"Comment Hachette et Interforum "rançonnent" les librairies de Belgique"

La rédaction - 08.04.2015

Tribune - Belgique tabelle - Interforum Benelux - Hachette Livre Dilibel


Exclusif ActuaLitté : La semaine passée, ActuaLitté a levé le voile sur une problématique bien connue des libraires et vendeurs de livres en Belgique, la tabelle. Cette sur-taxe pratiquée par deux distributeurs français, sur l'import de livres depuis la France, rend certains titres d'éditeurs plus chers outre-Quiévrain. 

 

 

Benoît Peeters, auteur et scénariste, très proche des questions d'économie du livre, nous expliquait, lors d'un premier article : « C'est très choquant de voir que cette solution, qui permettait de pallier les risques de variations du taux de change, est aujourd'hui maintenue. » Mais aujourd'hui, la tabelle est devenue une étrangeté du marché belge que seuls Interforum Benelux et Dilibel, filiale du groupe Hachette, pratiquent. Sans réellement faire l'unanimité.

 

Le Syndicat des libraires francophones de Belgique nous a communiqué une lettre ouverte, dont nous reproduisons ci-dessous l'intégralité. 

  

 

 

Comment Hachette et Interforum "rançonnent"

les librairies de Belgique

 

 

Le Syndicat des libraires francophones de Belgique souhaite réagir aux propos tenus par Anne Lemaire, directrice commerciale d'Interforum Benelux. Contactée ce 7 avril par ActuaLitté à propos des négociations entre Editis et La Martinière, Madame Lemaire propose une justification très personnelle de la tabelle, ce mark-up imposé par son groupe et par Hachette sur le territoire belge.

 

Nous la citons : « La tabellisation sert à financer les coûts de diffusion et de distribution en Belgique : le groupe Editis a choisi de disposer d'une antenne avec une équipe commerciale ». Un peu plus loin : « La tabelle sert à financer les stocks disponibles et les services rapprochés pour les librairies ».

 

Nous ne contestons pas le choix de son groupe de disposer d'une antenne en Belgique, mais refusons que celle-ci existe grâce une tabelle qui, dans les faits, remonte sans doute directement vers la maison-mère. Il est anormal que les libraires, et surtout les lecteurs belges, soient ainsi pris en otage : nous n'avons pas à payer la note de leur filiale.

 

Quant au service de qualité, il n'est certainement pas irréprochable. Interforum Benelux sert rapidement les livres en commande pour peu qu'ils soient de stock en Belgique. Mais les délais pour obtenir les titres manquants sont anormalement longs, qu'il s'agisse de titres forts dans l'actualité, ou de titres dits pointus  : en moyenne dix jours ouvrables, soit deux semaines. Le fait de passer par un intermédiaire supplémentaire nous pénalise en terme de rapidité de livraison.

 

 

Bruxelles

Bruxelles - Francesca Cappa, CC BY 2.0

 

En outre, quand Madame Lemaire évoque « une remise moyenne, sur l'année, proche de 40 % », les libraires belges s'indignent ! Aucun ne bénéficie d'une telle remise, la grande majorité d'entre nous étant depuis des années bloqués à 35 %, voire moins. Dès lors, quand elle annonce que la disparition de la tabelle « aura surtout d'autres conséquences, comme la diminution de la remise accordée », nous ne savons comment interpréter ses propos...

 

Il est erroné d'imaginer que la disparition de la tabelle « entraînerait une moins grande visibilité, moins de passage [des représentants] dans les librairies ». Tous les groupes et/ou éditeurs qui ne tabellisent pas nous le prouvent ! Ils sont bien présents dans nos librairies et bénéficient d'une image plus positive auprès du public.

 

La fin de la tabelle entraînerait mécaniquement une légère baisse de nos marges, mais permettrait aussi aux libraires de communiquer positivement vers les lecteurs qui sont de plus en plus nombreux à rejoindre la vente en ligne, et qui, voyant les prix s'harmoniser, retrouveraient le chemin de nos librairies. 

 

Anne Lemaire le concède : « Amazon vend en Belgique au prix français, avec 5 % de remise en plus ». Mais, contrairement à ce qu'elle pense (« Amazon n'a pas non plus pris l'importance qu'il a en France »), la situation est bien périlleuse en Belgique. Pour rappel, Livres Hebdo annonçait récemment un recul de 7,4 % des ventes des éditeurs français vers la Belgique. Cette érosion doit bien trouver son explication quelque part.

 

Le SLFB demande donc à Editis-Interforum ainsi qu'à Hachette d'engager une réflexion constructive pour abandonner cette taxe surannée qui met en danger la librairie belge, aujourd'hui plus que jamais. Nous ne réclamons pas la disparition des filiales belges et des équipes commerciales, mais bien une nouvelle politique de prix, plus respectueuse pour tous.