Gloom : entre canetons et syphilis, donnez le meilleur à votre famille

Nicolas Gary - 08.02.2020

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JEU STRATÉGIE – Avec ses vrais-faux airs de famille Addams, Gloom fait des heureux depuis quelques années. Le principe en est simple : vous êtes à la tête d’une famille totalement dysfonctionnelle, et votre objectif est de la rendre la plus misérable possible. Parce que de toute manière, il n’y a rien à attendre de l’existence pour ses membres… 

Gloom : ça va mourir

 
« Incidents malencontreux et graves conséquences » sont les moteurs de Gloom. Imaginé par Keith Baker (version française d’Élodie Nelow, d’après la traduction de Sandy Julien), il surfe en noir et blanc sur l’ambiance glauque, torturée et hilarante que l’on doit à Charles Addams — père de la famille du même nom. 
 

Il était une fois...


Humour noir, tranché au couteau comme tout bon tartare, vous allez jouer dans Gloom avec l’une des quatre familles : La Cigüe, Castel Besognard, Gué d’Eausombre ou Malheureux Manoir des Malformations. Cinq personnages à chaque fois, avec des descriptifs et biographies délicieusement sinistres. 

Face à vous, les joueurs campent les autres familles, tout aussi déglinguées. Votre objectif est simple : assurer à votre fratrie une mort inéluctable, après une vie d’affliction et de tourments. Et dans le même temps, offrir aux familles de vos adversaires la plus douce des vies, peuplées de cœur avec les mains et de vols d’hirondelles gracieux. 

Le premier des joueurs qui parvient à tuer l’ensemble de sa famille a gagné — on compte ensuite les points. Ces derniers proviennent de cartes Modificateur, exemple : « A été souillé par la syphilis », qui cumulera 30 points de souffrance. Charmant, non ? 

Gloom : ça va mourir

 
Cependant, tous les Modificateurs ne vous serviront pas à nuire joyeusement à votre famille : vous pouvez rendre les gens d’en face heureux, pour vous assurer d’une victoire triomphante, comme avec la carte « A contemplé des canetons », qui prodiguera 10 points de béatitude. 
 

Le destin s'acharne... ou pas ?


Deux autres types de cartes influenceront la partie : les Événements, qui introduiront liesse ou calamité dans la partie ou Mort prématurée, qui ne fait qu’accélérer l’inévitable. Ensuite ? Eh bien vous êtes fin prêt pour rejouer la Comédie humaine version Beetlejuice, mâtiné de Pierre Doris. En avant la fanfare, et le dernier arrivé au cimetière paye la bière des autres. 

Gloom nécessite un peu de recul et de hauteur : en somme, il faut de l’humour. Choisissez bien vos partenaires… Notre partie de test s’est déroulée avec une amatrice de ces plaisanteries qui font grincer des dents : idéal, donc. Car tout le plaisir réside dans la manière dont vous allez raconter l’histoire de votre famille, et les plaies, qui s’abattent sur chacun d’entre eux, eux — y compris sur leurs animaux. 

Ainsi, imaginer que Balthazar, dit « chien infidèle » de la famille Gué d’Eausombre, puisse être bafoué lors d’un bal nécessite quelques ajustements de conteurs, pour prodiguer un récit qui raconte comment tout cela arriva. De même, Goody Zar, la nounou maléfique de la famille La Cigüe qui a fait de magnifiques épousailles (ce qui n’est pas bon pour vous : maudissez l’adversaire qui vous impose pareille épreuve), obligera à un peu d’éloquence.

Gloom : ça va mourir

 
On s’y fait vite, l’esprit s’échauffe facilement, pour peu qu’on soit un brin retors — et avec de la suite dans les idées, vous voici partis à narrer la funeste et calamiteuse saga familiale, en riant aux éclats. Surtout que le malheur des uns interfère avec le bonheur des autres.

Les cartes plastifiées, original, sont très bien conçues pour le coup, et permettent en un clin d’œil de vérifier où en est son personnage — et les dessins renforcent l’atmosphère cynico-désopillante qui va régner durant la partie. Comptez une quarantaine de minutes à trois joueurs (2  à 4 joueurs), voire plus si votre sens, et goût, pour les histoires macabres s’avèrent particulièrement développé. Le tout se prend aisément en main, sans grande difficulté ni pour comprendre ni pour jouer.

Gloom, vous l’aurez saisi, apporte fraîcheur et félicité de (faire) périr dans la joie et l’allégresse. Au fil des pioches de cartes, on sourit, met au point sa stratégie d’éradication méthodique, avant de se comporter en bon démiurge despotique et sadique, pour que se déversent avec une délectable cruauté ce lot de catastrophes.

Jouissif – poussons même jusqu’à jubilatoire ! — Gloom ne guérit pas le cancer, bien au contraire !

Gloom : ça va mourir
 


Keith Baker – Gloom, seconde édition – Edge – 8435407614284 – 27 €

photos : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


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