Juke-Books #14 : Warriors, le double sens du beat

Antoine Oury - 11.01.2013

Tribune - Warriors - Les Guerriers de la nuit - Sol Yurick


Le Juke-Books sait aussi jouer des requiem... Enfin, en quelque sorte. La semaine dernière survenait le décès de l'écrivain américain Sol Yurick, auteur d'une petite dizaine de romans parmi lesquels The Warriors fut l'un des seuls à bénéficier d'une postérité littéraire. Notamment grâce au film de Walter Hill, qui fit date dans l'histoire de la street culture. Mais aussi dans celle de la musique, grâce à la p(l)atine des années...

 

Rendons à César ce qui est à César : le bouquin de Sol Yurick trouve ses racines dans l'Antiquité, puisqu'il s'inspire directement de l'Anabase de Xénophon. Le récit d'un combat fratricide entre Cyrus le Jeune, secondé par une bande de mercenaires, et son frère Antaxerxès II. Si le héros de The Warriors se nomme lui aussi Cyrus, le petit jeu des correspondances ne s'arrête pas là. Beau joueur, Yurcik ajoute même à son récit un personnage, Junior, qui dévore de bout en bout une version comics de l'Anabase

 

14 ans après la sortie de l'ouvrage, en 1979, le réalisateur américain Walter Hill sort en salles son adaptation du roman de Sol Yurick, et pose par la même occasion, sans le savoir, une option sur l'esthétique des gangs de rue new-yorkais pour les 30 prochaines années à venir. Aidé par une aura de film sulfureux (l'affiche fut censurée aux États-Unis, une scène fut coupée en France), The Warriors (Les Guerriers de la nuit en VF) allait inspirer des dizaines de morceaux.

 

Et pour les trouver le plus rapidement possible, inutile de cherche bien loin dans le registre du hip-hop, particulièrement friand de ses représentations : un des groupes les plus emblématiques du genre, le Wu-Tang Clan cite dans l'une de ses chansons les plus connues, Shame on a Nigga (Enter The Wu Tang : 36 Chambers), une réplique culte de The Warriors : « Be like, "Warriors! Come out and playyyyy!" ». 

 

 urbanshoregirl, CC BY-ND 2.0

  

 

Un des membres du Wu-Tang, qui ne sont donc pas uniquement influencés par des films de kung-fu, a d'ailleurs samplé quelques extraits du film The Warriors pour Killin' Fields, extrait de son album Tical 2000: Judgement Day. Il s'agit bien sûr de Method Man... Niveau samples, l'album Snap your neck back (2005) du groupe hip-hop Gasoline en a une bonne dose à revendre : pas question de dealer au coin de la rue pour autant, étant donné la variété des groupes invités sur les beats , qu'ils soient français (Les Poètes Maudits ou La Fondation) ou américains (The Dojo Sound, Analog Suspect). 

 

 

 

 

Dans la version initiale des Warriors, les membres du gang des Dominators sont noirs ou hispaniques : la Paramount a posé son veto, en imposant un gang partiellement blanc. Ce qui n'est pas sans rappeler l'arrivée du Slim Shady au milieu du rap US : dans le morceau Fight Music, interprété avec le crew D-12, les références aux Warriors sont permanentes, et un simple visionnage du clip suffit pour s'en convaincre. Notons également les premières minutes de la vidéo, où Ice-T prend la parole avec deux citations tirées des oeuvres, et depuis passées dans le langage courant du rap : « Can you count ? » et « Can you dig it ? ».

 

 

 

 

Dans de tout autres genres, les punk-rockers de The Offspring se sont eux aussi inspirés de la célèbre provocation lancée au gang des Warriors par un de leurs ennemis pour Come out to Play, sorti en 1994 sur l'album Smash. Tandis que le groupe de house/electro L'Équipe du Son a sorti un maxi, The Nighttime Warriors, inspiré de l'univers crade, inquiétant, et en plus zombifié, du roman et du film.

 

 

 

Dans d'autres pays, The Warriors a eu la même résonnance : en Grande-Bretagne, le groupe alternatif Pop Will Eat Itself a sorti le morceau Can U Dig It qui, en un peu plus de 4 minutes, sample allégrement les phrases cultes des Warriors. En Argentine, c'est le groupe Illya Kuryaki and The Valderrama qui récupère l'esthétique gangsta pour les besoins de clip de A Mover El Coolo.

 

Si vous sortez en gang, n'oubliez pas d'échanger le Juke-Books contre une Boombooks...

 

 

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