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Juke-Books #1 : Tupac/Makaveli, The Don Killuminati

Clément Solym - 05.10.2012

Tribune - Tupac - Juke-Books - Machiavel


Parce qu'elles ont au moins en commun l'écriture, la littérature et la musique font bon ménage, si bien que leur cohabitation s'avère à la fois foutraque et créative. Parce qu'il y a des choses à raconter et qu'on a toujours besoin de cash, n'oubliez pas votre pièce du vendredi. En échange, le Juke-Books vous promet de toujours payer sa note...

  

Pas besoin de se déplacer jusque Las Vegas pour entendre l'histoire de Tupac Shakur : l'existence du New Yorkais, assassiné en 1996 à l'âge de 25 ans, et après 6 albums, court les rues bien qu'elle ne soit pas commune. Son enfance, sur fond de lutte pour les libertés civiles et d'afrocentrisme, oscille entre débrouille et délinquance juvénile, tandis que le gamin s'essaye au rap et au théâtre.

 

Tout en aidant Notorious B.I.G., un autre MC new-yorkais, à affiner son propre style, Tupac enregistre 2Pacalypse Now, 64e dans les charts U.S. L'album est dénoncé comme une incitation à la violence par le vice-président des États-Unis lorsqu'un adolescent qui en possédait un exemplaire tue un policier. Ce n'est qu'un aperçu de la carrière houleuse de chanteur, qui trempe dans une affaire d'homicide involontaire, puis dans une guerre ouverte entre les gangs des côtes Est et Ouest des États-Unis.

 

Libéré de prison, Tupac fonce en studio et enregistre à tour de bras, sans se douter, et encore, que ses prochains albums seront posthumes. Guidé par les lectures effectuées en prison (Wikipedia cite Kurt Vonnegut, Alice Walker, Khalil Gibran...), Tupac adopte le pseudonyme de Makaveli, après 2Pac.

 

 

 

 

De la déclaration de guerre à la ruse du Prince

 

Des consonances italiennes ? Logique, puisque Tupac s'approprie à la sauce gangsta le patronyme de Niccolò Machiavelli, l'auteur du Prince et de L'Art de la Guerre. Quel rapport entre le disque, sur lequel le rappeur stylisé est crucifié, le bandeau réglementaire d'avertissement en guise de périzonium, et les essais politiques du XVIe siècle ?

 

Plus d'un, en fait : à sa sortie de prison, Tupac ne retient pas son flow contre la côte Est et les MCs qui la représentent : Nas, Jay-Z ou Mobb Deep sont cités dans Against All Odds. « Matte ça, je prends cet histoire de guerre au sérieux » leur lance Tupac, qui a visiblement suivi la recommandation du conseiller politique, inspiré de l'Histoire romaine : « ils savaient qu'on n'évite pas la guerre, mais qu'on la diffère à l'avantage d'autrui ».

 

Considéré comme vindicatif, The Don Killumaniti peut être perçu comme un appel à la guerre ouverte entre les deux courants ennemis du rap US : « [J]e dis que tous les hommes, quand on en parle, et surtout les princes, pour être placés plus haut, sont remarqués pour certaines de ces qualités qui leur apportent ou blâme ou louange » souligne Machiavel dans Le Prince. L'agressivité de Tupac sera alors perçue, selon les points de vue, comme une simple attitude, ou bien comme un mouvement politique de revendication.

 

Le Vatican avait choisi son camp dès 2010, en incluant dans la playlist officielle de son MySpace la chanson Changes de Tupac, « qui veut atteindre le coeur des individus » : « Je n'ai jamais commis un crime que je n'ai pas eu à commettre/mais maintenant je suis de retour avec des comptes à vous rendre » explique-t-il dans cette chanson pacifiste.

 

Machiavel recommandait aussi de ne jamais se faire haïr de ses sujets, peut-être la raison pour laquelle la phrase « Ce portrait n'est aucunement un signe de non-respect pour Jésus-Christ » est prudemment inscrite sur la pochette...

 

 

 

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