L'affaire Gordon Zola contre Moulinsart : Tintin !

Clément Solym - 06.04.2009

Tribune - gordon - zola - moulinsart


« J’ai bu la vodka du diable ! »


Ce 2 avril dernier, les Léopards Masqués (et DéMasqués) étaient assignés par les ayants droit d’Hergé (Moulinsart S.A.) pour contrefaçon au tribunal de Grande Instance d’Évry.

Une ambiance cossue, agréable avec un peu de velours, ailleurs que dans les voix, une salle ouverte aux quatre vents, car accessible à un public volage, un juge attentif (mais chauve) et des avocats aux petits oignons prêts à en découdre pour l’intégrité d’un patrimoine d’un côté, le droit à la parodie de l’autre.

L’odieux Gordon Zola, concepteur de la série et auteur principal, était présent, facilement identifiable grâce à sa cravate en léopard sauvage et à son visage ravagé par les affres de la roublardise. L’écrivain est bien connu des services de peau lisse pour ses activités de parodieur littéraire… On se souvient que l’infâme s’était déjà compromis dans des licences éhontées en digressant le Da Vinci code (Le Dada de Vinci) et Harry Potter (C’est pas sorcier, Harry !).

Mais voilà enfin la bête démasquée ! Son assurance bonhomme ne trompe personne… Le profiteur du talent d’autrui est là, tapi dans une plastique accorte pour mieux tromper son monde. Après une bonne demi-heure de retard (utile pour user les patiences), Maître W., l’avocate de Moulinsart, se lance dans une démonstration pleine de fougue animale pendant près de deux heures ! Tout y passe… « Monsieur le juge, ne vous y trompez pas, vous n’avez pas à faire à du naïf, mais à Machiavel ! »

En effet, derrière cette moustache de léopard se cachent l’hydre hideuse, l’auteur malsain, le calculateur notoire ! « Ces gens parlent passion, je leur réponds, concupiscence ! Seul l’appât du gain compte ! »


Pour faire bonne mesure, on demandera au Léopard 185 000 euros de dommages et intérêts… en effet seul l’appât du gain compte ! « Leur prétention est inouïe, car ils ont voulu s’accaparer l’œuvre du maître ! Tout cela pour accoucher d’œuvres bien médiocres ! »

La gentille dame en noire nous accorde au moins qu’il s’agit d’œuvres… Il ne manquait qu’au jugement de valeur que l’accablement moral… Qu’à cela ne tienne, il arrive au galop… « Ces individus veulent profiter de la mémoire d’Hergé pour faire de l’argent, il ne faut voir là qu’un coup éditorial sans talent ! »

C’est amusant, car il n’apparaît jamais à ces « défenseurs » patrimoniaux, qui ne font que vivre sur le génie d’un autre, qu’il puisse y avoir des auteurs passionnés, animés d’intentions pas forcément mercantiles et douées (désolé pour la prétention, chère Maître) d’une certaine imagination.

Il ne leur vient pas à l’idée que le succès éventuel des Saint-Tin serait le meilleur hommage intellectuel et commercial qui pourrait être fait pour une série qui ne peut « testamentairement » renaître.

Et ils ne veulent surtout pas admettre que la parodie est légale.

Jusqu’au 9 juillet, date du résultat du délibéré, le Léopard est griffes et pattes liées… Il faut donc savoir qu’on peut, dans ce pays, bloquer un éditeur, l’empêcher de travailler pendant presqu’une année, l’asphyxier financièrement alors qu’aucune décision de justice n’est encore rendue !

Je suis traité par Moulinsart de contrefacteur, donc d’escroc… On m’envoie des huissiers, des gendarmes, on fait pression, on m’intimide… Bravo ! Ces gens jouent allègrement avec la moralité d’un écrivain…

Ont-ils songé à ma pauvre mère qui me prend maintenant pour un faux-monnayeur ?

Cette affaire montre au moins une chose : c’est l’importance de lutter contre ces attitudes tyranniques, car c’est la seule façon de faire reculer ce qui gangrène de plus en plus la culture française : l’autocensure !


Gordon Zola
La bête humaine de l’humour