Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

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"Oubliez les relations routinières, optez pour le pouvoir érotisant de la courgette"

La rédaction - 18.06.2015

Tribune - Emily Blaine - littérature sentimentale - bière champagne


Emily Blaine est à l’honneur cette semaine, sur ActuaLitté, alors que son nouveau roman, Colocs (et plus) est désormais publié en version papier, après un certain succès en numérique. Sollicitée, l’auteure nous raconte sa vision du monde parfois sévèrement critiqué de la littérature sentimentale. Un monde qu’elle invite à redécouvrir...

 

 

Par nature, je suis assez sensible aux parfums.

 

J’aime l’odeur piquante de l’orage, parce qu’elle électrise les sens.

J’aime l’odeur de la crème solaire, parce qu’elle me catapulte sur une île déserte, même au milieu d’une rame de métro bondé.

J’aime l’odeur du café le matin, parce qu’il annonce une nouvelle journée et de nouvelles promesses.

J’aime le parfum de mes enfants, qui me rassurent et me font oublier l’univers tout entier.

 

Et j’aime l’odeur du papier. Plus particulièrement, j’aime l’odeur âcre de l’encre sur le papier. Et j’aime cette odeur, car elle est pleine de promesses et de rêves incroyables. Elle me transporte, elle me fait m’évader, elle réveille ma soif d’aventure.       

 

Et si cette odeur est matinée d’eau de rose, je plonge en plein fantasme. Oui, de toutes mes lectures, la romance a ma préférence. Je vois que vous grimacez. Oui, la romance, le roman sentimental, la littérature pour filles. Peu importe l’appellation, peu importe le style, peu importe si l’héroïne prend une fessée coquine ou reçoit des fleurs de ciboulette, le rêve décoré de paillettes rose est toujours là.

 

Vous ne me croyez pas ? 

 

Bien. Fermez les yeux. Concentrez-vous, libérez-vous des tensions de votre quotidien. Et maintenant, pensez au moment inoubliable où vous avez rencontré l’amour de votre vie. Vous souriez, c’est bien. Où était-ce ? Au rayon conserve du supermarché ? A la boulangerie ? Dans le métro ? Lors d’un déjeuner d’affaires ? Vous avez forcément une histoire. 

 

Et moi, mon job, c’est d’écrire cette histoire, de raconter comment vous avez manqué de l’écraser avec votre caddie, de décrire l’instant parfait où vous avez croisé son regard parmi la foule, de retracer les méandres de votre romance, avec la certitude absolue que tout finira bien.

 

Oui, vous finirez par retrouver votre boîte de petit pois, dans un placard, chez elle.

Oui, vous finirez par aller lui parler, en courant après votre correspondance.

Oui, vous noterez votre numéro de téléphone au dos d’une carte de visite…sans remarquer  que votre grand amour vous sourit déjà.

 

Bienvenue dans mon monde : un monde où l’eau de rose n’est plus si capiteuse, un monde où les codes ont changé, un monde où on peut faire rêver avec un plat de macaronis gratiné au four. Emily Blaine

 

Bienvenue dans mon monde : un monde où on se cherche souvent, où on se trouve parfois, où on s’aime passionnément ; un monde où les rêves sont permis, où les corps s’électrisent, où le romantisme tient séance dans un escalier de secours.

 

Bienvenue dans mon monde : un monde où l’eau de rose n’est plus si capiteuse, un monde où les codes ont changé, un monde où on peut faire rêver avec un plat de macaronis gratiné au four.

 

On m’a souvent demandé pourquoi j’écrivais de la romance. Pendant longtemps, j’ai répondu « Pourquoi pas ? ». Qu’y a-t-il de si étonnant/honteux/mystérieux à écrire de la romance ? Ce n’est ni une maladie honteuse, ni un hobby déviant, encore moins une obsession digne d’une séance chez un psy.

 

Et puis, mon mari, mon Jimini Cricket, mon âme sœur, m’a offert la réponse. Un jour, alors que nous buvions un verre de vin autour d’une boîte d’Apéricubes, il m’a dit « Oui, mais c’est toi, tu ne rentres pas dans le moule ». Au départ, j’ai pensé à une remarque un brin culpabilisante sur mon addiction aux Apéricubes, visant à me faire retourner dare-dare au cours de gym le plus proche.

 

Mais non. Mon mari n’est qu’indulgence, et j’ai donc gobé mon Apéricube sans frémir.

