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Juke-Books #15 : Ian Curtis, bibliophile intranquille

Antoine Oury - 18.01.2013

Tribune - Ian Curtis - Joy Division - William S. Burroughs


Ian Curtis, l'éphémère chanteur du groupe à la durée de vie réduite Joy Division (1976-1980), portait sur ses épaules le poids d'une personnalité torturée, créatrice de quelques tubes new wave. L'artiste mort à 23 ans était également un grand amateur de livres, un goût que l'on retrouve dans les compositions de son groupe, et les chansons des deux albums sortis sous leur nom.

 

« Curtis était un lecteur affamé, qui est devenu un écrivain inspiré » note le célèbre critique britannique Jon Savage, auteur d'un essai sur les inspirations littéraires du leader de Joy Division. D'après Savage, le jeune homme a un faible pour Gogol et Kafka, mais s'intéresse aussi aux théories existentialistes, encore très en vogue à l'époque.

 

À l'origine nommé Warsaw, le groupe formé par Ian Curtis, Peter Hook, Stephen Morris et Bernard Sumner change de nom en janvier 1978 pour éviter la confusion avec une autre formation, Warsaw Pakt. Le nom Joy Division fait alors surface, tiré d'un ouvrage rédigé par Karol Cetinsky, The House of Dolls.

 

L'ouvrage raconte l'expérience d'une jeune femme au sein de la « compagnie de la joie », un groupe de jeunes femmes laissées à la disposition des officiers nazis, pour leur plaisir personnel au sein des camps de concentration. On comprendra qu'avec un nom pareil, l'équivalent d'une chape de plomb s'abatte sur les compositions de Joy Division.

 

La chanson No Love Lost paye d'ailleurs son tribut à l'ouvrage, avec cette ligne : « Instinctively. no life at all in the house of dolls. »

 

 

 

 

Ian Curtis fréquentait assidûment la librairie House on the Borderland, accompagné par Stephen Morris, alors simple ami : Mike Butterworth, le gérant de la boutique, se souvient d'eux comme « des jeunes hommes dispersés, aliénés et attirés par des caractères similaires. Ils recherchaient des choses décalées, qui sortaient des sentiers battus, et la boutique leur donnait ça. Pour eux, c'était l'équivalent d'un phare dans le Manchester morne des années 70 ».

 

 

La bibliothèque de Ian Curtis, dans le film Control (Anton Corbjin)

 

 

De ses lectures, Curtis retient deux auteurs en particulier, JG Ballard et William S. Burroughs, ce dernier devenant une sorte de maître à penser pour le jeune homme. On se souvient de la chanson Atrocity Exhibition qui apparaît sir l'album Closer, ouvertement et clairement inspirée de La Foire aux atrocités de l'auteur anglais.

 

Mais Curtis a également rendu hommage à l'oeuvre centrale de William S. Burroughs, Le Festin nu, à travers la chanson Interzone, cette fois tirée de leur premier album Unknown Pleasures (1979). Le morceau s'appuie sur la description précise que fait Burroughs de son pays imaginaire, où le centipède se monnaie très cher.

 

 

 

 

Le site Reality Studio raconte d'ailleurs la rencontre improbable de Ian Curtis et de William S. Burroughs, par un doux 16 octobre 1979, à Bruxelles. La troupe de théâtre Plan K allait se produire dans une ancienne sucrerie, interprétant des textes de l'écrivain beat, tandis que Joy Division était chargé d'ouvrir le spectacle. Inutile de souligner que Curtis trépigne, attendant l'entrevue comme une consécration.

 

Hélas, la plupart des sources relatant la rencontre la résument à une phrase ou presque : « Malheureusement, quand Ian se présenta, l'auteur lui répondit d'aller se faire voir. » Pourtant réputé pour sa sympathie à l'égard de ses admirateurs, Burroughs a joué l'ours ce soir-là, et la rencontre n'a pas eu lieue.

 

Et, dès 1980, c'était trop tard...

 

 

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