France : Le Mal du pays, ou l'angoisse existentielle

Editions La Différence - 14.03.2013

Tribune - mal du pays - dominique jamet - chances françaises


Les Éditions de la Différence font paraître un livre de Dominique Jamet, Le Mal du pays, qui sort aujourd'hui en librairie. L'auteur, écrivain et journaliste, nous livre ici son « Blues du déclin » et appelle, dans le même temps, à une revitalisation du pays. 

 


 

Suit dans cette tribune le commentaire de notre chroniqueur Salim Jay, qui insiste sur la liberté de ton et la multicoloration de la pensée d'un Dominique Jamet « dans son habit quasi libertarien ». Salim Jay consacrera prochainement à cet ouvrage une chronique sur la chaîne YouTube LaDifferenceTV.


Le Blues du déclin, Dominique Jamet

Douce France ? Plutôt douce-amère, et même plus amère que douce. Pauvre cher et vieux pays, l'air du temps, ces temps-ci, n'y est pas au beau fixe mais plutôt au vague à l'âme. Où est passée la joie d'y vivre ? Humeur noire, propos désabusés, prévisions pessimistes, les Français cultivent comme aucun autre peuple l'autodénigrement, la haine et le mépris de soi, la dérision de tout ce qui fit, de tout ce qui fut la « grande nation », le refus d'un présent médiocre, la crainte d'un  avenir où ils n'auraient plus leur place. C'est à qui, sur la scène politique, sur les plateaux de la télévision, dans les colonnes des journaux, dans les colloques des gens sérieux, entonnera le plus fort le lamento de la décrépitude, le fado de la décadence, le blues du déclin. Et de dénoncer, parfois à juste titre, les ravages de la crise, le discrédit de la politique, l'asthénie de notre économie, l'atonie de notre vie intellectuelle, la mise en danger de la cohésion nationale, l'effritement du vouloir-vivre ensemble…

 

Sommes-nous vraiment tombés si bas ? Tout, vraiment, va-t-il de mal en pis au royaume de la République ? Il est vrai que nous ne nous sommes jamais remis ni de la dernière guerre que nous ayons gagnée, ni de toutes celles que nous avons perdues. Il est vrai que nous avons renoncé à nos vieux rêves d'hégémonie militaire ou culturelle. Le monde a changé et nous aussi. Nous ne sommes plus ce que nous avons été. Il n'est pas vrai que nous ne soyons plus rien. Nous avons traversé des épreuves plus dures, connu des souffrances plus cruelles, affronté et surmonté des tragédies bien pires que les difficultés du moment. La France a encore son mot à dire, et son message à porter. Qu'au lieu de geindre, elle parle. Qu'au lieu de se morfondre, elle agisse. Qu'au lieu de se replier sur elle-même, elle rayonne. N'ayons pas peur…

 

Un habit quasi libertarien, Salim Jay

 

Le Mal du pays de Dominique Jamet parait dans la collection Politique des Éditions de la Différence, où des esprits pleins de vitalité et de sens de la répartie s'expriment sur des sujets d'intérêt national, voire international. La collection Politique regarde tous azimuts. Quant à Dominique Jamet, dans Le Mal du pays, il s'intéresse, et on peut dire qu'il s'intéresse passionnément à la France. Le premier titre qu'il avait choisi pour son livre, c'était Chaud devant, cette expression utilisée dans les brasseries pour permettre au serveur de circuler entre les tables. […]

 

Dominique Jamet est un homme du centre, centre gauche à certaines pages, centre droit à d'autres, il plaide en réalité dans Le Mal du pays pour un gouvernement d'union nationale, ou en tout cas une sorte de grande fédération des convictions, en vue de l'amélioration des choses. Car c'est là le but, l'amélioration des choses. Dans le contexte d'angoisse existentielle que le pays semble éprouver, un esprit comme celui de Dominique Jamet a l'avantage de ne pas avoir peur des mots. Et il connait le pouvoir politique de près pour avoir été éditorialiste pendant des décennies. C'est ainsi qu'il peut écrire : « Nous souffrons d'avoir dans les coulisses du pouvoir, dans les couloirs du palais présidentiel, dans les cabinets ministériels, dans le donjon de Bercy, trop de gens formés au même moule, dépourvus du bon sens et de la sensibilité les plus élémentaires, blasés par leurs incessants va-et-vient entre le service public et la haute banque, communiant dans la même certitude, indéfiniment démentie, de détenir les recettes du bon gouvernement et dans le même mépris de l'initié pour le profane, de l'expert pour l'ignorant […] ».

 

Ce sont des convictions que d'autres auteurs de la collection partagent. Claude Mineraud, dans Un terrorisme planétaire, le capitalisme financier, ne disait pas autre chose à certains moments de son livre.

On nous ressasse que la dette est une catastrophe. Eh bien, écoutons Jamet : « Comme se tue à le répéter Paul Krugman, prix Nobel d'économie, inutile Cassandre, mieux vaut un pays en pleine croissance au prix d'un accroissement de sa dette qu'un pays aux finances assainies et à l'économie moribonde. » 

 

Il arrive à Dominique Jamet de se présenter à nous dans un habit quasi libertarien; ainsi, lorsqu'il écrit : « L'interdiction de la production, du commerce et de la consommation du cannabis, substance, soit dit en passant, qui n'entraîne ni une dépendance plus forte ni des effets plus néfastes que l'alcool et qui est moins cancérigène que le tabac, a gangrené les banlieues, perverti leur jeunesse, créé un tissu favorable à la prolifération des gangs, financé le crime, la corruption, le blanchiment, encombré les tribunaux, surpeuplé les prisons et, comble d'ironie, multiplié par dix le nombre des adeptes du H. Tout cela pourrait disparaître presque du jour au lendemain. La seule raison de s'accrocher à une logique qui a fait amplement la preuve de son imbécillité, de son inefficacité et de ses suites désastreuses serait-elle qu'on ne change pas une politique qui a échoué ? »

 

Évidemment, lorsqu'on a lu Le Mal du pays, on a aussi envie de lire Le Bien du pays, c'est-à-dire un éloge des vertus, des qualités et des chances françaises. Et c'est ainsi qu'il termine son ouvrage : « Nous vivons – la plupart d'entre nous vivent – dans un confort matériel que nos grands-parents n'auraient même pas imaginé. Nous vivons dans un climat de liberté dont nos parents connaissaient le prix pour l'avoir perdue. Sommes-nous tellement à plaindre, nous qui ne cessons de nous lamenter ? […]Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ? La France, ma France, n'est pas ce pays craintif et grognon, ce pays de vieillards qui tirent les volets au coucher du soleil et donnent deux tours de clé à la porte. La France que j'aime, la France que nous aimons est ouverte, et grande, et généreuse. Elle l'a été. Elle peut le redevenir. »