Covid : Une bulle et des maux

Auteur invité - 07.07.2020

Tribune - mots crise sanitaire


C’est un premier semestre bien particulier que nous venons de traverser, nouveaux mots, nouveaux usages… D’aucuns ont pensé que plus rien ne serait comme avant, appelant de leurs vœux « un monde d’après », d’autres, plus pessimistes, ont au contraire estimé qu’il n’en serait rien et que tout resterait identique, voire pire. Entre prédictions et recours à la science, une drôle de guerre vient d’être menée. Est-elle seulement finie ?




 

Le vocabulaire médical d’abord, a eu la part belle, besoin de se rassurer, besoin de maîtriser, entre pandémie et épidémie, il a fallu trouver le mot juste pour définir cette crise. Nous sommes devenus, le temps de quelques semaines, des Hikikomori, ces Japonais qui s’enferment chez eux, n’en bougeant plus et communiquant uniquement via les réseaux sociaux. Un résumé parfait de notre quotidien ces mois passés, une vie dans une bulle totalement aseptisée, sans lien social et avec pour seule fenêtre sur le monde extérieur, le digital.


Au fond, et comme le résume l’anthropologue américaine Sherry Turkle (Seuls ensemble, 2015), on est de plus en plus seuls, mais ensemble. Or, pour qu’il y ait communication, il faut qu’il y ait un visage, un corps, une voix. Pendant quelques semaines, nous n’avons été que des voix téléphoniques ou des êtres troncs devant nos ordinateurs, point de face à face, si ce n’est par écrans interposés. Le confinement nous a obligés à repenser le temps avec l’espace.

Assignés à résidence, nous avons dû réguler nos tâches afin de donner un rythme à nos journées, mais nous avons dû le faire dans un espace réduit, deux contraintes subites et subies. Le foyer a alors perdu sa dimension protectrice, celle du feu chaleureux et de l’âtre accueillant, il est devenu « cluster ».


Il nous a fallu porter un masque, mot ambigu qui cache le visage, tout en en en créant un autre, différent… Et au même titre que l’on se cache derrière des pseudonymes sur les réseaux sociaux pour préserver son anonymat, on se cache de plus en plus, donnant presque une dimension politique au visage. Devenus des êtres indifférenciables, on s’affirme dans un collectif anonyme et radical qui empêche tout processus d’identification.



Dessin JAV

 

Pour accompagner le port du masque, nous avons dû mettre en place des mesures barrières de « distanciation sociale », synonymes d’éloignement physique, d’isolement social, de distance de sécurité… Or en créant un espace entre deux personnes, on met à l’écart et on se met à l’écart. C’est contraire à la vie en société, car le terme implique une véritable séparation, là où une mise à distance donne davantage… une notion d’espace.

Dans l’une de ses premières déclarations, l’ancien Premier ministre, Édouard Philippe avait d’ailleurs utilisé le terme de « distanciation spatiale » et non « sociale » qui s’est finalement transformé, sous l’impulsion de l’anglais, en « distanciation sociale », lequel, en philosophie, est contraire au contrat social.
 

Fin du contrat social, confusion des genres… de quoi en perdre son latin ! Et passé cette première vague, ce sont les couleurs qui reviennent sur le devant de la scène. Entre le jaune des gilets, capables de refaire parler d’eux lors de la rentrée sociale de septembre, la blancheur du privilège qui a fait pâlir l’actualité, ou encore le verdissement de notre classe politique aux municipales, nous risquons bel et bien d’en voir de toutes les couleurs.


par Delphine Jouenne, associée et co-fondatrice d’Enderby
 


Free-Photos CC 0




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