Edition : Considérer chaque oeuvre "dans la cohérence de l'ouvrage"

Association Effervescence - 17.12.2013

Tribune - contributions - élaboration d'un liv - master édition


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association.

 

Cette semaine, nous vous faisons entrer dans les coulisses de l'édition : découvrez comment notre comité de lecture sélectionne les œuvres qui seront publiées au sein de notre projet éditorial.

 

Chaque année, les quinze étudiants de l'option Édition du master sont chargés de réaliser un ouvrage de A à Z. Le choix du sujet, la définition de la ligne éditoriale, la gestion du budget, l'établissement du planning, la répartition des tâches, le lancement de l'appel à contributions et la création d'une communauté sur les réseaux sociaux ne sont que les premières étapesdu projet. L'objectif final est la vente de notre livre sur le Salon du Livre de Paris, du 20 au 23 mars 2014. D'ici là, il faudra aussi créer de toutes pièces un livre numérique enrichi et un site internet, corriger tous les textes en travaillant avec les auteurs, imaginer et réaliser notre maquette, faire imprimer le tout, communiquer sur notre ouvrage au travers de la presse et organiser une soirée de lancement.

 

Vous vous rappelez peut-être notre appel à contributions, lancé il y a presque deux mois, à l'occasion notamment de la chronique du 29 octobre 2013. Depuis, nous avons reçu de nombreuses œuvres, et nous remercions tous les auteurs et artistes que le sujet a inspirés pour leur enthousiasme. Mais aujourd'hui, l'heure est au choix et, lorsque ce dernier doit être fait à quinze, il est loin d'être facile…

 

Première étape : la réception et la découverte des œuvres

 

Nous avons reçu un peu plus d'une cinquantaine de textes et une trentaine d'images… contre environ 350 contributions l'an dernier ! Ce chiffre nettement inférieur s'explique par la différence radicale des sujets : Instants, l'ouvrage de la promotion 2012-2013, reposait sur un thème large et pouvait réunir des œuvres très diverses. En revanche, l'uchronie, qui est à l'honneur cette année, est plus restrictive. Elle exige de transposer, au sein d'un texte court ou d'une seule image, un « autre monde possible » et ses conséquences sur des personnages, des lieux, des sociétés. Plus précisément, il s'agissait pour nos éventuels contributeurs d'imaginer ce que serait notre monde aujourd'hui si, il y a vingt-cinq ans, le mur de Berlin n'était pas tombé.

 

La grande majorité des participants s'est pliée à l'exercice avec brio. Nous avons été surpris par l'excellente qualité des œuvres reçues et le choix n'en a été que plus compliqué.

 

Deuxième étape : le débat et la sélection

 

Faisons un bref résumé du trajet d'un manuscrit dans une maison d'édition (un sujet développé dans notre chronique « Comité de lecture : la marche du manuscrit vers l'empereur »). La plupart du temps, le service des manuscrits reçoit un texte qui, s'il est retenu, sera remis à un éditeur. Ce dernier pourra alors choisir de le défendre ou non devant un comité de lecture. Le comité, s'il est convaincu par la présentation du manuscrit, prendra la décision de publier le texte.

 

Pour nous, cela s'est passé de manière un peu différente : nous avons tous lu tous les textes, afin que le choix se fasse de la manière la plus démocratique possible. Puis nous nous sommes réunis à plusieurs reprises, pour débattre et décider des contributions à garder.

 

 

Débat sur les contributions reçues dans la bibliothèque Paul Hazard, en Sorbonne

 

 

Rares sont celles qui ont fait l'unanimité, dans un sens ou dans l'autre. Il est souvent arrivé que cinq d'entre nous souhaitent défendre un texte corps et âme, que cinq autres soient bien déterminés à l'éliminer, et que les cinq derniers n'arrivent pas à se prononcer ! Autant dire que les discussions ont parfois été houleuses, chacun rivalisant d'arguments et de contre-arguments.

 

À plusieurs reprises, nos débats ont abouti à un consensus : certaines personnes complètement opposées à un texte se sont laissé convaincre par les louanges de ses défenseurs ou, inversement, quelques indécis ont fini par écarter telle ou telle contribution. Cependant, sur de nombreuses œuvres, il était difficile de se mettre d'accord. Nous aurions pu trancher à la majorité, nous direz-vous… mais cette solution n'était pas systématiquement applicable lorsque, par exemple, trois membres du comité ne se prononçaient pas, six voulaient absolument garder une œuvre, et six autres l'évincer. De plus, nous ne voulions pas risquer de passer à côté d'un bon texte ou d'une image percutante ni garder quelque chose d'inadapté à notre ouvrage.

 

 

Vote à main levée : cette contribution semble faire la quasi-unanimité !

 

 

Un critère décisif : l'insertion dans la ligne éditoriale

 

Dans ces cas-là, nous présentions nos différents points de vue à nos deux responsables de master, Jean-Michel Ollé (directeur d'Hachette Livre International) et Hélène Védrine (maître de conférence à Paris-IV Sorbonne). Ceux-ci n'ont pas pris de décision à notre place, mais leur vision éclairée de l'édition nous a aidés à trancher.

 

C'est ainsi que nous nous sommes rappelé un principe fondamental : chaque œuvre ne doit pas être considérée individuellement, mais bien comme une pièce venant soutenir la cohérence finale de l'ouvrage. Malgré sa qualité, si un texte ou une image ne s'inscrit pas dans notre ligne éditoriale, nous sommes dans l'obligation de le ou la refuser. À l'inverse, une contribution de moindre qualité pourra trouver sa place dans le livre si elle est améliorable et apporte un éclairage spécial sur le thème du recueil.

 

Comme nous l'avons dit plus haut, l'uchronie requiert un traitement particulier de la part des contributeurs. À nous, également, de la manier avec précaution lorsque nous sélectionnons les futures publications. Chaque texte et illustration que nous choisirons permettront in fine de reconstituer l'histoire fictive qui se serait déroulée depuis 1989, si le Mur n'était pas tombé. Il est donc d'autant plus important de soigner les liens qui se tissent entre les contributions, de prendre en compte les échos et les possibles contradictions qui existent d'une œuvre à l'autre, afin de composer une vue d'ensemble solide et cohérente.

 

Troisième étape : la correction

 

Lorsque notre choix définitif sera fait (ce qui ne saurait tarder), nous nous pencherons sur la correction des contributions. Après avoir contacté les auteurs, nous travaillerons avec eux pour améliorer leurs productions autant que possible. Souvent, cela passera par la suppression de certains passages inutiles, qui alourdissent plus qu'ils n'enrichissent les textes. Il nous faudra alors faire appel à tout notre tact et toute notre diplomatie, pour bien faire comprendre aux auteurs qu'il ne s'agit en aucun cas de massacrer leur œuvre, mais de la sublimer !

 

Pour ce faire, nous appliquerons à la lettre les mots de Jean-Michel Ollé : « Traquez la redite, chassez l'adjectif inutile, bannissez les reformulations, faites rendre gorge aux répétitions. »

 

Pour suivre l'avancement de notre projet, suivez Les Uchroniques sur Facebook et Twitter. À la semaine prochaine, pour une nouvelle chronique d'Effervescence !