Juke-Books #20 : Matmos, en phrases concrètes

Antoine Oury - 15.03.2013

Tribune - Juke-Books - Matmos - musique et littérature


Vous n'avez jamais écouté de musique concrète ? Le Juke-Books le fait, lui, mais c'est peut-être parce qu'il est lettré... Quoi qu'il en soit, il se charge aujourd'hui (en vinyle) avec les compères de chez Matmos, soit M.C. Schmidt et Drew Daniel. Un duo électronique friand de lectures, pas radin en hommages et éclectique, tout pour plaire au Juke-Books !

 

Les relations de Matmos avec la littérature commencent tôt, mais du côté de l'underground et de la culture sci-fi : le nom que choisit le duo dérive en effet d'un certain lac rempli de gelée maléfique, qui apparaît sous la ville de Sogo dans le film de Roger Vadim Barbarella (1968). Lequel film est bien sûr une adaptation de la série de comics signée Jean-Claude Forest. Le premier album du duo, homonyme, sort en 1997.

 

Par ailleurs, le label de Matmos, Terrain Vague, tire son nom d'une librairie parisienne, plutôt célèbre puisqu'il s'agit de celle d'Éric Losfeld, éditeur de renom qui aurait publié plusieurs milliers d'ouvrages.

 

Bondissons dans le temps, jusqu'en 2012 : Drew Daniel annonce avec fierté sur le blog de Matmos que sa thèse universitaire est terminée. Celle-ci s'intitule The Melancholy Assemblage: Affect and Epistemology in the English Renaissance, et porte donc sur le traitement de l'émotion dans l'art de la Renaissance. Un musicien toujours engagé dans l'université, en tant que prof, voilà qui n'est pas banal, et l'établissement le lui rend bien : Rick Moody et Michael D. Snediker, deux universitaires, ont rédigé ce texte sur le groupe.

 

Si les premiers albums de Matmos sont moins riches en références littéraires, The Rose Has Teeth in the Mouth of a Beast, sixième album du groupe paru en 2006, rattrape la mise : hommage aux personnalités LGBT qui ont influencé le groupe, l'album contient une chanson en l'honneur de la romancière Patricia Highsmith.

 

 

 

 

Mais qui contient également « Roses and Teeth for Ludwig Wittgenstein », « Public Sex for Boyd McDonald », « Rag for William S. Burroughs » et « Kendo for Yukio Mishima », présente sur l'album uniquement au Japon. Une ribambelle d'auteurs et de poètes homo ou bisexuels, qui ont tous influencé le duo Matmos.

 

 

 

 

Terminé, overdose d'inspirations littéraires ? Pour son retour en 2013 (son dernier long, Supreme Balloon, datait de 2008), le duo s'enferme dans une pièce pour lire et appliquer le Parables for the Virtual, de Brian Massumi, qui décrit les expériences de Ganzfeld. Ces dernières s'appliquent en parapsychologie : balles de ping-pong sur les yeux et casque diffusant du bruit blanc. Après 10 ou 12 heures de ce traitement, les hallus apparaissent... On comprend mieux pourquoi le titre « Teen Paranormal Romance » (Romance Paranormale pour les ados) s'est fait kické de The Marriage of True Minds.

 

Au rayon des inspirations littéraires, Drew Daniel cite également dans une interview au webzine Junkmedia La disparition de George Perec qui « montre très bien ce qu'un concept restrictif peut générer, qu'une telle stratégie n'est pas juste une façon de faire le pédant, mais en fait influence tout le travail, l'anime d'un pouvoir étrange et imprévisible ». Aux côtés du livre, Matmos met dans sa bibliothèque Comment j'ai écrit certains de mes livres, de Raymond Roussel, Exercices de style de Queneau et bien sûr la nouvelle Le quotidien, de Patricia Highsmith.

 

 

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