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“Défendre les bibliothèques, ce n'est pas que défendre les missions”

Antoine Oury - 15.05.2017

Tribune - bibliothèques Grenoble - ABF Grenoble - congrès ABF Éric Piolle


Le Salon du Livre de Paris avait été le théâtre d'une « fronde » des agents présents pour manifester leur opposition à l'austérité vis-à-vis de l'Association des Bibliothécaires de France (ABF). En cause, le manque de soutien ou l'engagement jugé trop timide de l'ABF dans les combats sociaux et professionnels des bibliothécaires, mais aussi l'invitation du maire de Grenoble, Éric Piolle, au prochain Congrès de l'ABF, alors que les bibliothécaires de la ville l'accusent de détruire le réseau de lecture publique de la ville. Nous reproduisons ci-dessous la tribune du collectif des Bibliothécaires de Grenoble en lutte (CGT-FO-SUD-CNT), adressée à l'ABF.


Les bibliothécaires à Livre Paris

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


Grenoble, le 11 mai 2017

À : X. Galaup, président de l’ABF
Chantal Ferreux, secrétaire générale de l'ABF
Virgine Eck, présidente de groupe ABF Rhône-Alpes
 

Monsieur,


Le collectif des bibliothécaires en lutte de Grenoble vous confirme, par ce présent courrier, les demandes faites à l’ABF le 24 mars lors du salon du livre.

Nous demandons l’annulation de l’invitation de M Piolle, maire de Grenoble à la table ronde les sujets qui fâchent "Fermer une bibliothèque est-ce une source d'inégalités ?" du jeudi 15 juin à 16h45.

En effet, dans le cadre de sa déclaration publique le 24 mars lors du salon du livre, Mme Ferreux, secrétaire de l’ABF, a reconnu que cette décision a été prise dans l’ignorance de la situation à Grenoble, à savoir un conflit social, des grèves, la mobilisation citoyenne, les conseils municipaux sous protection policière, le tout largement couvert par les médias locaux et relayé dans les réseaux sociaux.

Nous pensons qu’il n’est pas du rôle d’une association comme l’ABF de donner une tribune à un élu local qui, pour pouvoir supprimer des postes d’agents publics, ferme 3 bibliothèques de quartier.

Nous déplorons que vous n’ayez contacté que la directrice des bibliothèques de Grenoble avant de lancer cette invitation, sans avoir consulté les agents de catégorie B et C. L’ABF ne se présente pas comme une association « patronale ». Elle est donc censée représenter l’ensemble des agents.

Nous pensons par ailleurs qu'une table ronde sur un tel sujet prête à caution.

C’est pourquoi le collectif des bibliothécaires en lutte de Grenoble, appuyé par son intersyndicale et des collègues d’autres communes de France, vous prie instamment et publiquement d’annuler cette invitation faite à M. Piolle, maire de Grenoble.

Ce serait, de la part de l'ABF, un positionnement clair de soutien en ce qui concerne la situation spécifique à Grenoble.

Nous demandons à nous exprimer publiquement au congrès, devant l'ensemble de l'assemblée, dans le cadre d’une tribune lors du discours inaugural jeudi 15 juin matin.

Nous insistons sur le fait de pouvoir nous exprimer face à l’ensemble des participants, publiquement, et non uniquement dans la salle ou dans toutes autres formes d’atelier, espace, forum….

Nous insistons sur le fait de pouvoir porter nous-même notre parole. Nous vous demandons, par cette requête, de donner sa juste place dans une assemblée professionnelle à la parole des agents en lutte, quelque-soit leur grade, leur cadre d’emploi ou leur statut.

Nous vous prions donc de bien vouloir faciliter pour cela la venue de 2 ou 3 agents de Grenoble par la prise en charge par l’ABF des frais de déplacements.

Vous nous proposez un lieu d'expression sur le forum "Agorabib" le vendredi 16 juin de 14 à 15h. Cette proposition ne peut se faire en remplacement de notre demande de déclaration publique. Nous nous en sommes néanmoins emparés pour la proposer aux collègues d'Ile de France. Ces derniè(e)s sont disposé(e)s à venir échanger sur ce créneau, sur les sujets qui touchent plus spécifiquement les agents de terrain : l’impact réel des fermetures de bibliothèques, le travail du dimanche et la dégradation des conditions de travail dans les bibliothèques territoriales (baisse de budgets, de personnel, pressions hiérarchiques...). Nous espérons que vous accepterez d’accueillir, au sein du congrès, les agents qui souhaiteront aborder les problèmes concrets auxquels ils doivent faire face au quotidien.

Si l'ABF y consent, nous (collègues de Grenoble) pourrions être présent(e)s le jeudi et le vendredi. Cela nécessiterait une prise en charge pour les deux jours et la possibilité de nous y rendre sur notre temps de travail.

Défendre les bibliothèques, ce n'est pas que défendre les missions, mais aussi ceux qui les assument.

Dans l’attente de votre réponse,

Le collectif des Bibliothécaires de Grenoble en lutte
CGT-FO-SUD-CNT