Du retour de la nouvelle, au temps de la société de consommation

Auteur invité - 20.05.2020

Tribune - nouvelle littérature édition - société consommation lecture - livres auteurs calibrage


Quel bonheur de lire que les éditeurs de septembre 2020 (remarquez le « de » et pas le « en », parce que d’ici là, ça sent l’hécatombe éditoriale), suite à la crise sanitaire Codiv-19, vont remettre à l’honneur la nouvelle et le récit court ! Pour l’adepte fervente que je suis, ce n’est que du bonheur ! Je vous épargne mon amour de la nouvelle qui a débuté avec Le Horla de Maupassant, lecture et découverte qui datent largement du siècle dernier. Mais trêve de la nostalgie.
 
par Muriel Houberdon


sumanley CC 0
 

L’année dernière, fière et pimpante d’avoir vu mon dossier retenu pour une bourse FADEL – les aides régionales aux auteurs, dossier épais à remplir puis passage devant un petit jury –, je débarque la fleur au stylo pour défendre mon bout de gras face à quatre personnes dont les noms m’échappent. À vrai dire, ils avaient mon C.V., ma bibliographie, mes déclarations d’impôts, tout le toutim, mais n’ont pas pensé à me laisser leur simple carte de visite… Passons. Et là j’ai défendu avec ferveur mes projets 2020 : les nouvelles. 

Apparemment, pas assez.

Or la nouvelle, qu’est-ce en ce XXIe siècle bien entamé ? Eh bien, c’est la cerise sur le gâteau, si ce n’est le gâteau lui-même ! Les éditeurs (survivants) de septembre vont proposer des nouvelles pour compenser les pertes. Ces récits courts, s’ils sont bien écrits, ont un goût de reviens-y et des prix plus abordables que les romans. Çà c’est l’aspect économique... Patiné de « on va donner sa chance à tous les jeunes auteurs et faire redécouvrir les vieux, et on pense au porte-monnaie du client ».

L’aspect littéraire est tout autre : la nouvelle, c’est un exercice difficile et de par ma maigre expérience, c’est l’exercice le plus difficile qui existe en littérature. Un roman, long, permet de s’étaler, de développer la psychologie du personnage et parfois de se récupérer sur un orteil si on se plante au niveau cohérence. 

La nouvelle c’est la lame d’un sabre, taillée pour inciser, pour obliger le lecteur à plonger corps et âme dans l’histoire, le tenir en haleine alors qu’il se réveille à peine, le transporter dans un autre monde alors qu’il se retrouve dans le RER, et lui faire mouiller son slip de bonheur une fois arrivé à son boulot parce qu’il n’est pas frustré d’attendre la fin de ses 8 heures pour lire la fin. Ou alors, le rendre insomniaque… 

Bref, pendant une grosse heure max, il a réfléchi, rêvé, mais il a eu tout le menu du restau en un court laps de temps…

Oui l’avantage de la nouvelle, c’est qu’elle s’adresse à des lecteurs intelligents et là où les reproches fusent sur ce texte court (pas assez de description, pas assez de psychologie, trop de peu de personnages, si, si je l’ai entendu, jadis), au XXIe siècle, ce sont des avantages : pourquoi décrire tel personnage, tel décor, tel endroit ? L’auteur s’épargne tout cela parce que son lecteur est capable de faire ses recherches sur Internet pour étoffer le minimum décrit par l’auteur, s’il en a envie. La nouvelle, c’est une idée, un chemin ou une émotion – si vous avez le tout ensemble, ça s’appelle un carton.

C’est aussi et de loin le récit préféré des jeunes. Si, les jeunes lisent, mais pas ce qu’on voudrait qu’ils lisent. Maupassant, Zola, et autres ne sont pas « calibrés » pour cette jeunesse du zapping, la nouvelle, si et certains de ces auteurs précités en ont écrit, suffit de dépoussiérer. Son prix est abordable, sa lecture rapide et ses idées, pour le peu qu’elles portent un esprit rebelle, correspondent à ce que les jeunes veulent. Quant aux aînés, pour le peu qu’ils soient sur un transat ou un lit d’hôpital, le roman ne peut pas se tenir à bout de bras, la nouvelle, par sa légèreté de poids, si. 

Alors, pour conclure, la nouvelle va envahir les étals. Et c’est tant mieux. Cependant, avant que toi, lecteur, ne te fasses embarquer dans cette nouvelle forme de surconsommation littéraire, n’oublie pas que tu es intelligent et qu’un arbre n’a jamais pu cacher la forêt. Certains auteurs écrivent des nouvelles depuis des lustres sans être connus, tandis que d’autres vont réaliser les nouvelles commandées et calibrées par leur éditeur, juste pour l’économie du livre et pas pour toi, lecteur.



Muriel Houberdon est autrice. Titulaire d’un DEA en Aménagement du territoire obtenu au siècle dernier, elle a travaillé auprès d’enfants autistes en réadaptant certains cours (niveau collège) et également en temps que chargée de communication pendant plusieurs années. Elle a publié plusieurs ouvrages — la trilogie Le sablier de Mû — mais également des nouvelles. On s’en doutait.


Commentaires
Bonjour, merci pour cet article sur la nouvelle, genre qui m'est cher aussi. Tant mieux s'il peut reprendre du poil de la bête, tant soit peu ! Il en a besoin, tandis que dans certains pays la nouvelle est largement devant le roman. C'est une question largement culturelle. Bonne journée
Très bonne description de "la nouvelle". Petit clin d'oeil coquin à l'une de ses "qualités": la relation poids-prix du livre qui la (les) contient!



L'écrire: tout un exploit; trouver "la chute" sans se casser la gueule: un miracle.

Plaire au lecteur: le bonheur.



Longue vie à cette petite chose courte!
Très bonne définition de "la nouvelle"; petit clin d'oeil coquin à l'une de ses qualités: la relation poids-prix du livre qui la (les )contient!

L'écrire: un exploit; trouver la chute sans se casser la gueule: un miracle!

Longue vie à cette oeuvre si courte!
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