Justice : Face à un éditeur jeunesse, une copropriété à côté de la plaque ?

La rédaction - 10.12.2016

Tribune - éditions Piatnitsa jeunesse - copropriété plaque professionnelle - voisinage querelle éditeur


Les retards chez l’imprimeur, l’auteur qui ne rend pas son ouvrage dans les temps, le réassort qui arrive trop tard... Autant de misères quotidiennes pour une maison d’édition, que l’on apprend à regarder avec philosophie au fil des années. Les jeunes éditions Piatnitsa font face à un tout autre problème, presque anecdotique, mais non moins désagréable. L’enfer, c’est les autres, et les autres, dans une copropriété, ça commence par les voisins...

 

NEIGHBOR

Voisins, voisines – Ghazaleh Ghazanfari, CC BY ND 2.0

 

 

Nous publions ici une tribune que nous a communiquée la fondatrice des éditions Piatnitsa, maison dédiée aux livres jeunesse, avec l'espoir pour chacun que la situation – qui prêterait presque à sourire, si elle ne s'envenimait pas – trouve une issue heureuse.

 

 

Une barbarie française, au coin de chez vous !

 

 

Sans doute, parce que je suis petite fille de résistants et de Justes parmi les Nations, suis-je conduite ces derniers temps à penser souvent aux autodafés de livres qui ont souvent précédé les dictatures, à me dire qu’il y a des sortes de voisins auxquels, Dieu merci, née après la guerre, j’ai échappé.

 

Lauréate du Prix Panaït Istrati en 2013, n’ayant pas trouvé d’éditeur, je décide de créer ma propre maison d’édition, Piatnitsa avec très peu de moyens. Marque Piatnitsa que j’ai déposée, logo très joli que j’ai dessiné et comme la marque déposé à l’INPI.

 

En 2015 ma mère décède me laissant un pécule de 12 000 euros (dont une partie partent en frais d’avocat et pour éponger les difficultés d’une activité libérale frappée par la crise). Cela me permet de publier deux autres livres, dont l’un reçoit le Prix d’Honneur du monde francophone 2016, amenant avec lui, le titre d’Académicienne de Provence et un référencement auprès des Musées Nationaux.

 

En 2014, puis 2015, je préviens mon syndic de copropriété (résidence où j’habite depuis trente-trois ans !) de la nécessité pour moi de poser une plaque pour ma maison d’édition, le syndic devant donner sa bénédiction selon les termes du règlement de la copropriété ; lequel datant de 1951, n’a prévu que des plaques de profession libérale. Il n’est nul besoin d’expliquer au monde du livre, la difficulté des livraisons dans un immeuble sur cour, de cinq étages, d’une résidence de 36 lots en deux bâtiments, sans signalétique du tout !

 

Aucune réponse. Après consultation de mon avocat, au bout de deux ans, j’envisage, de mettre une plaque de 18 cm X 18 cm en plexiglas, jolie et discrète, sur le mur de mon bâtiment intérieur cour. Tellement discrète, qu’on ne la verra presque pas depuis le hall d’entrée de la copro, par temps gris. C’est là que les forces qui prolifèrent dans l’ombre entrent en jeu.

 

"Voilà l'inopportun qui des traits de l'immeuble

 A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître !"

 

 

Au lieu d’informer la copro, lors de l’AG de 2015, le syndic fait voter par les propriétaires l’autorisation de la plaque qui est refusée par une poignée de scrogneugeux, sans aucune explication. L’écrasante majorité des copros ne venant pas aux AG. Trouvant ceci aberrant et en vertu du droit à l’enseigne, du besoin de préserver mon image de marque, ma crédibilité et ma liberté de fonctionner, je pose ma plaque en janvier 2016 sur le mur de l’immeuble sur cour, d’une façade d’immeuble, d’une banalité totale, ne méritant pas le titre de bourgeois.

 

Soit un an et demi, après la création des éditions Piatnitsa. Tout de même !

 

Mais en mai 2016, « l’intelligentsia » du coin ne lâche pas prise et vote de manière opaque, par vote anonyme, l’obligation de déposer la plaque de ma maison d’édition. Toujours très peu de présents à l’AG, celui qui a le plus de tantièmes me dit qu’on a compté son vote contre la plaque alors qu’il s’est abstenu et impossibilité d’obtenir du syndic, la communication des noms pour vérifier ce vote. Je suis donc obligée d’assigner le syndic et la copro pour protéger ma plaque et ne pas la déposer.

 

Nous en sommes là.

 

Je suis attaquée par les avocats des parties adverses prétendant que ma plaque dérange la tranquillité des voisins ! Je suis accusée de voie de fait ! Menacée de représailles économiques et j’en passe, le tout avec un mépris impressionnant de ce que peut représenter une maison d’édition de livre jeunesse respectable. Vous comprenez maintenant, je pense, le titre de ce billet ! J’appelle à moi, le soutien sous quelque forme que ce soit, des professionnels du livre et de l’écrit habitués comme moi, d’ActuaLitté.

 

Aidez-moi à vaincre cette oppressante barbarie de bas étage, sans visage, qui elle nous menace réellement.

 

Merci d’avance.

 

Christine Colonna-Cesari

Directrice et fondatrice des éditions Piatnitsa

Académicienne de Provence