Auteurs et autoédition : des droits et des devoirs aussi ?

Auteur invité - 13.09.2018

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Être ou ne pas être autopublié ? Auteure de multiples ouvrages, Aurore Drey a suivi avec attention les débats autour du livre choisi par le jury du prix Renaudot. Suffisamment pour prendre en considération que l’exclusivité de vente de ses titres sur Amazon pose problème. Elle livre ici ses réflexions.



Aurore Drey
 


Au vu de l’actualité qui secoue le monde littéraire francophone, j’ai eu envie de faire ce billet. Souvent, et à leur détriment, le monde de l’édition « classique » et celui de l’autoédition sont montrés comme étant en concurrence. Ce regard clivant vient tant d’acteurs de la filière classique que de la filière indépendante. La réalité n’est pourtant pas si blanche ou noire.

Aujourd’hui, la question de cette frontière est clairement posée et le débat actuel fait surtout ressortir les devoirs de chacun.


Je suis un auteur édité, sous mon nom de naissance (Valérie Lamesch), et ai figuré parmi les lauréats du Prix du Jeune Écrivain en 2011, et suis également fraîchement autoéditée sous un nom de plume (Aurore Drey). Je n’ai probablement pas un recul total concernant le monde de l’autoédition, mais ayant exploré les deux versants du monde littéraire, je peux dire qu’ils sont l’un et l’autre bien plus complémentaires que totalement concurrents. Le rôle de l’éditeur, son travail de fond (dit éditorial), sa défense de « ses » livres, celui du libraire, des critiques, des journalistes... sont des rôles endossés par des amoureux du livre et de la lecture, et non par des êtres incompréhensifs, méchants ou frustrés.
 

À l’heure actuelle, les auteurs peuvent aussi opter pour la voie de l’autoédition. Et ce choix peut être fait sans pour autant dénier l’apport du monde de l’édition « classique ».

Un texte peut être autoédité pour de multiples raisons, et celles-ci ne sont pas forcément dues au refus des maisons d’édition : l’autoédition est le lieu rêvé pour rendre réels et tangibles des recueils de nouvelles, des textes hybrides ou des projets qu’une maison d’édition classique aurait du mal à « sponsoriser » ou défendre. L’autoédition enrichit l’univers littéraire autant que l’univers éditorial classique ne le fait au quotidien.
 

Au vu de ce qui se passe aujourd’hui, à savoir une prise en otage totale du monde littéraire, et surtout de ses acteurs, des êtres humains qui mènent tous une vie dédiée à la littérature, cette littérature qu’ils aiment et veulent partager : éditeurs (qui, suite au boycott ne peuvent vendre leurs livres sélectionnés), libraires confrontés à un choix cornélien (tuer ou être tué), auteurs (qui, comme leurs éditeurs, voient leurs livres être retournés), membres de jury de prix littéraires qui se retrouvent en première ligne d’un débat et d’une crise qu’ils n’ont pas voulu et aussi et surtout prise en otage des lecteurs (leur achat ou leur abstention d’achat en devient pratiquement un acte politique).
 

Alors, je me pose une question : dans tout cela, quelle est la responsabilité de l’auteur ?
 

Quand on opte pour l’autoédition, on a des avantages évidents, comme celui de garder ses droits d’auteur et celui de la grande flexibilité, mais aussi des désavantages méconnus.


L’auteur autoédité porte plusieurs casquettes : écrivain, graphiste, éditeur, correcteur, diffuseur. Ces tâches ne sont pas que des fonctions, ce sont aussi des devoirs : celui d’un texte abouti, d’une absence totale de fautes, d’une couverture travaillée et d’une mise en page soignée qui répond à tous les critères d’un livre sortant d’une maison d’édition. Et aujourd’hui, c’est ce que beaucoup d’auteurs autoédités proposent.
 

Aussi, dans la tourmente actuelle, se pose la question du devoir d’un auteur autoédité en matière de diffusion.


Pour prendre le cas d’Amazon, si on excepte les programmes d’exclusivité numérique (qui ne concernent pas la polémique existante), l’auteur est libre de faire tout ce qu’il veut avec son texte.

Il peut le proposer sans problème via d’autres plateformes en même temps qu’Amazon. Et ces plateformes offrent, contrairement à Amazon, la possibilité aux libraires de commander les livres sans perdre leur chemise. Ce choix d’une seule ou de plusieurs plateformes relève de la seule et unique responsabilité de l’auteur autoédité. Il a, à tout moment, la possibilité d’opter pour une diffusion papier large, car il n’est pas tenu par une exclusivité quelconque. Dès lors qu’il décide de ne pas opter pour une diffusion qui « nourrit » toute la filière du livre, je pense qu’il doit réaliser les conséquences de ses choix et leur impact sur autrui.
 

L’autre responsabilité, plus laborieuse, d’un auteur autoédité en matière de diffusion de son texte, est qu’il peut choisir d’utiliser ses livres d’auteur (qu’Amazon lui vend à prix d’impression, soit 3 € environ un livre de 200 pages + frais de port, qui eux sont fixes, et ce, que l’on commande un exemplaire ou vingt) et de les faire livrer directement non chez lui, mais à une librairie demandeuse. Le procédé est laborieux, demande d’investir de l’argent, mais est réalisable.
 

Bien organisé, une diffusion bien menée permet aussi bien à l’auteur qu’aux libraires de s’y retrouver.
 

