Chèvre feuille étoilée : Une maison d'édition de femmes

Nicolas Gary - 19.09.2013

Tribune - chèvre feuilles étoilée - femmes - maison d'édition


Après avoir donné la parole, le 28 août dernier, à Juliette Combes Latour, gérante du Temps des Cerises, La Différence a demandé à Behja Traversac, co-éditrice des éditions Chèvre-Feuille étoilée, avec Marie-Noëlle Arras, de présenter le parcours, le catalogue et les espoirs de cette « maison d'édition de femmes » attachée à l'échange littéraire et culturel et au combat pour la femme, là où elle est encore maltraitée et même martyrisée. 

 

 

Avec les Editions de la Différence

 

 

 

 

 

 

 

 

Un tournant prometteur pour les éditions Chèvre-Feuille étoilée

 

Certes, la maison d'édition Chèvre-Feuille étoilée tient, depuis plus de treize ans, un cap de production sans défaillance. Mais les aléas des systèmes de diffusion dont héritent les petites maisons ne lui ont pas permis de s'imposer, davantage qu'elle ne l'est, dans le paysage éditorial. C'est notre rencontre avec les responsables des éditions de La Différence qui, nous l'espérons très fort, fera « la différence » si je puis dire.

 

En nous accueillant dans la structure collective et professionnelle qu'ils ont créée récemment, ils offrent la possibilité, aux neuf maisons partenaires de lutter contre l'uniformisation des goûts, contre le monopole des grandes maisons d'édition, contre l'idée selon laquelle seuls les grands éditeurs peuvent prétendre à de « vrais » auteurs et à un « grand » public. C'est pour les objectifs d'indépendance, de solidarité et de professionnalisme, que se fixe cette structure, que nous sommes heureuses d'en être partie prenante et remercions vivement les éditions de La Différence de nous y avoir soutenues.

 

C'est pourquoi nous intitulons cette chronique « tournant prometteur » car cette plate-forme est, en effet, pour nous, l'occasion de voir nos livres mieux défendus auprès des libraires et donc de leur y assurer une présence effective. Nous nous félicitons du fait que c'est parce que Chèvre-Feuille étoilée se nourrit de rencontres où se croisent des livres, des cultures, des idées, et surtout des gens passionnés, comme à Cuisery, où nous avons eu le plaisir de faire la connaissance de Mme Colette Lambrichs, la directrice de La Différence... qui nous a menées jusqu'à la maison et son directeur M. Mineraud.

 

Dès sa création en janvier 2000, Chèvre-Feuille étoilée a été pensée par ses fondatrices comme une maison d'édition de femmes qui serait un pôle d'attraction pluraliste. Pluraliste aussi bien sur le plan purement littéraire que sur son ouverture aux arts et aux débats qui traversent les sociétés d'aujourd'hui. Elle a été pensée comme un lieu profondément ancré dans le va-et-vient entre les auteures, entre les genres, entre les rives, entre les idées et les représentations, entre le Nord et le Sud, entre ce qui s'écrit et ce qui se vit. Ses publications sont délibérément, et même souvent spontanément, orientées vers toutes les formes esthétiques. Si elle a capitalisé l'écriture et l'intérêt d'auteures reconnues, elle offre aussi un espace à celles qui ont passionnément aimé l'écriture et dont le talent, peu connu, est néanmoins multiple, vivant, polyphonique et incarné par des personnalités et des expériences incroyablement riches.  

 

 

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Les ouvrages qui paraissent cet automne témoignent, par exemple, de cette diversité, de ces talents, de cette richesse et font s'entrecroiser fiction, actualité, poésie, tant au travers des collections qu'au travers de la revue Étoiles d'Encre. 

