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“Certains géants du ecommerce profitent de la situation d’une manière éhontée”

Auteur invité - 30.03.2020

Tribune - éditeurs indépendants - littérature lecture public - aides coronavirus édition


18 années de défense de l’édition indépendante : l’association L’Autre livre qui compte 248 membres « s’attache à résister à la marchandisation du livre et défend l’exception culturelle ». En période de crise sanitaire, c’est plus fort encore qu’elle fait entendre sa voix, interpellant directement le ministre de la Culture. 


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Dans un courrier adressé à Franck Riester ce 20 mars, reproduit ici dans son intégralité, L’Autre livre fait part de ses inquiétudes. Elles sont légion.


Monsieur le Ministre,
 
En tant que président de l’association L’Autre livre qui réunit 248 éditeurs indépendants, je m’adresse à vous pour attirer votre attention sur la situation du livre et de nos maisons d’édition.

Comme l’ensemble des citoyens, les éditeurs et les auteurs participent aux mesures de confinement dont nous espérons qu’elles se révéleront utiles pour contrer l’épidémie actuelle.

Mais à l’inquiétude créée par la crise sanitaire s’ajoute une préoccupation de caractère économique.

Du fait de la fermeture des librairies et de l’annulation des salons et manifestations publiques autour du livre, nos maisons d’édition voient leurs ventes réduites quasiment à néant.

La solution ne consiste sans doute pas à autoriser la réouverture des librairies avant que le confinement ait pris fin.
Par contre plusieurs dispositions nous semblent nécessaires.

Tout d’abord nous voulons nous assurer que les petites maisons d’édition, qui sont des éditeurs indépendants, pourront bénéficier des mesures générales annoncées par le gouvernement (report des charges et des impôts, indemnité de 1500 euros pour ceux qui ont perdu leur chiffre d’affaires, fonds d’aide et facilités de trésorerie). Les modalités concrètes d’application de ces mesures ne semblent pas toutes opérationnelles et beaucoup d’éditeurs ne sont pas informés des démarches à suivre pour en bénéficier.

Nous sommes prêts pour notre part à relayer les informations utiles auprès de nos adhérents.

Ensuite, comme beaucoup de libraires et d’acteurs de la profession, nous nous inquiétons de voir que certains géants du commerce en ligne (notamment Amazon) profitent de la situation d’une manière éhontée. Non seulement ils occupent largement le marché des commandes de livres, mais ils font pression sur leurs salariés et paraissent au-dessus des lois (tant en matière de fiscalité que de droit du travail et de respect des mesures d’urgence sanitaire).

Outre le nécessaire rappel à l’ordre que cela suppose, nous attirons votre attention sur le fait que la vente par correspondance n’est pas et ne doit pas être l’apanage exclusif de ces groupes. De nombreux libraires, des distributeurs et des éditeurs tentent aussi d’y avoir recours.

Dans ces circonstances, au moment où le président de la République invite les Français à renouer avec la lecture, il serait urgent de faire droit à une revendication maintes fois réaffirmée par notre association : que le livre bénéficie, à l’instar de la presse depuis la Libération, de tarifs préférentiels en matière postale. Car la lourdeur des tarifs postaux est une charge tout à fait importante pour les différents acteurs de la chaîne du livre et une entrave à la lecture.

Nous demandons aussi que le gouvernement intervienne auprès des banques afin que celles-ci tiennent compte de la situation actuelle et fassent preuve de souplesse concernant la gestion des comptes professionnels des éditeurs indépendants et leurs autorisations de découvert.

Les sommes considérables que l’État va débloquer pour garantir les emprunts bancaires ne doivent pas aller à la spéculation, mais à l’aide à l’activité réelle, y compris dans le secteur culturel et du livre.

Enfin, par-delà cette crise dont nous espérons tous que nous parviendrons rapidement à la surmonter, il nous semble qu’il faut remettre en chantier une réflexion collective sur la politique publique de la lecture. Celle-ci ne peut pas être un plaisir et une source de connaissance et de réflexion réservés à une petite minorité.

Nous sommes pour notre part disponibles pour participer à ce chantier.
 
Je vous prie de croire, monsieur le ministre, en l’expression de ma considération,
 
Francis Combes
Président de l’autre LIVRE



Commentaires
L'existence d'un tarif raisonnable pour les envois de livres par la poste serait une mesure d'une très grande efficacité pour les éditeurs indépendants et nous ne pouvons que vivement féliciter le Président de l'Autre Livre pour sa démarche.

Malheureusement, cela ne serait d'aucun secours dans la période actuelle la poste ayant en pratique cessé de fonctionner depuis deux semaines, certains syndicats annonçant aujourd'hui avec une grande fierté le nombre de postiers ayant exercé leur droit de retrait et laissé le champs libre au grandes plateformes.

On notera avec intérêt que DHL, filiale de la poste allemande, continue à opérer sans faille en France.

Vous avez dit service public ?
"résister à la marchandisation du livre", sniff, snif, on va pleurer. Nan mais sans déconner vous faites quoi dans une librairie à part vendre des livres sous protectorat Etatique, c'est-à-dire bénéficiant d'un monopole scandaleux ? wink Faites rentrer des lecteurs dans vos échoppes plutôt que de montrer du doigt la seule librairie qui "fonctionne" sans aides, hors de toute protection institutionnelle et sous les fourches caudines de libraires envieux...
Oh encore un lobby !

J'imagine que ces gens préfèrent que les gens arrêtent de lire et regardent la TV plutôt que d'imaginer qu'on puisse acheter un bouquin et dépenser son argent ailleurs que chez eux.

On attaque Amazon mais leurs pratiques ne valent pas mieux finalement.
En fait, les ventes numériques compensent chez nous, donc, certes, la perte des salons, notamment, ne nous arrange pas, mais on a su faire le choix du numérique que des libraires ne veulent toujours pas faire. Limite si on se fait agresser quand on leur parle de cet autre support d'édition.
Votre histoire m'intéresse, pouvez-vous me contacter svp : contact@liseuses.net ?
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