Contre les éditions Le Baron Perché, les auteurs montent au créneau

Nicolas Gary - 01.07.2016

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En dépit de la démarche entamée par la Société des Gens de Lettres et la Charte, le conflit entre les auteurs et les éditions Le Baron perché s’éternise. La société se voyait réclamer un montant de 15.000 € de droits d’auteurs impayés en janvier dernier, à travers un commandement de payer. Dans sa réponse, la société mettait en avant des problèmes de trésorerie, mais assurait que le règlement serait effectué. Dans une lettre ouverte, les auteurs déplorent que la situation n’ait en rien évolué. 

 

une situation assez douloureuse en effet

 

 

« Le fruit de notre travail »
 
Lettre ouverte à A M. Olivier Baillet, gérant de la société « Le Monde en marche » (éditions Le Baron perché)
 
Cher Monsieur,


Il y a deux ans, les éditions Le Baron perché rejoignaient, sous votre tutelle, le groupe Révolution 9 (R9). Jacques-Marie Laffont qui collabore au groupe que vous pilotez, déclarait en mai 2014 dans le journal professionnel Livres Hebdo, à propos de l’acquisition qui venait d’avoir lieu : « Le groupe Révolution 9 propose de renforcer la marque et sa présence sur le marché grâce à une force organisationnelle, financière et stratégique. » Deux ans plus tard, nous, auteurs qui sommes liés au Baron perché par les ouvrages que nous y avons publiés, nous faisons quelques constats et nous nous posons plusieurs questions.


Pour ce qui est des constats, nous avons eu, ces derniers mois beaucoup de mal à obtenir le règlement de nos droits d’auteurs. Ceux de l’année 2014, exigibles d’après nos contrats fin juin 2015, ne nous ont été versés qu’au mois de mars 2016. Nous ignorons les raisons qui vous ont conduit à différer si longtemps ces paiements. Vous avez évoqué, au cours d’un entretien avec Hervé Hugueny (Livres Hebdo, 26 janvier 2016), des « difficultés de trésorerie » et le fait que pour le Baron perché « la période de restructuration a été plus longue que prévue. » Nous ignorons quelle restructuration vous avez effectuée au Baron perché.

 

Nous ignorons pourquoi, dans une déclaration à Livres Hebdo, toujours en janvier 2016, vous vous êtes engagés à nous payer dans les plus brefs délais. Nous ignorons pourquoi vous ne l’avez pas fait. Nous ignorons enfin pourquoi vous vous êtes résolu à le faire deux mois plus tard pour presque tous les auteurs concernés (quelques-uns sont toujours en attente de règlement). Pendant toute cette période tumultueuse et incertaine, nos ouvrages ont continué à se vendre régulièrement et à alimenter le chiffre d’affaires de la maison d’édition. Comme des petits bateaux lancés dans la tourmente qui vaillamment gardent le cap.


Chacun d’entre nous a reçu, après avoir dû le réclamer, son relevé de droits d’auteur pour l’année 2015, établi au 31 mars 2016. Nous espérions que ces droits seraient réglés cette fois conformément à ce que stipulent nos contrats, « dans les trois mois suivants l’envoi dudit relevé », c’est-à-dire le 30 juin. Pour l’instant rien ne s’est passé. Nous voyons donc, avec lassitude et colère, se dessiner le même scénario que l’an dernier.

 

"Quelques signes n’ont pas manqué de nous inquiéter"


Au cours du trop long épisode de l’automne-hiver 2015-2016 où nous avons tâché d’obtenir gain de cause, quelques signes n’ont pas manqué de nous inquiéter pour ce qui est de l’avenir du Baron perché. Depuis 2015, les activités de la maison se sont progressivement ralenties pour atteindre une vitesse proche de l’immobilité. Seuls deux ouvrages ont été publiés au cours du second semestre 2015 : l’album Moutoncaniche (Zina Modiano) et l’ouvrage documentaire sur la laïcité signé Rokhaya Diallo et Jean Baubérot, dans la collection phare de la maison « Comment parler de… aux enfants ».

