Hécatombe syrienne : Guerre de religion, conflit ethnique ou arène d'amnésiques ?

Editions La Différence - 12.09.2013

Tribune - David André Belhassen - massacre - Syrie


Le livre de David André Belhassen Israël, amour et désamour, publié par les Éditions de la Différence, et qui paraît le 19 septembre en librairie, n'est pas un énième livre sur les causes du conflit israëlo-palestinien rabâchant les thèses d'un peuple oppresseur et d'un peuple opprimé. Il raconte l'aventure idéologique de son auteur qui, né la même année que l'État Israël, a constamment combattu pour le triomphe de ses idées, l'établissement d'un état hébreu, laïc et démocratique, intégrant toutes les ethnies vivant dans ses frontières, quelles que soient leur langue et leur religion.

 

L'ingérence des grandes puissances occidentales, la judéisation de l'État d'Israël, la confusion des notions, l'amalgame généralisé des concepts, vont aboutir, prédit Belhassen, à la disparition d'Israël. Ce qu'il dit de la Syrie dans l'article ci-dessous nous fait penser qu'il a raison. Mais pense-t-on encore dans la France d'aujourd'hui ? 

 

 

Avec les Editions de la Différence

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'hécatombe syrienne : 

Guerre de religion, conflit ethnique ou arène d'amnésiques ?

 

Dénoncer la confusion des mots et des notions. Repenser les choses, étymologiquement parlant. Réapprendre à distinguer le vrai du faux. Privilégier le droit du plus juste au lieu de celui du plus fort. Rechercher les causes profondes et les racines historiques de tout conflit. Recouvrer les identités réelles, enfouies sous des siècles de conquêtes, et abrasées par l'occupation et l'oppression. Se libérer des pièges sournoisement posés sur les sentiers battus. Rejeter les raccourcis des idéologies sectaires et leurs solutions-miracles criminelles. Mettre en déroute le slogan éculé « Deux États pour deux peuples », pour enfin laisser naturellement émerger « Un pays pour un seul peuple »

 

Et surtout se désaliéner. Se désioniser et se dépalestiniser. Se déjudéiser et se désarabiser. Se déjudaïser et se désislamiser. Voilà ce que j'ai, dans mon dernier ouvrage Israël, amour et désamour, proposé à mes frères qu'on nomme improprement Israéliens et Palestiniens. 

 

Rattrapés par leurs propres démons, ceux-ci assistent – sans voix – au bain de sang dans lequel leurs voisins syriens sont immergés. Ils se demandent d'ailleurs s'ils ne sont pas les témoins de la décrépitude de leurs propres fantasmes idéologiques.

 

Car si les apprentis sorciers fondateurs de l'hydre appelée État-nation, entendent bien faire triompher partout dans le monde leur vision perverse, il leur faut œuvrer à instaurer de minuscules États-ghettos, non viables à court terme, destinés à être dissous dans des supernovas supranationales telles que l'Europe, les États-Unis, ou l'Umma arabo-musulmane. 

 

C'est la raison pour laquelle ils s'empressent d'imposer l'émergence d'un État communautaire alaouite, présenté comme « la seule solution capable de minimiser les risques de débordement de la déflagration syrienne à tout le Proche-Orient et de résoudre la tragique et interminable confrontation entre Sunnites et Alaouites ». Entendez par là, parquer les Syriens alaouites dans une réserve pseudo-ethnique qui ne pourra même pas les soustraire au génocide qui les attend de la part de la majorité sunnite, une fois que l'intervention américano-française aura achevé sa funeste besogne. 

 

Cette panacée de « Deux États », censée conduire à « la juste résolution du conflit opposant Israéliens et Palestiniens », avec la création future d'un mini-État de Palestine aux côtés d'un non moins mini-État d'Israël, renvoie exactement ce même son de cloche qu'on entend depuis un demi-siècle. 

 

Ainsi, après le Kosovo, la Bosnie et bientôt deux autres États-ghettos pour les Coptes en Égypte et les Berbères kabyles en Algérie, nous aurons une série d'États-fantoches communautaires et confessionnels, tous destinés à être, tôt ou tard, digérés par la nébuleuse « Grande Nation arabe ». 

