L'éditeur de Christine Boutin déplore que les auteurs aient recours aux médias

La rédaction - 01.03.2016

Tribune - insolences Christine Boutin - Jacques Marie Laffont - paiement auteurs


Après avoir sollicité la presse dans un communiqué où il se défendait de toute transgression, l’éditeur Jacque-Marie Laffont, à l’origine de l’ouvrage de Christine Boutin, Les insolences de Christine Boutin, a fait parvenir un droit de réponse. Ce dernier n’était pas adressé à notre rédaction, mais nous avons pu en prendre connaissance. Après un bref récapitulatif des faits, on se demande bien à quoi l'éditeur tente de répondre...

 

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fufu wolf, CC BY SA 2.0

 

 

 

Pour mémoire, plusieurs auteurs se sont manifestés, sur les réseaux sociaux, pour déplorer l’utilisation faite de leurs créations. En effet, la maison Jacques-Marie Laffont les aurait sollicités pour un ouvrage tout à fait différent de celui qui fut finalement publié. Catoune, rédactrice et dessinatrice de presse expliquait s’être retrouvée à « faire la couvertue du livre politique de Christine Boutin malgré moi ». Et à l’instar d’autres auteurs, elle n’aurait toujours pas été payée pour cela

 

Voici, dans son intégralité, le long commentaire apporté par Jacques-Marie Laffont

 

 

 

DEMANDE DE DROIT DE REPONSE

 

Je suis l’éditeur de l’ouvrage de Christine Boutin, c’est moi qui lui ai proposé d’ouvrir cette collection consacrée aux hommes et femmes politiques qui consiste à mettre en lien les caricatures les plus drôles et les plus violentes au regard de leurs propos. 

J’ai été, je dois le dire, étonné ayant comme tout un chacun mes présupposés et préjugés, que Madame Boutin accepte d’ouvrir le ban. Et je l’en remercie.

 

L’idée de la collection, car c’est d’une collection dont il s’agit, est à la fois de faire rire et de donner avec un ton nouveau une sorte de « droit de réponse » aux personnes caricaturées. Une réponse amusante et étayée à la fois au regard de la vision lapidaire et instantanée d’un « coup de crayon » qui croque au vitriol un instant.

 

Nous avions donc dans un premier temps — avant même de proposer cet ouvrage à Christine Boutin, au sein de la maison d’édition repéré les personnalités les plus caricaturées en politique, afin de constituer cette collection d’insolences. Madame Boutin étant parmi les plus caricaturées, nous l’avons approchée, à vrai dire avec un peu d’ironie et sans trop d’espoir. 

 

Elle a courageusement accepté de se prêter au jeu et je l’en remercie.

 

Cette collection m’est apparue de plus en plus intéressante à développer, au fur et à mesure que nous découvrions ces caricatures, car elle pouvait à la fois faire rire et constituait de fait une sorte de droit de réponse. Si ces caricatures sont toujours drôles, c’est vrai, elles peuvent s’avérer réductrices ô combien d’une pensée et/ou d’un être.

 

 L’autodérision remet un peu les pendules à l’heure et autorise une explication. 

 

Ces dessins peuvent aussi s’avérer très violents et, en les découvrant pour certains, j’ai admiré Madame Boutin de se prêter au jeu que je lui proposais. 

 

Donner la possibilité de mettre en regard d’une caricature la vraie pensée, dans toute sa subtilité, de la personne visée, me paraît relever de l’ordre de ce métier que j’exerce depuis quarante ans et qui consiste à permettre grâce au livre d’éclairer un propos, de transmettre des idées, de raconter les choses de la vie sous leurs différentes nuances.

 

L’approche des caricaturistes a été de leur dire que nous voulions faire des livres sur les personnalités politiques en général (dans le cadre de notre collection) et sur Madame Boutin et ses propos en particulier dans un premier temps. 