 

« Tu n’entres pas dans le moule ». 

 

Et oui…Tout est là. Parce que non, contrairement à ce que vous pensez, je ne ressemble pas à Barbara Cartland. Je m’excuse par avance si je brise les rêves/espoirs/clichés de quelqu’un.

 

 

Je ne porte pas de rose : cela me boudine et gâche mon plaisir de l’Apéricube ; 

Je ne suis pas vieille : j’ai bloqué le compteur à 28 ans et depuis un mois, j’utilise une « crème contour des yeux, sérum jeunesse ». Je ne serai jamais vieille (au moins dans ma tête !).

Je ne vis pas entourée de chats : j’en ai un, qui me snobe dès que j’ai fini de nettoyer sa litière.

Je ne vis pas dans le glamour, ni dans la paillette : cf, remarque précédente sur la litière du chat. Je vous passe mes séances de récurage de lavabo et autre baignoire !

J’ai un vrai métier : croyez-moi, écrire ne rime pas avec s’enrichir. Et donc non, je ne vis pas d’amour et d’eau fraiche, mais de brochettes au barbecue arrosées de spritz. 

J’ai des enfants. Et oui, je suis aussi une mère. Une mère qui dévoie aisément les paroles de chanson de Céline Dion.

Et je suis française, souvent parisienne, parfois bretonne, toujours moi-même.

 

Je suis un puits sans fond de normalité absolue.

 

Alors, maintenant, fermez les yeux. Oui, encore. Nous allons briser ensemble les clichés. Oubliez les dîners aux chandelles, venez plutôt boire une bière fraîche sur un toit ; Oubliez les relations routinières, faciles et fadasses, optez pour le pouvoir érotisant de la courgette ; Emily Blaine

 

Et pourtant, oui, j’écris de la romance.  Je prends les clichés et je les atomise pour en faire des petits confettis. Je les lance dans les airs et ils retombent en pluie, formant une nouvelle mosaïque, pleine de promesses.

 

Alors, maintenant, fermez les yeux. Oui, encore. Nous allons briser ensemble les clichés.

Oubliez les dîners aux chandelles, venez plutôt boire une bière fraîche sur un toit ;

Oubliez les grandes déclarations enflammées, préférez être plaquée contre une porte par M. Boombastic ; 

Oubliez les relations routinières, faciles et fadasses, optez pour le pouvoir érotisant de la courgette ; 

Oubliez le rustre qui exige un verre de whisky en rentrant chez lui, découvrez comment partager un canapé peut amener à partager…beaucoup plus.

Oubliez les histoires chastes, pures, où on claque la porte de la chambre à votre nez, vous privant ainsi du moment brûlant que vous attendez depuis 124 pages ;  

 

Et maintenant, comment vous sentez vous ?

 

Affamés sûrement ? Depuis combien de temps n’avez-vous pas mangé un bon plat de macaronis au fromage ? La romance n’est pas un plat préparé qu’on vous ressert à l’envie, et encore moins un légume fadasse. La romance est un plat gastronomique, qu’on déguste, qu’on savoure et dont on lèche, sans honte et les joues rouges, l’assiette avec rigueur.

 

Oh, et vous souriez ! Formidable ! Parce que oui, la romance rend heureux. C’est scientifique, lire une romance donne la banane pour la journée. Vous ne marchez plus, vous flottez. Et en faisant encore un effort, vous serez bientôt entouré d’une aura lumineuse, pailletée et irrésistible.

 

Lisez de la romance, vivez la romance, et ne la laissez jamais dans un coin…Retrouvez la romance, personnellement, les retrouvailles, c’est ce que je préfère dans les histoires d’amour.

 

Rouvrez les yeux. Maintenant, à vous de jouer. Brisez vos clichés, luttez contre les mythes, assouvissez votre soif de bonheur et redécouvrez Harlequin. Redécouvrez Harlequin, car les retrouvailles, c’est toujours magique.

Emily Blaine


Pour approfondir

Editeur : Hqn
Genre : littÉrature...
Total pages : 448
Traducteur :
ISBN : 9782280334518

Colocs (et plus)

de Emily Blaine

La plupart des hommes se divisent en deux catégories :1) Les serial lovers à mémoire de poisson rouge - ceux qui notent le prénom de leur conquête d'un soir sur la paume de la main pour être sûrs de ne pas l'oublier au réveil.

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