Juke-Books #31 : The Smiths, livres britanniques et compos sonnantes

Antoine Oury - 07.06.2013

Tribune - Juke-Books - The Smiths - Morrissey


Il aura fallu se frayer un chemin à travers la foule de fanatiques des Smiths, objet d'un véritable culte outre-Manche, pour approcher leurs inspirations littéraires. Mené par le toujours truculent Morrissey, le groupe britannique s'est appuyé sur ses lectures - cru du pays en tête - pour constituer sa discographie, conviant le Juke-Books à un voyage entre écrivains aristocratiques et auditeurs populaires.

 


Premier bouquin qui vient à l'esprit à l'écoute de quelques morceaux des Smiths, et particulièrement d'« A rush and a push and the land is ours », inspiré d'un chant traditionnel des guerriers irlandais : Saturday Night and Sunday Morning d'Alan Sillitoe. Récit des divagations d'un ouvrier en week-end, après la harassante semaine à l'usine, et oeuvre littéraire idéale pour les revendications des Smiths.

 

Du côté des inspirations avérées du groupe, on retrouve un trio fondateur de la littérature britannique moderne : William Butler Yeats, John Keats, et Oscar Wilde. À l'entrée de « Cemetary Gates », les trois fantômes des auteurs planent, faisant résonner en rythme les chaînes que des conservateurs ont voulu leur passer.

A dreaded sunny day so I meet you at the cemetery gates

Keats and Yeats are on your side

while Wilde is on mine.

Évidemment, comme tout Anglais qui se respecte, les Smiths auront eu à coeur de citer William Shakespeare dans le titre d'une de leurs chansons, Shakespeare's Sister. Mais la véritable provenance est à chercher du côté de Virginia Woolf, et son essai féministe A Room of One's Own, publié pour la première fois en 1929. Quelques paroles du titre sont extraites de By Grand Central Station I Sat Down And Wept, un roman d'Elizabeth Smart (1946).

 

Les trois écrivains sont centraux pour l'inspiration littéraire débordante de Morrissey et se bande, au point que le single « Bigmouth Strikes Again », 1er de leur troisième album The Queen is dead, fait apparaître une gravure cachée sur la face B du vinyle : « Talent Borrows, Genius Steals » (« L'emprunt est signe du talent, le vol du génie »), assertion signée Oscar Wilde. Savoureux, lorsque l'on sait que Morrissey fut à de nombreuses reprises accusé de plagiat...

 

 

Si, si, observez bien... (via Robert Huttinger)

 

 

Par exemple lorsqu'il reprend texto les mots de l'adaptation filmée de la pièce Sleuth (Le limier en français) d'Anthony Shaffer, pour les besoins de la chanson « This Charming Man », une des plus connues et prisées du répertoire des Smiths. La pièce aux considérations homosexuelles fournit à Morrissey le canevas idéal pour chanter l'histoire de ce conducteur dragueur et gouailleur qui met finalement mal à l'aise le protagoniste de la chanson, qui n'a rien à se mettre pour se rendre à la soirée huppée où on l'invite.

 

 

 

 

Il y a un autre William, un autre homosexuel et encore un autre livre, évidemment, dans la discographie de Smiths : William, It Was Really Nothing, sorti en single, s'appuie sur Billy Liar, un roman de Keith Waterhouse paru en 1959. Si le roman s'intéresse à la lutte d'un jeune homme pour devenir dramaturge, la chanson décrit le choix d'un homosexuel de se marier avec une « grosse fille », vraisemblablement l'histoire de William "Billy" Mackenzie, chanteur du groupe post-punk Associates. Ce dernier répondra dans Stephen, You're Really Something, en 1993...

 

Dans Handsome Devil, The Smiths propose une belle morale qu'il nous finalement pas tellement appliqué :

There's more to life than books, you know 
But not much more 
Oh, there's more to life than books, you know 
But not much more, not much more

Finalement, les Smiths eux-mêmes auront donné lieu à des créations littéraires : outre le recueil de nouvelles Please : Fiction Inspired by the Smiths, un auteur comme Douglas Coupland a rédigé un roman dont le titre est directement tiré d'une chanson du groupe, Girlfriend in a Coma. Et dans Please..., l'auteur Chris Killen imagine une ballade commémorative qui passe par la tombe de Morrissey, en écho à « Cemetary Gates »...

 

La boucle est bouclée ? Pour sa série Horrible Histories, la BBC n'a pas hésité à produire ce spot mettant en scène un Charles Dickens aux accents Moziens...

 

 

 

 

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