 

Or, et on se garde bien de nous le dire, les Syriens – tous les Syriens –, alaouites et sunnites confondus, ne sont nullement des Arabes mais des descendants d'Araméens, d'Assyriens et de Phéniciens. Ils ont depuis l'Antiquité formé un seul et même peuple, tout comme leurs voisins israéliens et palestiniens, qui sont en réalité des Hébreux-Cananéens, donc des frères de sang. La religion judaïque des premiers et la religion musulmane (ainsi que la langue arabe) des seconds, ne changent rien au fait qu'ils sont les branches d'un tronc ethnique commun. Leurs religions respectives leur ont été imposées par la coercition et la violence.

 

Les uns, au VIIe siècle avant J.-C. par la secte monothéiste hiérosolymite, maniant le verbe tel un sabre ; et les autres au VIIe siècle après J.-C., par les hordes conquérantes arabo-musulmanes faisant usage du cimeterre comme on égrène un chapelet de prières. 

 

David André Belhassen

 

Il en va des Israéliens et des Palestiniens – qu'ils soient de religion juive, chrétienne ou musulmane –, comme il en est des Syriens alaouites, sunnites ou nestoriens. L'oppression arabo-musulmane a engendré une perte de mémoire identitaire leur faisant croire qu'ils sont membres de communautés confessionnelles et non un peuple. Leur aliénation est en vérité la seule responsable de la débauche de violence et de cruauté dans les guerres interethniques fratricides auxquelles ils se livrent.

 

De même, Bosniaques et Serbes appartenaient à un unique peuple, jusqu'à ce que l'invasion turque (et le bogomilisme) provoquât leur scission artificielle. Les Coptes et les autres habitants de l'Égypte descendent pareillement des anciens Égyptiens, en dépit de l'islamisation forcée de la majorité d'entre eux. Idem pour les berbérophones et les arabophones d'Afrique du Nord qui faisaient également partie de l'ethnie amazigh, avant que l'occupation arabo-musulmane ne les sépare. 

 

Il faut le répéter, l'adoption de la religion et l'usage de la langue du conquérant ne peuvent en aucun cas induire une identité ethnique avec ce dernier. Ce n'est pas parce que les Mexicains ont été, après la découverte du pseudo-Nouveau Monde, forcés par les Conquistadors à devenir hispanophones et catholiques, qu'ils sont pour autant des Ibériques. En dépit de brassages de populations (euphémisme pour ne pas dire crimes et viols), ces descendants d'Aztèques et de Toltèques ont sauvegardé leur spécificité ethnique. 

 

Partout où les conquêtes colonialistes ont perpétré leurs crimes et imprimé leurs maudites empreintes (et le colonialisme arabo-musulman tout particulièrement), ce phénomène de perte de mémoire ethnico-culturelle chez les peuples conquis s'est reproduit, provoquant leur amnésie identitaire (sans engendrer pour autant un métissage ethnique entre les conquérants et leurs victimes autochtones). À tel point que l'adoption de l'idéologie-théologie des bourreaux – le syndrome de Stockholm des petites ethnies – en a été une constante. Sans que nul ne s'en émeuve. C'est ainsi que des peuples entiers ont été quasi engloutis dans la tourmente colonialiste et la « tournante » arabo-islamique. 

 

Ce modèle d'ethnocide interne, dont le peuple syrien est aujourd'hui la victime, a longtemps et systématiquement été ignoré et occulté par le monde occidental pour qui arabophonie, arabité et islam sont synonymes. Néanmoins, et afin que les Syriens (ainsi que les Israéliens et les Palestiniens, s'ils veulent éviter une hécatombe fratricide encore plus sanguinaire) puissent se réunifier sous la bannière salvatrice d'un État-ethnie, véritablement laïque et démocratique, ils n'ont pas le choix : il leur faut rouvrir les pages d'Histoire de leur passé. 

 

David André Belhassen

aux éditions de la Différence