Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

medias

Carole Trébor et Marie Pavlenko : “Nous sommes la première pierre. Sans elle, pas de livre”

La rédaction - 10.04.2017

Tribune - Carole Trébor tribune - Marie Pavlenko tribune - auteurs première pierre


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse republie une tribune originellement parue dans Les Histoires Sans Fin. Aujourd’hui, Carole Trébor et Marie Pavlenko, qui lançait voilà près d’un an et demi un appel, toujours aussi actuel.

 

Will, CC BY 2.0
 

Nous sommes la première pierre

 

Vendredi 15 janvier, dans un billet intitulé « Assez, c'est assez », sur le blog Livres du Guardian, Philip Pullman, célébrissime auteur de La Croisée des Mondes, a annoncé qu'il démissionnait de son poste de parrain du Festival littéraire d'Oxford. L'écrivain explique que sa position était incompatible avec sa fonction de président de la Society of Authors, qui protège les droits et les intérêts des auteurs en Grande-Bretagne.

Ne pas payer les conférenciers semble être un principe, argumente-t-il, or « l'équité la plus élémentaire voudrait que, si quelqu'un s'investit professionnellement dans un projet, s'il n'intervient pas en tant que bénévole, il soit payé. Les festivals paient les sociétés de ménage, les designers, les imprimeurs, les administrateurs, les publicitaires, les chauffeurs de taxis, les cuisiniers, les serveurs, les fournisseurs (…). Les auteurs, raison première pour laquelle les visiteurs se déplacent en salon, sont les seuls dont on attend qu'ils travaillent gratuitement. »

 

Si ce coup de gueule est empli de panache, c'est parce que Philip Pullman a raison, bien sûr, et qu'il le montre simplement et avec brio. C'est aussi parce qu'en tant que grand nom de la littérature, son témoignage a du poids. Il a valeur d'exemple. En un mot, Pullman est solidaire. Solidaire des auteurs qui ont moins de renom, qui peinent à boucler leurs fins de mois, et qui constatent ainsi qu'ils ne sont pas seuls à se battre. À ce titre, le billet de Pullman est extraordinaire.

 

SOLIDARITÉ, voilà un formidable mot d'ordre pour cette année 2016.
 

Car les combats pour les droits des auteurs et illustrateurs jeunesse sont plus que jamais d'actualité. À combien de salons devons-nous encore expliquer ne pas vouloir intervenir à titre gracieux lors de conférences ? Combien de fois devons-nous essuyer l'incompréhension de nos interlocuteurs ?
 

Certes, nous sommes seuls lorsque nous négocions nos contrats. Mais si nous décidons de tous lutter, nous aurons du poids.
 

Nous sommes la première pierre. Sans elle, pas de livre.

 

Refusons, ensemble, l'injustice de nos rémunérations, signe extérieur de la non-reconnaissance de notre travail.

Refusons les clauses inacceptables ou les pourcentages trop bas.
 

Soutenons-nous, communiquons, discutons, parlons de nos rémunérations en toute transparence.
 

L'édition “c’est une pyramide renversée : l’auteur est tout en bas, et sans lui, plus rien”
 

Les lignes commencent à frémir, nous ne devons rien lâcher. Nous dialoguons avec des éditeurs, certains d'entre eux se montrent très à l'écoute et changent déjà leurs habitudes.
 

Et plus nous serons nombreux, plus nous serons solidaires à réclamer plus d'équité, des traitements justes, des rémunérations dignes, plus nous serons forts.

 

Carole Trébor, auteure, présidente de la Charte
 

Marie Pavlenko, romancière, administratrice de la Charte

 

 

Retrouver les Tribunes des auteurs de la Charte