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Audrey Azoulay : “La façade ravalée du FN ne masque pas l’idéologie d’extrême droite”

Nicolas Gary - 02.05.2017

Tribune - Audrey Azoulay présidentielle - culture front national - Marine Le Pen Macron


Jusqu’à présent plutôt réservée, la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, vient de signer une tribune, publiée sur sa page Facebook : « 7 mai : un vote de résistance culturelle ». Le message est clair : non seulement il importe d’aller voter, mais plus encore, de voter pour que la France ne tombe pas sous le coup du Front national.

 

La tribune de la ministre est ici reproduite dans son intégralité. ActuaLitté en partage de nombreux aspects.

 

Audrey Azoulay inaugure le SLPJ16
Audrey Azoulay et l'éditeur Thierry Magnier
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

La candidate du Front national à l’élection présidentielle cherche à masquer la réalité de son projet. Le nom de famille de Madame Le Pen est escamoté. Le nom du parti est effacé des affiches. Cette façade ravalée ne peut pas masquer l’idéologie d’extrême droite de ce parti. Les propositions du Front national conduiraient au naufrage moral, économique, social mais aussi culturel.
 

Au-delà des discours, regardons ce qu’est la politique du Front national en matière culturelle. Cela ne relève ni de l’imagination, ni du fantasme.

 

La mémoire ?


Cette semaine encore, l’éphémère président du Front national est rattrapé par ses déclarations dans lesquelles il louait le sérieux de l’argumentation d’un révisionniste notoire. Un marqueur de la culture du Front.
 

En 2014, le maire Front national de Villers-Cotterêts refuse de célébrer la journée de l’abolition de l’esclavage du 10 mai. Le Front national réécrit l’histoire à sa guise. Un autre marqueur.

 

Le patrimoine ?


Orange, ville tenue depuis 1995 par un ancien élu frontiste, a tristement perdu son label « ville d’art et d’histoire ».

La liberté dans les bibliothèques ?
 

Dans les années 1990, à Orange toujours, on écarte des rayonnages les livres qui n’entrent pas dans la ligne du parti. À Toulon, à Vitrolles, à Marignane, on retire des journaux de la consultation et on ajoute des livres ou des publications glorifiant la droite nationale. Un journal ou un livre est soit dans la ligne, soit dégénéré. On censure et on impose.
 

La liberté de création ?
 

En 2014, le maire Front national d’Hayange fait repeindre une fontaine d’acier et de pierre, créée par le plasticien Alain Mila en 2001. Pas de respect pour les artistes ou leur travail, surtout quand il ne correspond pas à la conception que le maire a du « beau ».
 

Le cinéma ?


En février 2017, le film de Lucas Belvaux, Chez nous, est déprogrammé du cinéma municipal du Luc-en-Provence par Pascal Verrelle, maire frontiste de la commune.
 

Qu'y a-t-il dans la bibliothèque d'Emmanuel Macron ?
 

En 2015, les affiches du film La belle saison de Catherine Corsini sont recouvertes par le maire frontiste de Camaret-sur-Aigues parce qu’elles évoquent l’amour de deux femmes. Au FN, la censure se pratique ouvertement.
 

La chanson ?


En 2016, c’est le maire de Fréjus qui s’oppose au concert de Raphaël car il estime que le chanteur « en s’attaquant à maintes reprises dans son répertoire à nos valeurs fondamentales » ne doit pas être programmé par la scène intercommunale. Le FN n’accepte aucune voix discordante, aucune opposition et ne respecte aucune des règles élémentaires de la démocratie.
 

La culture européenne ?


En 2012, en pleine campagne présidentielle, Marine Le Pen, à l’invitation du FPÖ, le parti d’extrême droite autrichien, se rend à Vienne au bal de corporations pangermanistes qui accueille tout ce que l’Europe compte d’organisations néonazies, antisémites ou négationnistes.


Le Front national demeure irrigué par les pires idées de notre histoire. Il s’engouffre dans le désarroi de notre société pour le traîner dans une pente mortifère.
 

Qu'y a-t-il dans la bibliothèque de Marine Le Pen ?
 

Ne laissons pas progresser ces pompiers pyromanes qui ont fait le choix suicidaire de tourner le dos à notre jeunesse. Ils lui proposent pour demain la France de tous les archaïsmes, de toutes les régressions et de toutes les illusions.
 

À nous de construire la résistance pour que vive et demeure la République que nous aimons, ouverte et fraternelle.

Faisons ce choix le 7 mai prochain en allant voter pour Emmanuel Macron.