moindres traits. Moi, les miens s’imposent : je ne cherche pas à les inventer ni leur créer une personnalité », glisse-t-elle. « Il y a donc beaucoup de moi dans chacun, mais tout particulièrement dans ce roman. » 

 

Anna, mère angoissée, vivant dans une culpabilité permanente, ou Lily, « un peu fofolle » et Chloé, toute dans l’hypersensibilité, « qui rejette l’âge adulte, et veut être aimée à tout prix ». Toutes et tous « m’apparaissent spontanément, et je les écoute, je les vois, comme s’ils me racontaient leur histoire ». 

 

Tout est affaire d’empathie. « J’en ai trop », lâche Virginie avec un petit rire, « j’en déborde : c’est une vraie qualité qui me permet de comprendre tout le monde, et m’empêche d’avoir des avis tranchés. Mais parfois, je vais tellement partager une opinion que les choses se confrontent dans ma tête ». Et elle sourit : « Même mon mari a du mal à me suivre. »

 

Mais avec son éditrice, la collaboration est des plus fluides. « J’écris sans avoir procédé à un plan détaillé – de toute manière, je n’y parviens pas. J’ai besoin que les personnages me surprennent : l’histoire s’écrit à mesure, bien que je sache où je vais et ce que je veux écrire. » Et la reprise éditoriale ne s’opère que sur de petites suggestions.

 

« Lily, par exemple, utilisait beaucoup d’expressions qu’elle réinvente, comme “Elémentaire, Whitney Houston”. Nous avons finalement choisi d’en supprimer quelques-unes qui ne servaient pas ou ne me faisaient plus rire. »

 

Une famille fragile, mais soudée
 

Il fallait cependant ces petites déformations dans la bouche de Lily, pour raconter cette famille, fragilisée, portée par une mère de 37 ans, écrasée de travail. « Je voulais partir d’une mère seule, en proie à des problèmes d’argent, et de ses deux filles – comme c’est souvent le cas. C’est un peu mon histoire, un quotidien que j’ai pu connaître », poursuit la romancière.
 

Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie,
de Virginie Grimaldi

 

L’argent, nerf de la guerre, « qui peut pourrir une vie de famille : cela peut devenir terrible, quand on manque : tout disparaît, la légèreté, les sourires, remplacés par des nuits sans sommeil, des tensions ». Mais au cœur du roman, on trouve aussi l’adolescence : « La mienne fut assez violente, tant le monde des adultes a pu m’angoisser. Quand un parent est absent, celle ou celui qui reste doit gérer les dégâts qui retombent sur les enfants. »

 

Et toujours ces personnages un peu bringuebalés et malmenés par l’existence, qui nous deviennent terriblement attachants. « Une mère qui se démène pour ses filles, culpabilise de ne pas pouvoir faire assez... et oublie de parler à ses enfants. Parce que le manque d’argent induit facilement la difficulté à communiquer. » Elle ajoute : « C’est un hommage à ma mère, oui : nous ne sommes pas parties voir des aurores boréales, mais, toutes trois, sommes restées très soudées. »

 

 


Il est temps de rallumer les étoiles explore également cette nouvelle forme d’écriture, avec la multiplication des points de vue. « La même situation, vécue par différentes personnes, ce sont autant de repères pour mieux saisir ce qui se déroule », indique Viriginie Grimaldi. « Il n’y a rien de tel pour se mettre dans les pompes des autres que d’adopter leur point de vue. »

 

De la sorte, chacune, mère et filles, exprime des émotions propres : trois niveaux de ressentis qui forment un roman choral où toutes peuvent prendre la parole. « Un narrateur omniscient n’aurait pas fonctionné : ici, elles ont leur phrasé, leur singularité respectée. Et cela donne aussi tout un mouvement différent. »

 

Auteure solidaire, lectrice farouche
 

Cette sensibilité aux autres, Virginie l’a également exprimé en se solidarisant du mouvement #PayeTonAuteur. « Je suis à fond avec eux ! Samantha Bailly a fait un boulot fou, même s’il reste encore beaucoup à obtenir. J’ai partagé les articles de ActuaLitté [NdR : Youhou !] sur la rémunération des auteurs... En fait, même ceux qui ne sont pas concernés parce qu’ils vivent de leurs livres savent que cela touche des milliers de personnes. Et qu’il nous faut garder les coudes serrés : c’est quand on n’est pas directement touché qu’il est le plus important d’agir. »

 

Un engagement d’autant plus sincère que l’auteure est elle-même une grande lectrice. « Sur les réseaux sociaux, je n’hésite jamais à donner mes avis de lectures du moment, mes coups de cœur. Je suis lectrice avant d’être auteure – même si j’évite de trop bouquiner quand je suis en période d’écriture, parce que je suis assez influençable. C’est simple : je pars une semaine à Marseille, je reviens avé l’acceng », dit-elle en riant.

 

Virginie Grimaldi au cinéma :
deux adaptations de ses romans à venir

 

Parmi ses lectures du moment, Camille Anseaume. « Quatre murs et un toit, c’est l’histoire de sa maison d’enfance, à laquelle elle dit au revoir, en évoquant pour chaque pièce un souvenir. C’est une plume d’une incroyable sensibilité, parce qu’à travers ce lieu, c’est de nous qu’elle parle, avec poésie et délicatesse. Et pourtant, c’est une séparation qui est au cœur du livre. »

 

Mais elle cite aussi Baptiste Beaulieu, dont elle partage l’éditrice chez Fayard. « Lui, c’est son humanité qui me ravit : ses histoires donnent envie d’aimer les gens et de croire en l’autre. Et j’adore son style. »

 

Une dernière recommandation ? « OUI ! Le livre de Gavin’s Clemente Ruiz, Comment papa est devenu danseuse étoile. J’avais déjà adoré Le Club des feignasses ! Ce sont cinq personnes qui se rencontrent alors qu’elles vont assister à leur première séance de chimio. Elles n’avaient rien pour se retrouver, mais le postulat de départ est génial. Comme la chimio est retardée pour un problème, tous décident de passer une semaine de vacances ensemble. Avec pour unique point commun, un cancer, tu te rends compte ? » [NdR : tiens, on se tutoie ? Avec plaisir !]

 

Virginie Grimaldi, bienveillante conteuse et lectrice émerveillée. Comment ne pas pressentir la générosité de ses livres ? 

Virginie Grimaldi – Il est grand temps de rallumer les étoiles – Fayard – 9782213709703 – 18,50 €
 

[Extraits] Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi


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