Agents littéraires en France : contradictions et non-dits d’Arnaud Nourry

Auteur invité - 12.10.2018

Tribune - Arnaud Nourry Hachette - agents littéraires France - auteurs éditeurs agents


La place des agents littéraires en France se réduirait à celle de « coach financier », a récemment indiqué le PDG du groupe Hachette, Arnaud Nourry. De fait, ils ne serviraient qu’à « gagner davantage moyennant 10 à 15 % de commission ». Diable.

 

Et ce contrairement à leurs homologues anglo-saxons, « qui, comme les éditeurs en France, reçoivent les manuscrits, les lisent, les soumettent aux maisons d’édition et organisent les transactions, avec ou sans enchères ». 

 

Avec pour conséquence de réduire la diversité, puisque des premiers romans peuvent s’envoler très haut. Or, l’Hexagone manque d’argent, et « publie beaucoup plus de premiers romans. J’ai tendance à préférer le système français », indique le PDG. Pierre Astier, de l’agence littéraire Astier-Pécher lui répond dans nos colonnes.


Arnaud Nourry, PDG de Hachette Livre - Frankfurt Buchmesse 2015
Arnaud Nourry - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Les contradictions et les non-dits d’Arnaud Nourry

 


L’interview accordée par Arnaud Nourry, PDG du groupe Hachette, au journal Le Monde, est intéressante à maints égards, notamment parce qu’elle révèle les contradictions dans lesquelles se débattent certains grands groupes d’édition français
 

Arnaud Nourry y vante un « modèle français » qu’il combat pourtant âprement en boycottant année après année le Salon du Livre de Paris alors que dans le même temps un immense espace international est loué par Hachette à la Foire de Francfort ou à la Foire de Londres, ou en niant le travail d’une vingtaine d’agents littéraires représentant quelque trois cents auteurs, dont un nombre significatif publié par des maisons du groupe Hachette

Mieux : le modèle qu’il vante en France ne l’est plus du tout passé les frontières de l’hexagone. Car le fonctionnement des « imprints » de Hachette International au Royaume-Uni, en Espagne et dans le reste du monde, est bel et bien calqué sur le modèle anglo-saxon à l’état pur.
 

“Non seulement les agents littéraires sont nécessaires,
mais ils sont devenus indispensables”


À cet égard, et la fin de l’interview le montre clairement, la stratégie de développement du groupe Hachette à l’international, ses investissements, ses plans d’acquisition, sont de se placer dans les pas du groupe allemand Bertelsmann, qui a multiplié les acquisitions dans le monde anglo-saxon, dans le monde ibéro-américain.

On observe la même stratégie en Inde, en Chine et dans nombre de pays d’Europe de l’Est ou d’Asie, où le groupe Bertelsmann a précédé Hachette et s’est implanté, stratégie qui relève somme toute d’une admiration sans bornes pour le capitalisme éditorial anglo-saxon.
 

 

L'idée d'un modèle français de l'édition


Parallèlement, le groupe Hachette, jamais contredit par les pouvoirs publics français parce que fleuron intouchable de l’industrie du livre (comme d’autres grandes multinationales françaises), a totalement négligé l’immense bassin linguistique francophone, son potentiel de lecteurs, ses perspectives de développement en termes de coédition, de coopération, de coproduction.

Sinon au travers du marché du livre scolaire en Afrique où il y a beaucoup à redire. Les Anglais (les groupes d’édition en particulier) ont exporté dans leur ancien empire colonial un « know how » qui fait qu’y ont fleuri quantité de maisons d’édition, essentielles pour l’éducation, pour la formation et in fine pour le développement économique.

Quelque chose de comparable s’est passé dans le monde hispanique, notamment en Amérique latine. Pas dans la Francophonie. Et le groupe Hachette, dans son expansion internationale, et de par son poids, a donc une responsabilité historique.
 

Alors qu’est-ce que ce modèle français vanté ? Un modèle conservateur à l’intérieur des frontières de l’hexagone de façon à perpétuer un système peu favorable aux auteurs et très favorable aux groupes d’édition, un modèle hypercapitaliste à l’extérieur des frontières et un modèle Françafrique en Afrique ?
 

“La très rigide Francophonie éditoriale,
 continuellement écrasée par Paris”

 

Ne serait-il pas temps de repenser un modèle vertueux où l’éditeur, à l’image du fondateur Louis Hachette, est celui qui diffuse le savoir, la création, une vision du monde, le plus largement possible et non pas seulement le plus lucrativement...
 

Bref, Arnaud Nourry ne devrait pas oublier les leçons de Louis Hachette, esprit très « marketing » pour son époque (1800-1864), qui certes eut des idées de génie quant à la distribution et à la circulation des livres (déjà fortement marquées par les Anglais). 

Mais il ne perdait pas de vue qu’il fallait toucher le public de langue française le plus large et à transmettre des savoirs, mission première de l’éditeur.

 

Pierre Astier

Agence littéraire Astier-Pécher




Commentaires
Pierre Astier est encore loin de la vérité sur la Francophonie. L'état de l'édition en Afrique francophone est misérable, quelques dizaines de livres par an, moins de 10 éditeurs par pays. Les livres viennent de France et sont à un prix exhorbitant. Mais pas touche c'est le pré carré d'Hachette Internationale qui gagne de l'argent dans l'exportation des livres mais de crée pas de structure éditoriale sur place. A travers le prisme de l'édition, la Francophonie est très en retard par rapport aux autres zones linguitisques, et Hachette devrait avoir honte.
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.