Juke-Books #8 : Joan Baez fait un boeuf avec ses poètes

Clément Solym - 23.11.2012

Tribune - Joan Baez - Baptism : A Journey Throu - poésie en musique


Salaud de hippies ! Ils sont de retour, et rien ne les fait plus planer qu'un imposant lecteur vinyle... Le Juke-Books met à l'honneur la reine du folk, à la voix atrocement chevrotante pour les uns, tellement harmonieuse pour d'autres : Joan Baez. La chanteuse a allègrement puisé dans le répertoire traditionnel pour ses nombreux albums, jusqu'à se risquer à l'interprétation de pièces poétiques.

 


Soprano dotée d'une voix couvrant 3 octaves, à laquelle s'ajoute une capacité inégalée pour le vibrato, Joan Baez n'a de leçon à recevoir de personne au niveau interprétation. Il suffit de la voir se mesurer à Bob Dylan et Alan Price dans Don't Look Back pour savoir que la petite en a à revendre niveau puissance vocale. Côté écriture, c'est une autre affaire : la hippie semble préférer les reprises (Dylan, Phil Ochs...) aux morceaux originaux.

 

Les poètes s'en trouvent comblés : ou plutôt les chansonniers, qui s'octroient une place de choix dans le répertoire de la belle. Dès son premier album, on retrouve une ballade du XVIe siècle, Mary Hamilton, l'histoire tragique d'une intendante entraînée dans un adultère royal, forcée de mettre à mort son enfant. Elle s'exécute, elle l'exécute : on comprend l'utilité du vibrato.

 

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Heinrich Klaffs, CC BY-NC-SA 2.0

 

Son Volume 2 se clôt d'ailleurs avec Plaisir d'amour, une chanson partiellement en français tirée de la nouvelle Célestine, signée Jean-Pierre Claris de Florian, auteur du XVIIIe siècle. Baez est loin d'avoir l'exclusivité sur la composition puisque Elvis Presley, The Who ou Mireille Mathieu, entre autres, s'en inspireront...

 

 

Là encore, les ballades sont légions , et remontent généralement au XVIIe ou XVIIIe siècle : citons Barbara Allen, dont la cruauté est connue depuis le Journal de Samuel Pepys, ou encore The Trees They Grow So High, qui dispose de nombreuses variantes (Daily Growing ou Young But Daily Growing), et fut utilisée par Robert Burns comme base pour son poème Lady Mary Ann (1792).

 

 Dès son cinquième album (toujours à son nom), Baez s'attaque à des poètes plus réputés, et ne commence pas par le plus évidents, avec Lord Byron et la mise en musique de son court poème So We'll Go No More a-Roving. Écrit à 29 ans par un George Gordon Byron fatigué, il sera publié par Thomas More 13 ans plus tard.

 

 

 En 1965, le sixième album de Joan Baez comprend dans sa tracklist un titre de Léo Ferré, Pauvre Ruteboeuf, où la référence poétique est criante. L'interprétation se fait en français, comme d'ailleurs la reprise de La Colombe de Brel, sur l'album suivant. Sur la même galette, on peut écouter Annabel Lee, mis en musique par Don Dilworth, et écrit par... Edgar Alan Poe, excusez du peu.

 

Pour son septième album studio, Baptism : A Journey Through Our Times, Baez se lâche, et assouvit sa fascination pour les poètes : Joyce, Blake, Cummings, Prévert, Rimbaud, Whitman... Ils y passent tous, et un lien vers la liste des morceaux en dit long. Comme si elle avait fait le tour, ses albums suivants se concentreront sur des reprises de morceaux plus contemporains : la poésie, ça rend mieux au présent. La preuve, avec ce poème écrit pour Aung San Suu Kyi, en novembre 1991.

 

 

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