Apologie du terrorisme et Printemps des poètes

La rédaction - 10.03.2015

Tribune - printemps poètes - Fleur Pellerin - Vladimir Maïakovski


En faisant le choix de l'insurrection, le Printemps des poètes renoue avec une tradition de résistance, associée presque spontanément à la création poétique. Thomas Deslogis, dont ActuaLitté accueille régulièrement les réflexions, s'est longuement interrogé. Et puis, il a choisi, lui aussi, la voie de l'insurrection. Avec une forme de poésie qui lui est propre : celle qu'il déploie sur Fluctuat avec le Poème d'actu, depuis plus d'un an maintenant. 

 

Alors, ce Printemps des poètes... plutôt l'Automne des idoles ?

 

Voici une voix, à écouter.

 

 

 

C'est le Printemps des poètes. Youpi. Le thème de l'année : l'insurrection. Le programme : des performances et des lectures, comme d'hab'. 

 

Insurrection théorique donc.

 

De bonne augure. De belle allure. Comme dans la courte vidéo de teasing, franchement pas mal.

 

Mais sage comme un cadavre. 

 

 

 

 

Je cherche la bête certes, comme toujours. Mais il ne me semble pas tout à fait incohérent de souligner que de choisir le thème de l'insurrection pour une période de deux semaines durant lesquelles aucun attentat n'est prévu me paraît douteux niveau testiculaire. Et stratégique. Et intellectuel. 

 

Ne voyez aucune apologie du terrorisme dans l'utilisation du mot « attentat ». Enfin presque. Il faut dire que le terme est vague. Disons que sont bien sûr exclus les morts et autres bombes ; le style de la poésie se trouvant plutôt du côté des attentats à la pudeur. Mais je la sens pudique cette quinzaine, comme chaque année, et ce malgré un fil rouge séduisant.

 

Écoutons les mots de Fleur Pellerin en ouverture de ce Printemps : « La culture, aujourd'hui plus que jamais, est un front de résistance contre les attentats ». Notre ministre parle, elle, des attentats de janvier, et n'a d'ailleurs pas tort. Il s'agirait cependant de ne pas complètement nous voler le terme s'il vous plaît, surtout qui plus est, faisant l'éloge d'un événement qui veut glorifier l'insurrection. On peut malgré tout comprendre que la ministre de la Culture, ne prenant pas au sérieux cette insurrection poétique dont se réclament les organisateurs, soit ainsi tentée de récupérer la poésie dans une perspective politique plus générale.

 

Quitte à ne même pas faire semblant de lire ses fiches (voyez cette « interview » sur Métronews.fr, c'en est insultant !).

 

 

 

 

 

Elle est réaliste Fleur Pellerin. Elle sait qu'entre le 7 et le 22 mars, certaines personnes vont aller dans la rue en criant à l'insurrection poétique, et elle donne même un billet pour les aider. Elle donne un billet parce qu'elle sait que tout ça, c'est du vent, du style ; elle sait qu'il n'y aura aucune insurrection poétique, c'est-à-dire aucun putsch à la Société des Poètes Français, aucune prise d'otage à la NRF, aucune dénonciation bruyante de la blague que constitue ce respect de circonstance pour une poésie contemporaine apathique, aucune pression médiatique pour imposer une poésie médiatisée, aucune bagarre entre poètes.

 

Même pas une engueulade. 

 

Alors l'État (rendez-vous bien compte) dit OUI à l'insurrection ! Enfin, lorsqu'il s'agit de celle de la poésie.

 

Voilà où elle en est...

 

Comme dirait l'autre : #NotInMyName 

 

Thomas Deslogis