On a testé : télécharger ses lectures avant de prendre l'avion (Montréal)

Nicolas Gary - 30.03.2016

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Quelques dizaines de minutes à tuer avant l’embarquement, et voici que l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal se change en grande bibliothèque. Dans le cadre de la campagne Lire vous transporte, les passagers sont en effet invités à profiter d’une petite lecture, avec 35 titres dont le premier chapitre est à télécharger. Une bibliothèque portative de bon goût, doublée par un espace détente très douillet.

 

 

 

L’Association des libraires du Québec, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et Aéroports de Montréal se sont retroupés pour proposer ce moment de lecture. L’opération avait été initiée le 2 avril 2015, mais encore fallait-il se trouver sur place pour le découvrir. 

 

« Notre désir est aussi de faire connaître le service de vente numérique offert par les librairies indépendantes québécoises, car, oui, il est possible de lire numériquement, tout en encourageant des plateformes d’ici », indiquait alors Katherine Fafard, directrice générale de l’ALQ. 

 

Une première phase de déploiement avait commencé en 2014, avec une campagne de tests dans 65 abribus et dans la station Laurier du métro. « Les libraires ont des cartes dans leur jeu : représentant 48 % des ventes en librairies au Québec, les librairies indépendantes s'appuient sur le lien de confiance avec leurs clients pour être présentes en ligne », poursuivait la directrice.

 

Un an plus tard, les coussins attendent les voyageurs

 

Tous les ouvrages ainsi mis à disposition sont issus d’auteurs québécois, et il suffit d’un appareil connecté pour en profiter. Autrement dit, les lecteurs ebook seront hors service. En revanche, la disponibilité omniprésente d’un réseau WiFi permet même aux voyageurs en itinérance d’en profiter. 

 

La signalétique n’est pas des plus explicites en revanche : on est rapidement à la recherche d’un QR Code pour scanner et télécharger. En réalité, il faut se rendre sur le site internet manuellement : à partir de là, on pourra effectuer la sélection de son choix. Roman, Essais/biographie, Guide, Jeunesse ou encore Suspense sont au programme. 

 

En réalité, les QR Codes furent installés durant la première année. « Nous nous sommes rendu compte que 90 % des gens ne savent toujours pas comment s’en servir – voire ne comprenait pas ce que c’était. Ils ont donc été supprimés. Nous avons alors codé chacun des livres avec un tinyURL : lirevt.ca/53 par exemple. Mais à l’aéroport, ils ne les utilisent pas », nous indique Katherine Fafard.

 

L’autre point délicat, c’est que l’on ne téléchargera qu’un extrait en format PDF, pas vraiment le plus confortable pour lire sur un écran de téléphone. A contrario, il est proposé d’acheter la version numérique directement sur le site LesLibraires.ca ou de l’emprunter sur BanQ – il faudra pour ce faire être connecté au site de sa bibliothèque.

 

Si le service peut s’enrichir pour gagner en ergonomie, il est déjà en avance sur ce que l’on peut découvrir dans les aéroports parisiens, en terme de confort. Dans un couloir face aux pistes d’une quinzaine de mètres de longueur, on retrouve des fauteuils particulièrement confortables. Une petite table, un câble pour charger son appareil mobile, et voici que l’on s’installe sans se faire prier. 

 

Animer l'opération, avec des suggestions de lecture

 

Au cours du mois de mars, l’ALQ a initié de nouvelles attractions avec la Société de Transport de Montréal. Ainsi, des suggestions de lectures de personnalités publiques étaient proposées. Mi-avril, ce seront des sélections effectuées par les personnels des Bibliothèques de Montréal. Et mi-juin, une nouvelle vague, cette fois opérée par les librairies membres de l’ALQ. 

 

Le principe est le même, dans les transports : les voyageurs se voient offrir le téléchargement d’un extrait. « Lecture et transport collectif allant souvent de pair, les voyageurs peuvent ainsi plonger dans l’un des univers proposés et passer des moments d’attente et de déplacements de transport agréables et enlevants », indique l’ALQ. 

 

A retrouver à cette adresse

 

 

 

Katherine Fafard, sollicitée par ActuaLitté, nous a apporté quelques précisions sur l’ensemble de l’opération.

 

D’abord, ce format PDF, moins commode à lire : pourquoi ne pas y privilégier l’EPUB ? 

Katherine Fafard : Absolument d’accord. La réponse est simple : chez l’agrégateur (De Marque, qui représente une bonne partie du marché ici [au Québec, NdR]), l’extrait EPUB est généré automatiquement par l’entrepôt, selon un pourcentage déterminé par l’éditeur. Au contraire, pour l’extrait PDF, c’est l’éditeur qui sélectionne les pages qu’il souhaite inclure. Donc, les éditeurs aiment mieux celui qu’ils peuvent contrôler, car ils sont en mesure d’enlever les premières pages blanches au début du livre, ou bien d’ajouter celles qu’il manquerait pour compléter un chapitre par exemple. 

 

Ils ont l’intention depuis des mois et des mois de développer dans l’entrepôt une façon de créer les extraits EPUBs comme pour les PDF… ainsi nous modifierons notre plateforme, qui se connecte directement chez eux pour 95 % des livres proposés.

 

Après une année d’expérimentation, quels sont les retours d’expérience dont vous disposez ?

Katherine Fafard : Nous en sommes à la 1ere année (terminée) à l’aéroport, mais nous opérons dans les transports en commun à Montréal et à Québec depuis 3 ans !! Nous avons d’abord été dans et sur les autobus, dans les abribus… et maintenant nous sommes sur les quais du métro à Montréal – et sur le traversier Québec/Lévis. 

 

Pour les chiffres, nous avons compilé des données sur l’an dernier pour le projet sur Montréal et Québec, sans l’aéroport. Celle incluant l’aéroport devrait arriver vers la fin du mois. (voir en fin d’article)

 

Les statistiques montrent des résultats que l’on peut améliorer, mais sur le terrain (bibliothèques et librairies) on note une augmentation de la demande pour les titres sélectionnés. Aussi, qualitativement, le projet est extra : jamais on n’a vu de la promotion autour de livres aussi spectaculaire dans des endroits publics aussi fréquentés !

 

Où est-ce que l’opération pourrait désormais se déployer, pour gagner en visibilité dans la ville ?

Katherine Fafard : J’aimerais déployer également cette opération dans les trains de banlieue, Via rail et dans les autobus entre les villes (Montréal-Québec ou Montréal-Ottawa par exemple).

 

 

Entre le 7 octobre 2014 et le 3 mars 2015 : 10.500 visiteurs uniques, 4109 feuilletages/téléchargements, 151 emprunts et 257 achats.