Bertrand Solet : “Merci d’avoir si longtemps œuvré pour cette littérature jeunesse”

La rédaction - 07.02.2017

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Bertrand Solet, auteur de livres pour adolescents, est décédé le 4 février dernier. Christian Grenier, qui fut le premier président de la Charte des auteurs, quand elle a acquis le statut d’association en 1982, était un proche de l’écrivain. Noyus y joignons également l'hommage de Bernard Epin, auteur et critique de littérature jeunesse.

 

Bertrand Solet, crédit site officiel

 

 

« Si Bertrand n’a pas adhéré le jour de la première réunion officielle de La Charte (le 22 septembre 1975), il était présent à la Bibliothèque de Montreuil ce jour-là, ainsi qu’Henriette Zoughebi, qui était alors bibliothécaire et créerait quelques années plus tard le fameux Salon du Livre de la jeunesse de Montreuil », se souvient-il. Il a rédigé un texte, en hommage à Bertrand Solet, né Bertrand Soletchnik.

 

 

 

Bertrand Solet nous a quittés

 

À la fin des années soixante, les auteurs jeunesse se comptaient sur les doigts des deux mains.

 

Né en 1933, Bertrand Solet a rejoint ce club fermé (Colette Vivier, George Nigremont, Andrée Clair, Jacqueline Cervon, René Guillot, Pierre Gamarra, Bernard Clavel, Paul Berna, Saint Marcoux…) en publiant coup sur coup en 1969 Jehan de loin, Les révoltés de Saint Domingue et Bastien, gamin de Paris.

 

Né à Paris, originaire d’une famille d’émigrés russes, Bertrand Soletchnick (il publiera ses premiers romans sous son nom complet) était né à Paris et avait, dès son jeune âge, été atteint de poliomyélite.

 

Marié avec Monique, il s’est vite passionné pour l’Histoire, les exclus, les persécutions, la classe populaire — et il a milité sa vie durant pour dénoncer les injustices : Il était un capitaine (1972) relate l’affaire Dreyfus, Les révoltés de Saint Domingue le destin de Toussaint Louverture, l’esclave qui œuvra pour l’indépendance de son pays, Haïti.

 

Ses premières publications accompagnèrent le succès grandissant des collections qui sortaient du sentier battu des « séries roses ou vertes pour la jeunesse ».

 

Bertrand Solet publia d’abord à La Farandole et dans Plein Vent, chez Robert Laffont, la première collection (créée en 1966 par André Kedros, allias André Massepain) destinée aux jeunes adultes – son public préféré.

Les 120 titres de sa bibliographie ont souvent été récompensés par des prix. 

 

Ma première rencontre avec Bertrand date de 1972, à la Ligue de l’enseignement. Lors de la naissance de La Charte, en 1975, Bertrand fut d’abord opposé à sa création : s’il reconnaissait « œuvrer pour une littérature jeunesse de qualité », il refusait d’être rémunéré pour intervenir dans les classes : admiratif du travail des bénévoles (critiques, organisateurs de salons, enseignants) qui défendaient la littérature jeunesse, il jugeait que ces rencontres faisaient partie de son travail militant – une position tout à fait respectable, qu’il modifia par esprit syndical puisqu’il rejoignit bientôt nos rangs.

 

Tous les auteurs jeunesse croisaient Bertrand chaque année au salon de Montreuil (il vivait à Montreuil). Malgré sa taille modeste, on le repérait de loin, grâce à sa démarche claudicante — mais décidée ! — accompagné de son épouse Monique. Chacun pouvait apprécier sa franchise, son optimisme, son caractère volontaire et la hardiesse de ses engagements, auxquels il resta fidèle sa vie durant.

 

Merci, Cher Bertrand, d’avoir si bien et si longtemps œuvré pour cette littérature jeunesse que tu as servie à merveille. Et que soient ici témoignés notre chagrin et nos condoléances à Monique, à leurs trois fils et leurs sept petits-enfants.

 

Christian Grenier

 

 

Quand les souvenirs se glacent au fil des disparitions, il appartient aux survivants de la même génération de témoigner en force. Bertrand fait partie de ceux qui ont irrigué le livre de jeunesse pendant des dizaines d’années, avec talent bien sûr, mais avant tout avec une singularité dans la démarche intellectuelle qui le rend incontournable. Son rapport à l’Histoire est partie prenante de ses engagements moraux, citoyens : justice sociale, lutte incessante contre le racisme et les discriminations, témoignages pour éclairer aujourd’hui.

 

Il y avait entre nous plus d’une connivence, d’une convergence de pensée, exprimées si souvent dans les débats, les rencontres, et tout simplement les échanges amicaux que Monique marquait de sa présence permanente. Ayant eu le privilège de rédiger la notice qui lui est consacrée dans le gros « Dictionnaire du livre de jeunesse », j’y trouve la certitude de côtoyer ceux qui auront à cœur de perpétuer, au-delà de la peine présente, la trace durable qu’il a laissée dans l’aventure du livre de jeunesse.

 

Bernard Epin

 

 

 

La cérémonie funéraire aura lieu lundi prochain au Père Lachaise.