 

Paraissent le 24 octobre 2013 :

  • Abysses, un superbe recueil de poésie où se sont adjointes Fariba Hachtroudi, une écrivaine et  poétesse iranienne, qui est la digne héritière « en sinueuse ligne de Hafez et Ferdowsi » comme le dit son préfacier Gil Jouanard,  et Anne Cotrel, une artiste peintre qui illustre chaque poème comme un ciseleur une œuvre précieuse. Mais un livre qui n'est pas seulement un livre de poèmes et d'encres. Abysses est dans la continuité du combat mené par Fariba Hachtroudi dans ses romans et essais publiés depuis 1991. Son combat contre l'intégrisme de tous bords. Ce livre résume à lui seul outre la ligne éditoriale des éditions, l'heureuse alliance entre littérature et art plastique que nous imprimons à la collection « D'un art, l'autre » et à la revue Étoiles d'Encre. 
  • La femme de la mer Ionienne, un premier roman, original parce qu'il est écrit du plus profond corps de femme qui ne se résout pourtant pas à n'être qu'un corps. Il est bien sûr une conscience, mais aussi et surtout une époque que Jackeline Van Bruaene nous retrace au travers de la vie de son héroïne. On mesure dans ce livre l'amplitude de la solitude, du doute, mais aussi la joie d'une espèce de rédemption par l'amitié et l'art.
  • Femmes et Révolution en Tunisie, des entretiens menés avec une intelligence politique incontestable par Janine Gdalia, sur le rôle des Tunisiennes de janvier 2011 à ce jour dans ce que l'on a appelé « Le printemps arabe ». Ecrivaines, artistes peintres, cinéastes, militantes des droits des femmes, ces femmes nous disent, presque en temps réel, ce qui s'est passé et les raisons de ce qui est advenu depuis les élections du nouveau parlement et l'installation du gouvernement. Ce livre est l'expression vivante de femmes dont la détermination et le courage forment un pont entre destin individuel et destin social. Il montre la force de la résistance et de l'unité face aux pires dérives.
  • Tu vois ce que j'veux dire,  cette pièce de théâtre, écrite par Maïssa Bey et montée par la Compagnie Théâtr'Elles de Montpellier, signe le style théâtral de cette écrivaine algérienne qui, par ellipse, par touches légères, condense, avec un talent époustouflant, les situations les plus complexes. Cette pièce résume en effet non seulement le drame de l'exil clandestin des jeunes Algériens, mais reflète, plus généralement, le malaise des sociétés non démocratiques qui contraignent leurs populations à chercher ailleurs une manière de vivre plus humaine. 
  • La revue Étoiles d'Encre, avec ce thème sur la « Légèreté » dont le sens est à mille faces, on entend de multiples voix, pas forcément légères, car à vrai dire, la légèreté est une quête et non une réalité. Ce n'est souvent qu'un instant fugitif, et pour cela même, précieux. Cette quête est brillamment illustrée par le long texte de l'écrivaine égyptienne Fawzia Assaad, qui montre, au travers du désir d'éternité des Pharaons d'Égypte, au travers du poids des pyramides, le désir de légèreté de l'âme. Le désir de légèreté serait-il le désir d'âme ? La Pyramide est un tombeau d'où l'on sort vivant. Comment, si l'on ne vole pas à l'oiseau sa légèreté ? […] L'Égyptien des temps anciens s'exprimait en hiéroglyphes pour penser et dire l'âme, et faisait la part grande à la légèreté de l'oiseau. 

Et le 28 novembre 2013 : 

  • Égypte An II, Ce texte porte un éclairage différent de celui de la presse occidentale sur ce qui s'est passé en Égypte de janvier 2011 à juin 2013. Analyses et reportages que l'auteure Fawzia Asaad, philosophe égyptienne d'Héliopolis considère comme biaisés, tronqués et ne reflétant ni la réalité des faits eux-mêmes, ni la profondeur politique qu'ils signifient. On lit, on entend, on donne à voir que la culture démocratique des Égyptiens balbutie alors même que la jeunesse du pays orchestre un spectacle grandiose de démocratie. Le peuple avait porté un Président au pouvoir. Le Président s'est montré incompétent et dangereux. Ce même peuple exprime sa volonté de destituer le Président et délègue aux militaires le pouvoir de négocier sa destitution.