FIBD : Les Indignés de la BD réclament le départ de Franck Bondoux

Nicolas Gary - 13.03.2016

Tribune - FIBD Angoulême - éditeurs Audrey Azoulay - bande dessinée boycott


Les éditeurs de BD avaient clairement affirmé leur position : soit le festival d’Angoulême amorçait un changement en profondeur, soit il se passerait de leur présence – et de leur participation financière. Ils en avaient même appelé à la ministre de la Culture, Audrey Azoulay pour que cette dernière prenne part aux discussions. Reçus ce 10 mars rue de Valois, les éditeurs semblent satisfaits de leur rencontre.

 

 

Quand les poids lourds de la BD menacent de boycotter un festival, on se dit qu’il vaut mieux tendre l’oreille. « Étant donné l’ampleur de la tâche à accomplir et l’importance de l’enjeu, tant pour notre profession que pour la population d’Angoulême et de sa région, où la bande dessinée a généré tout un ensemble institutionnel et industriel, nous faisons appel à l’État », lançaient-ils collectivement.

 

Selon La Charente libre, l’idée qu’ils portaient de voir nommé un médiateur entre le FIBD et eux aurait été entendue. A condition, toutefois, que la ministre valide le principe. « On a convenu de se revoir rapidement. L’idée étant que le dossier avance vite d’ici à cet été », explique Jean-Louis Gauthey du Syndicat des éditeurs Alternatifs, cosignataire de la lettre qui avait mis le feu aux poudres.

 

Les acteurs devraient se revoir prochainement, mais peu après, le collectif Indignés BD Angoulême a fait parvenir plus qu’un communiqué, une véritable tribune portée contre Franck Bondoux, gérant de 9e Art +, société organisatrice du Festival. Nous la reproduisons ci-dessous dans son intégralité. 

 

Angoulême 2012

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

 

POURQUOI M. BONDOUX DOIT PARTIR. POUR LA RECONSTRUCTION D’UN NOUVEAU FESTIVAL D’ANGOULÊME.

 

Le dernier Festival international de la Bande dessinée d’Angoulême s’est distingué par une série d’incidents très graves.

 

De nombreux auteurs, la plupart des syndicats d’auteurs et d’éditeurs, des journalistes de média locaux, nationaux et internationaux ont pris la plume pour dire combien ces incidents étaient choquants, mais ils sont tous allés plus loin pour dire leur ras le bol de ce festival sans âme et sans vision. Ce Festival ne plaît plus à personne. Ni aux auteurs, ni aux éditeurs, ni aux amoureux de la BD que nous sommes. Comme l’a dit le Washington Post : « the Angoulême festival needs an intervention ! » Ou comme l’ont dit les éditeurs, prêts à boycotter l’édition 2017 : le festival doit se refonder.

 

D’où vient cette situation ?

 

Serait-ce la faute de l’Association du Festival international de la Bande dessinée d’Angoulême ? Certes, elle a oublié pourquoi elle était là. Mais faut-il le rappeler, elle n’est plus qu’une coquille vide depuis qu’elle a confié l’organisation de la manifestation et tous ses pouvoirs par contrat il y a 8 ans à M. Franck Bondoux, PDG et unique actionnaire de la SARL 9eArt+ ?

 

Car comme l’ont dit de nombreux auteurs rejoints hier encore par un de leurs éminents représentants Joann Sfar : « Le festival a été pris en otage à cause de ce M. Bondoux. »

 

Ce M. Bondoux qui a oublié que le monde de la Bande dessinée change et qui a fait perdre à notre festival son esprit fédérateur, respectueux de tous, bouillonnant, et qui prévalait à sa prise de fonction.


• Pourquoi les expositions du FIBD sont-elles de si piètre qualité ̶ de vulgaires accrochages de planches mal reproduites ?
• Pourquoi la seule exposition de qualité est-elle chaque année celle de la Cité, financée essentiellement par l’établissement public lui-même ?
• Comment se fait-il qu’un festival d’un budget de plus de 4 M€, dont plus de 2 M€ d’argent public, ne soit pas totalement transparent sur l’utilisation des fonds publics, sur sa fréquentation, sur sa stratégie ?
• Pourquoi une telle évolution des prix des Pass depuis 8 ans (ils ont été multipliés par trois !),
• Pourquoi une telle opacité sur les commissions prélevées par Partnership Consulting (l’autre société de M. Bondoux) sur les apports des sponsors ? Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de traces de ces contrats dans le rapport spécial du Commissaire aux Comptes de 9eArt+ alors que c’est une obligation légale ?
• Pourquoi la secrétaire de l’association du FIBD a-t-elle démissionné de son poste ? Est-ce parce que M. Bondoux dirige tous les débats et vote des CA et AG de l’association dont il est à la fois le prestataire et le bailleur et en rédige lui-même les PV ?
• Pourquoi rien n’est-il prévu contractuellement concernant la conservation et l’archivage des festivals de la bande dessinée depuis 2008 ? Pourquoi une telle mission n’est-elle pas confiée à la Cité qui en a pourtant la compétence ?
• Pourquoi M. Bondoux a-t-il tenté de s’approprier les marques du festival l’an dernier ? Dans quel but réel ?
• Pourquoi, alors que le Président de l’association a bien dénoncé le contrat qui la lie à 9eArt+, M. Bondoux réfute-t-il la validité de cette dénonciation ?
• Pourquoi tous les auteurs de la BD sont-ils si peu enclins à venir au Festival d’Angoulême ? Pourquoi disent-ils que ce Festival n’a plus d’âme, qu’ils s’y sentent mal, voire maltraités ?
• Pourquoi n’y a-t-il aucune vision ni innovation éditoriale au festival depuis des années, si peu de prise en compte de la BD numérique, du manga, des autres arts ?

 

Le Festival d’Angoulême est arrêté depuis 8 ans.

 

La dégradation des relations avec toutes les parties prenantes (éditeurs-exposants, auteurs, visiteurs, financeurs, etc.), gaffes, bourdes et fautes de communication impardonnables, tout particulièrement à l’occasion de l’édition 2016, ne sont que la goûte qui a fait déborder le vase.

 

Ce soir, au lendemain de la rencontre entre les syndicats d’auteurs et d’éditeurs et le ministère de la Culture, un Conseil d’Administration de l’Association du FIBD aura lieu pour étudier un projet d’avenant pour le renouvellement de la convention entre 9eArt + et l’Association du FIBD, comme si rien ne s’était passé. De qui se moque-t-on ?

 

Les principales ressources du prestataire sont locales et régionales. Qu’en pense le contribuable charentais ?

 

Il appartient aux collectivités territoriales qui siègent à ce Conseil d’Administration de prendre leurs responsabilités.

 

Nous, les Indignés de la bande dessinée d’Angoulême, sommes prêts à apporter notre aide et nous savons que de nombreux citoyens, auteurs et éditeurs sont prêts à faire de même.

 

Les Indignés de la bande dessinée d’Angoulême en appellent à toutes les bonnes volontés qui partagent notre ambition pour : « Un nouveau Festival international de la Bande dessinée d’Angoulême »