Juke-Books #23 : Michel Houellebecq, poète électrique ?

Antoine Oury - 05.04.2013

Tribune - Juke-Books - Michel Houellebecq - Iggy Pop


Pour son grand retour en France, Houellebecq a choisi Libération plutôt que les ondes radiophoniques. Le Juke-Books se souvient qu'au moment de La Carte et le Territoire, l'écrivain n'avait pas hésité à sortir deux singles pour accompagner la parution de sa nouvelle oeuvre. Cette fois, pas d'enregistrements à l'horizon, mais cela n'empêchera pas le Juke-Books de revenir sur la discographie de l'auteur...

 

 

À tout seigneur tout honneur, la discographie de Houellebecq commence lorsqu'il est approché par Bertrand Burgalat, patron du label Tricatel, dès l'année 1995 : « Libération avait publié sur une pleine page un extrait d'Extension du domaine de la lutte, un texte assez méchant sur les femmes psychanalysées. Cela m'avait attiré, le ton était acide, assez inclassable, sans être néo-hussard de droite, et le livre était pareil » explique le musicien, chanteur et producteur à Gonzai en prélude à un long entretien.

 

La rencontre est fulgurante entre musicien et poète, qui s'accordent presque immédiatement malgré l'absence de formation de l'un d'entre eux : « Puisqu'il ne pouvait pas compter en mesures, il se calait sur la trotteuse de l'horloge chez Tricatel pour commencer à chanter », se souvient encore Burgalat. Si, à l'époque, les prestations live ne recueillent pas vraiment les suffrages, l'album bénéficie de la musique d'Eiffel et des arrangements d'un Burgalat, proches de son propre travail avec AS Dragon. Normal, puisque le groupe est même créé spécialement pour accompagner Houellebecq en live.

 

Drucker achète, en tout cas. Entre Michel, on se comprend.

 

 

 

 

Le chanteur poursuit sa carrière, avec bien plus de succès du côté de l'écriture, indéniablement : si bien que pour son 17e album solo, le lézard Iggy Pop s'inspire de La Possibilité d'une île. Il fait référence au roman de l'écrivain français dans un bon nombre de chansons, avec entre autres King of the Dogs, qui fait intervenir le chien Fox, How Insensitive ou encore A Machine for Loving.

 

Plus qu'une inspiration, un quasi support d'écriture, et une bible pour le rocker, au moins le temps de composer l'album : « Je me reconnais vraiment dans ce livre. Peut-être parce que je suis obsédé par le sexe, la mort et la fin de l'espèce humaine. Comme Daniel, la protagoniste du livre, j'ai fini par me lasser d'une carrière d'artiste et je souhaite une nouvelle vie » expliquait-il au Billboard lors de la promotion de Préliminaires, sorti en 2009.

 

Les morceaux ont été utilisés pour le documentaire Last Words, qui raconte le périple de l'écrivain pour adapter sa propre oeuvre au cinéma. Rappelons d'ailleurs que la pochette est signée Marjane Satrapi, et que l'enregistrement est le plus bizarre de la carrière du chanteur selon Rolling Stone. Voilà ce que c'est de traîner avec Houellebecq.

 

 

Michel Houellebecq en Une de Libération, mardi 2 avril 2013

 

 

Une façon de faire le lien entre Iggy Pop et Carla Bruni : c'est aussi cela, l'écrivain français le plus célèbre. En effet, la mannequin-chanteuse a fait appel à l'écrivain pour la deuxième chanson de son troisième album, Comme si de rien n'était (2008). La possibilité d'une île, tout simplement, et une entente si bonne qu'elle mênera à un dîner au palais présidentiel, le 14 novembre 2010 au soir. Avec un certain gratin de l'édition française : Florian Zeller, Isabelle Chazot, Teresa Cremisi ou encore David Kersan.

 

C'est tout de même à l'étranger que Houellebecq a encore le plus de succès : des groupes indépendants américains revendiquent son influence sur leur écriture, comme Ultraviolet Eye, qui fait du rock expérimental teinté d'électronica depuis New York, et qui titre notamment Michel Houellebecq : Ordinary Guys pour la 8e piste de leur album.

 

Dans le cadre du projet Ball of Wax, qui propose à des musiciens de composer autour d'un document donné, R. Barrett a hérité de La Possibilité d'une île, un cadeau qu'il a exploité en trois titres, présents sur le volume 25 des compilations Ball of Wax, paru l'été 2011. Beatnik, Heart Righteous et They Don't Know peuvent être écoutés sur la page Bandcamp de Ball of Wax.

 

Mais, comme on est mieux servi que par soi-même, l'écrivain a récidivé en février 2011 avec un single nommé Le film du dimanche, fait de deux titres inédits, l'un homonyme et l'autre intitulé Novembre. Si l'on vous dit que c'est du bal musette, vous y croyez ?

 

Sinon, pour 2013, pas de tournée en vue, vraisemblablement...