Enfin, la dernière responsabilité d’un auteur autoédité est de jouer son rôle d’éditeur et de suivre la loi qui oblige le dépôt légal. Sinon, on propose un texte en situation irrégulière, ce qui à nouveau met à mal le travail des éditeurs de la filière classique qui sont obligés de jouer le jeu. S’autoéditer ne s’improvise pas, mais s’apprend.
 

En tant qu’écrivain, pour moi, la notion de partage est essentielle. Et ce partage se fait par le biais d’une collectivité, quelle que soit sa nature : classique ou indépendante. Les pages d’un livre et l’écriture qui les noircit prennent leur sens quand elles servent à relier les êtres humains et non les séparer. Pour moi, être écrivain, c’est se poser comme responsable de ce partage.
 

Et je peux d’autant plus mettre ces points en avant et encore moins jeter la première pierre que mes textes autoédités le sont chez Amazon. Mon recueil de nouvelles est d’ailleurs candidat au concours des Plumes francophones.
 

Cependant, le présent débat m’a permis de faire un « examen de conscience » en tant qu’auteur autoédité et de réfléchir quant à ma responsabilité d’auteur. Ainsi, dès aujourd’hui j’entame les démarches nécessaires pour proposer mes livres papier aussi sur une seconde plateforme.
 

Aurore Drey




Commentaires

Merci pour votre billet. J'espère qu'il calmera les esprits. Nous sommes tous auteurs, et ce qui me semble certain, à avoir suivi la polémique et à y avoir (un peu) participer, nous voulons tous partager dans les meilleures conditions. Apaiser le débat est essentiel. Et se poser les bonnes questions aussi. Merci.

Signé : une auteure éditée par la voie classique.
On dirait qu'i n'y a pas d'alternative entre deux systèmes qui s'imposent : soit faire "tout" soi-même (Amazon) et, soit se concentrer exclusivement sur son travail d'auteur (l'édition traditionnelle). Les auteurs, ce me semble, se suffiraient amplement d'avoir à se consacrer à leur travail d'auteur et, certains comme moi par goût, à la conception de la couv et à la rédaction de la 4e de couv. Donc l'édition traditionnelle pourrait tout à fait résister à Amazon si elle se montrait plus généreuse dans les droits qu'elle accorde à ses auteurs et si elle leur offrait le statut social auquel les autres de ses membres ont "naturellement" droit. La question est donc : l'édition traditionnelle va-t-elle comprendre qu'il est dans son intérêt de le faire ou va-t-elle camper sur ses positions hégémoniques et dépérir ? Il y a une 3e voie : contourner la problématique en s'ouvrant vers l'audio, le clip, la production de scénarios de séries ou de cinéma, de téléfilms, et en étant à l'initiative de shows médiatiques où l'auteur deviendra une personnalité bancable garante du succès de ses productions. Bref un travail axé sur la visibilité, la présence, le charisme, la popularité et la notoriété.
Merci pour votre article. C'est vrai qu'il calme les esprits. Il reste cependant pas mal d'attitudes inexplicables pour les auteurs auto-édités...Vous dévoilez que l'achat par l'auteur du livre "papier" chez Amazon lui coûte 3 EU. Or, voilà que l'auto-éditeur "Edilivre" qui en livres "papier" offre un excellent travail d'impression effectué chez ses imprimeurs en France, propose aussi une impression de qualité inférieure par Amazon (à Wroclaw en Pologne), livres vendus aux auteurs à un prix bien supérieur à 3 EU.Que comprendre? Comment comprendre ? Cordialement,
Merci pour cet article "adulte" et très clair.

De plus riche d'infos.

Boenne fin de journée à tous et toutes...
Bonjour,

Pour les auteurs auto-édités, mais aussi pour les petits éditeurs (ce que je suis), il existe un outil très bien fait : cyber-scribe.fr. Ce prestataire offre 2 options :

- une option gratuite : référencement dans le fichier exhaustif du livre et attribution d'un numéro de Gencod (identification) dans la base Dilicom.

- une option payante (cotisation annuelle très raisonnable, on paye au nombre de titres au catalogue) : référencement dans la base Dilicom, attribution d'un numéro de Gencod, gestion des commandes des libraires, mise en vente de vos livres sur les plate-formes Amazon et Fnac et transmission des commandes. C'est la meilleure option, car elle facilite la vie des libraires qui passent par Dilicom pour toutes leurs commandes, du coup ils n'hésitent pas à commander vos livres.

Je précise que je n'ai aucun intérêt dans Cyber-scribe, mais je connais bien pour avoir utilisé leur service avant de trouver un diffuseur-distributeur. C'est une démarche très pro.

Belle journée grin
Merci pour votre article qui permet au lecteur de mieux comprendre les deux facettes de cette polémique. En tant qu'auteur effectivement notre but n'est pas de détruire un système de diffusion classique que sont les maisons d'édition puis les libraires mais de faire grandir (ou rajeunir), de faire découvrir et d'offrir. Dans cette optique, chacun fait de son mieux, parfois au détriment de certains. L'essentiel est que tout le monde s'y retrouve wink



Très bonne journée à tous.



facebook.com/LaPetiteBibliothequeDAriane
Un grand merci pour votre article clair et dépassionné qui m'a permis d'apprendre beaucoup et qui apporte une contribution constructive au débat !
Contente que les informations que je t ai données Ont pu t être utile. Juste tu oublies de me citer. Essaye d y penser, la prochaine fois.

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