Juke-Books #32 : Marvel Records, des comics au rap hardcore

Antoine Oury - 14.06.2013

Tribune - Juke-Books - Venom - Laurent Melki


Cette semaine, le Juke-Books s'est branché sur les samplers de Venom et du label Marvel Records, spécialisé dans le rap hardcore. Depuis plus de 3 ans, le producteur/beatmaker, MC et DJ mène une collaboration suivie avec Laurent Melki, légende du crayon et des couleurs, connu pour ses inoubliables affiches de films d'épouvante et d'horreur.

 

 

Réglons tout de suite les combats d'école : « Nous, on a toujours été plus Marvel que DC Comics » explique Venom. Bien sûr, il y a aussi eu Léonard, Gaston Lagaffe, Fluide Glacial, tous les classiques d'une génération. Collectionneurs dans l'âme, Venom et son frère MC Zombi conservent des centaines de comics au Videosdrome, leur studio, quelque part dans Paris. « Strange, Nova, les récits complets Marvel... On a tous ceux de l'époque Lug/Semic, jusqu'au passage chez Panini France. »

 

« Chez DC, les héros me semblaient un peu sans défauts, tandis qu'Iron Man devient alcoolique et que Spider-Man est bourré de défauts chez Marvel, il y a ce côté social, que l'on retrouvera plus tard avec Batman chez DC », souligne Venom. Et, comme beaucoup de lecteurs, Venom et MC Zombi gardent en mémoire les fameux reportages centraux de Strange, faits d'observations et de réflexions scientifiques : « Les comics s'adressaient à des jeunes un peu marginaux, que l'on regardait bizarrement dans le bus s'ils lisaient Strange à 17 ans, cette lecture était considérée comme infantile, à Paris en tout cas. »

 

 

Un justicier dans la ville, première production Marvel Records 

 

 

Bien sûr, la première résultante de cette influence se retrouve dans l'identité de Venom, fondée avec Un justicier dans la ville, son premier album sorti en 2009. « Venom est un personnage complexe : à la base, Eddie Brock [nom véritable de Venom, NdR] veut juste se venger de Spider-Man, parce que Peter Parker a ruiné sa carrière de journaliste. Mais, à partir de Maximum Carnage, en 1993, Venom devient un justicier et s'allie avec Spider-Man contre Carnage et toute sa clique. » Érudit, le rappeur ajoute que Venom sera finalement accueilli par les déshérités dans leur propre cité souterraine.

 

Un certain goût pour la série B

 

Outre l'inspiration puisée dans les comics, Venom et l'équipe de Marvel Records entretiennent une histoire suivie avec les films d'épouvante et d'horreur des années 80, de Terminator (James Cameron) à Creepshow (George A. Romero), en passant par Videodrome (David Cronenberg)...

 

 

 

 

« Et bien sûr, Venom a de la suite dans les idées », souligne Laurent Melki, joint par téléphone : le rappeur contacte donc le dessinateur, afin de lui présenter son projet d'album. Pour la pochette, pas d'hésitations : c'est Melki, ou personne d'autre, voire pas d'album du tout. En même temps, l'artiste est incontournable lorsque l'on aborde les films des années 80 : Creepshow, Videodrome, La nuit des morts-vivants, la série des Freddy... Les films cultes ne vont pas sans son coup de crayon.

 

« Sa démarche sincère, au culot, m'a touché. Il m'a dit : "Si vous ne faites pas la pochette, je ne sors pas le disque", et m'a détaillé son idée, ses inspirations, les films d'action à la Bronson, les Marvel Comics... Le tout mêlé à son rap. » Des pochettes d'album de rap façon films d'horreur, c'est de l'inédit et du brutal, tout comme en son temps les affiches d'horreur qui illustraient les albums de hard rock d'Iron Maden... Melki s'est d'ailleurs essayé aux pochettes d'album : celle de son propre groupe, Disco Ma Non Troppo, en 1978, celle du maxi Creepshow Dance (!) au début des années 80 ou d'autres pour Richard Cocciante, Patrick Sébastien ou Frank Michaël... La collaboration avec Venom grave donc un nouveau sillon dans la carrière de Melki.

 

 

L'album de Disco Ma Non Troppo : « Il paraît qu'il plaît beaucoup au Japon et au Royaume-Uni... »

 

 

Ce travail suivi dure depuis plus de 3 ans, tout en ayant débuté sur un coin de table : c'est ainsi que Laurent Melki travaille, en dessinant d'abord un « crobar » [croquis, NdR] à main levée. « Je l'ai fait à partir de ce que j'avais entendu de l'album, et avec cette idée de base, le visage de Venom qui domine la pochette. » Ensuite, le créateur est à l'œuvre : le visage moitié/moitié lui semblait « picturalement intéressant », avant l'ajout de la scène d'action à la Bronson (on se souvient des affiches pour les films de Belmondo ou Chuck Norris), et du Caïd à la fenêtre : « Pour celui-là, j'étais un peu largué, et il est donc traité très BD, contrairement à mon style qui est réaliste avant tout. »

 

Les retrouvailles de la plume du dessinateur et du rappeur

 

Laurent Melki dessine depuis plus de 3 décennies : « J'ai commencé en faisant de la bande dessinée à l'encre de Chine et à la plume, influencé par Franquin. » Après un passage par l'ESAG (École Supérieure d'Arts Graphiques) de Paris, il se perfectionne en peinture et en composition d'affiche, avant de commencer sa carrière dans les films d'horreur et d'épouvante, sur un marché naissant de la vidéo. Un univers qu'il a retrouvé pour la pochette de Cadaverous, album de MC Zombi et dernière production Marvel Records en date.

 

 

 

 

Désormais, Melki travaille sur carton contrecollé, à l'aquarelle et à l'aérographe pour « faire claquer les couleurs ». Si sa spécialité est bien sûr du côté de l'épouvante et de l'horreur, il a bien entendu dévoré son lot de Marvel, et a même réalisé une affiche pour une série B produite par Stan Lee, Harpies.

 

 

 

 

Qu'il travaille sur une pochette ou une affiche de cirque, Melki procède à chaque fois à « une immersion dans un univers, une palette de couleurs ». Pendant ce laps de temps, seul le projet en cours compte : « Pour la pochette de l'album Ré-animations d'Azaia [artiste Marvel Records, album à paraître, NdR], j'ai passé un mois à la faire à plein temps. » Et le travail se fait de concert : « La pochette est faite en cours de route, elle provoque systématiquement une transformation du disque, cela a permis à Venom, sur son propre album, de changer certains aspects musicaux et écrits pour mieux coller à l'univers qu'il voulait créer. »

 

« Plutôt techno dans l'âme », Melki compose également sur sampler : la collaboration avec Venom et Marvel Records reste sans précédent, un choc des cultures, une explosion hardcore et créative.

 

 

 

 

Retrouvez une interview de Venom et MC Zombi sur Coup d'Oreille

Site officiel de Melki

Site officiel de Marvel Records