 

Mais plus d’une quinzaine de livres programmés, certains achevés, ne sont pas sortis : cinq albums, trois documentaires de la collection « En s’amusant » consacrés à la calligraphie, à l’Égypte et à la tour Eiffel et, enfin, sept ouvrages de la collection « Comment parler de… aux enfants » (sur la mythologie, l’immigration, la justice, les Arts préhistoriques, les Arts asiatiques, Andy Warhol, Le Corbusier). Autre élément venant renforcer notre inquiétude : plus aucun chantier n’a été lancé en 2016, alors que le rythme des parutions jusqu’en 2014 était d’environ 25 ouvrages par an. Pour les éditions Le Baron perché, 2016 s’annonce comme une année blanche, une année « page blanche ».


D’où quelques questions. Nous nous les posons. Nous vous les posons. Que comptez-vous faire des titres que certains d’entre nous ont achevé d’écrire, qui étaient programmés pour 2015 et qui restent impubliés ? Comptez-vous poursuivre l’activité éditoriale du Baron perché ? Lorsque les stocks de nos livres – beaucoup continuent de se vendre très régulièrement – seront épuisés, comptez-vous les réimprimer ? En nous appuyant sur les constats que nous faisons et les questions qui en découlent, nous ne déchiffrons aucun signe que l’on puisse inscrire dans la politique affichée en 2014 de renforcement de la marque et de sa présence. C’est plutôt le contraire qui semble menacer nos ouvrages : un affaiblissement de leur présence (jusqu’à épuisement des stocks ?), annonciateur de leur effacement et de leur disparition du paysage éditorial.


Lorsque nous signons un contrat d’édition, nous nous engageons pour une longue période. Nous vous remettons notre travail pour que vous le fassiez fructifier et pour que nous puissions recueillir, à travers nos droits d’auteur, le simple et juste fruit de ce travail. Nous voudrions que vous mettiez la même passion à défendre les ouvrages confiés à votre responsabilité et à votre professionnalisme que celle que nous mettons à les écrire. Il y a, dans cette réciprocité d’engagement, un principe d’équilibre vertueux où chacun, nous en avons la conviction, peut trouver son compte.


Le premier geste, et le plus légitime, que vous pourriez faire pour nous assurer que la maison n’est pas désertée par celui qui en détient les clés : nous régler sans délai nos droits d’auteurs 2015. Sans réaction de votre part, nous prendrons rapidement les dispositions nécessaires pour faire valoir nos droits et respecter nos contrats.


Bien à vous
 
35 auteurs des éditions Le Baron perché :
Laurie Agusti ; Sandrine Andrews ; Isabelle Bonithon-Courant ; Dominique Brisson ;  Béatrice Boutignon ; Anne Cortey ; Céline Delavaux ; Marina Delranc ; Sandra Desmazières ; Rokhaya Diallo ; Marie Dorléans ;  Sandrine Fillipetti ; Christophe Fourvel ; Claire Hannicq ; Christophe Hardy ; Nastassja Imiolek ; Emilie Jacques ; Dominique Julien ; Elisabeth de Lambilly ; Sophie Lamoureux ; Christiane Lavaquerie-Klein ; Loïc Le Gall ; Jessie Magana ; Zina Modiano ; Nathalie Novi ; Laurence Paix-Rusterholz ; Sandra Poirot-Chérif ; Marie-Noëlle Prévost-Dhôtel ; Guia Risari ; Rémi Saillard ; Florie Saint-Val ; Marie Sellier ; Ingrid Seithumer ; Anne Thomas-Belli ; Nathalie Wyss.

 

 

Le courrier a été adressé à 

 

Pierre Dutilleul, Directeur Général du Syndicat National de l’Edition

Nicolas Georges, Directeur chargé du livre et de la lecture (Ministère de la Culture et de la Communication)

 

Marie Sellier, Présidente de la SGDL

Geoffroy Pelletier, Directeur Général de la SGDL

Maïa Bensimon, Service Juridique de la SGDL

Damien Couet-Lannes, Juriste à la SGDL

 

Carole Trébor, Présidente de La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse

Valentine Goby, Vice-présidente de La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse

Anne-Gaëlle Balpe, Sécrétaire Générale de La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse