Conseiller un jeune poète au XXIe siècle

Auteur invité - 21.10.2019

Tribune - conseil écriture poésie - poete siècle - enfant siècle poésie


Le poète, une espèce en voie de disparition ? Au XXIe siècle, la poésie est morte, mais elle reste vivante. Dans l’histoire de l’Humanité, les plus grands poètes ont déjà évoqué toute la beauté du monde. Au fond, que reste-t-il à écrire ? D’ailleurs, pour qui la poésie a-t-elle vraiment existé au Moyen âge, et même à l’époque des Romains ou à Babylone ? Combien de poètes existe-t-il aujourd’hui ? Comment perpétuer cette poésie dans le Troisième millénaire ? Enfin, a-t-elle encore une utilité, pour la Cité ?


Francesco Polacchini, CC BY SA 2.0
 
« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage », « Chant I », in L’Art poétique,
Nicolas Boileau, XVIIe siècle.
 
Poète, on l’est, ou on ne l’est pas, de sa naissance à la mort. Tout le monde n’a pas forcément une nature, ou le talent, pour devenir poète. La poésie doit être une nécessité, comme respirer. Un poète ne peut pas exister, s’il n’a pas de vie intérieure, riche, pittoresque, voire chaotique. La poésie lui permettra d’exprimer cette vie intérieure, avec des mots, en utilisant les outils de la poésie : rime, rythme, son.
 
Être poète est une expérience, à laquelle on doit se livrer corps et âme. La poésie, ce n’est pas un métier qu’on apprend, c’est avant tout un état d’esprit. Il faut aimer la solitude, tel un anachorète, car une œuvre poétique ne se construit pas dans le tumulte du monde.
 
Autrefois, le rôle du « poète » est d’être le garant des croyances et de célébrer les divinités. Le poète incarnait la parole sacrée, pleine de magie et de superstition, que l’on consacre à des rituels, à des cultes ou à des fêtes. C’est dans toute cette tradition du Néolithique, peut-être du Paléolithique, que le poète s’inscrit.
 
Dès le plus jeune âge, le poète veille au grain. Dans les bibliothèques, il y a beaucoup de trésors. Tout au long de ses journées, il apprend, comprend, et désapprend. Au fil du temps, il découvrira, dans l’ordre ou le désordre, les poètes de l’Antiquité, du Moyen âge, de la Renaissance jusqu’au XXIe siècle. Au final, il aura acquis des connaissances sur les formes, les styles, des vers. Certains poètes ou quelques poèmes resteront à vie, dans son esprit. Vous comprendrez, aussi, qu’un « bon » poète est un poète mort.
 
Au-delà de poètes connus, il faudra aller au-devant de poètes rares, ceux qui élèvent, et montrent de nouvelles voies. Le poète étudiera tous les arcanes de la langue, à travers les dictionnaires, les encyclopédies, le Bescherelle. La poésie, avant toute chose, c’est une école de la rigueur, de la discipline, et le poète est un artisan des mots. Après ce voyage au pays des livres, il faudra se perdre dans le chaos du monde, voguer et divaguer.

Espérons au final que vous ayez quelque chose à dire, en poésie, de différent, de neuf. Un poète ne doit pas écrire pour le temps présent, mais pour l’avenir, il doit être... en avance.


Le poète, une espèce en voie de disparition


À quoi bon rencontrer des poètes vivants ? Le poète est un animal sauvage, dans ses actions, quand il va en société. On l’a dit, le poète est un homme de l’ombre qui fuit la comédie humaine. Il est hanté par la mort, Dieu, l’amour, mais il pourrait aussi vous instruire de certaines leçons poétiques, utiles à votre avenir. Vous observerez assez rapidement que les imposteurs, hélas, sont légion dans la poésie — plus qu’on ne le pense —, comme dans tous les corps de métier.
 
Écrire un « mauvais » poème est chose facile. Pour faire un « bon » poème, il faudra choisir une forme qui correspond au fond de votre poème. On peut fort bien écrire, d’une seule traite, un poème. Après des années de labeur, ce sera moins d’une heure de travail pour un sonnet. Parfois, il est nécessaire de travailler son poème durant des années. La poésie, c’est beaucoup de travail, pour peu de mots. Au cours d’une vie, le poète aura des moments de fécondité, et de stérilité.
 
Après quelques poèmes, le jeune poète souhaiterait faire un recueil, ou un choix de ses premiers vers. La publication de poèmes n’est rien en soi. Serait-ce l’expression d’un poète de génie, d’un poète maudit, voire raté ? Dans les œuvres complètes d’un « bon » poète, on ne retient guère plus d’un recueil, et quelques poèmes. Enfin, toute une vie est nécessaire, pour construire, mot à mot, un recueil.
 
Peut-on être riche comme Crésus ? D’un point de vue matériel, la poésie coûte peu, et elle ne rapporte pas. Par essence, le poète est pauvre, mais le plus riche d’esprit, c’est la loi du marché. Être poète, c’est exercer le métier qui est le moins payé au monde. Si vous avez une fortune personnelle ou un mécène, vous aurez toute la liberté de vous occuper de poésie. Si vous avez un métier, souvent sans intérêt, cela ne pourra qu’enrichir vos poèmes. Qu’il soit riche ou pauvre, un poète écrit jusqu’à ses derniers jours.
 
Au bout du compte, dans cette histoire de la poésie, il n’y aura que peu d’élus, comme les saints qui ont honoré les premiers âges du christianisme. Combien de poètes la mémoire collective retient-elle par siècle ? La postérité existe-t-elle encore aujourd’hui ? Qui lit encore des poèmes au XXIe siècle ?


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.