 

Jacques-Marie Laffont et Christine Boutin

 

 

J’étais persuadé que ces caricaturistes dont les dessins sont parfois très virulents n’étaient pas mécontents que Madame Boutin puisse y répondre et qu’un éditeur ouvre une tribune qui permette de préciser sa pensée à une personnalité aussi décriée. Qui plus est cela remettait en lumière des dessins en but à une certaine obsolescence politique, je pensais réellement que chacun y « trouvait son compte »*. 

 

Madame Boutin a en effet précisé ses propos, elle a expliqué à quel point justement, elle était loin des attitudes, pensées et paroles que lui prêtaient ces caricatures. Je dois dire qu’elle m’a épaté, car elle a passé l’été à écrire ses textes afin justement et encore une fois d’éclairer ceux qui le voulaient bien sur la teneur précise de ses convictions dont j’ai au passage pu découvrir les nuances et les ancrages humanistes dans beaucoup de leurs aspects.

 

"Mais que nous soyons désormais enfermés dans une pensée chagrine qui utilise les médias pour régler ses comptes comme ses factures au lieu de venir s’expliquer avec l’éditeur me paraît assez grave."

 

 

Si elle a remercié les caricaturistes qui avaient « accepté » de participer à cet ouvrage, c’est en toute bonne foi, car nous l’avions tenu au courant que certains n’avaient pas répondu ou accepté de participer à l’aventure. 

 

Toujours naïvement peut-être nous pensions de notre côté que tout le monde avait bien compris la teneur de ce livre et qu’un bon de commande et une facture ayant pour intitulé : « les insolences de Christine Boutin » étaient assez explicites pour ce faire et valoir acceptation. 

 

Il est vraiment courageux de descendre comme Madame Boutin l’a fait une fois de plus avec cet ouvrage dans l’arène afin de défendre ses idées, et tenter de préciser une vision du monde nuancée qui ne plonge dans aucune des racines d’une pensée étroite. Madame Boutin a toujours défendu les valeurs de la démocratie avec une rare constance et j’ai été surpris en m’intéressant aux propos qui lui sont reprochés de manière générale, de voir à quel point ils sont souvent extraits de leur contexte, et « caricaturés » même, si je ne partage pas certaines de ses convictions.

 

Pourquoi cette « bronca » autour de cette dame et de son ouvrage ? Je n’imagine pas un seul instant quant à moi qu’elle relève d’un quelconque lobbying, ce qui serait également caricatural... 

 

Mais que nous soyons désormais enfermés dans une pensée chagrine qui utilise les médias pour régler ses comptes comme ses factures au lieu de venir s’expliquer avec l’éditeur me paraît assez grave. Un des caricaturistes a eu cette démarche et c’est tout à son honneur, j’attends les autres pour que nous nous expliquions et je leur demande, de grâce, de laisser Madame Boutin, en dehors de cette histoire, car ce livre relève d’une collection imaginée par un éditeur qui n’a en aucun cas pour vocation d’entretenir la moindre cabale autour d’une personne qui conserve assez d’humour pour rire avec eux de ce qui quant à moi me fait un peu grincer des dents.

 

                            Jacques-Marie Laffont

 

* Je m’excuse en revanche auprès des illustrateurs qui auraient en effet dû être réglés avant la publication de l’ouvrage. Tandis que j’écris ces mots, la comptabilité du groupe m’assure que c’est fait.

 

 

 

 

NB : ActuaLitté s’efforcera de vérifier que le règlement est bel est bien effectué. En effet, dans un tout autre ordre d’idée, la maison Le Baron perché, dont M. Laffont fut l’acquéreur en 2014, est en retard sur le paiement de droits pour 18 auteurs, pour 15.000 €, qui ont tenté un recours juridique pour obtenir gain de cause. Mais un mois après des promesses, rien n’avait encore été perçu. « Voilà près d’un mois que nous avons reçu leur réponse : ce sentiment de se trouver face à des promesses non tenues devient insupportable », déplorait la Société des Gens de Lettres, à l’origine, avec la Charte des auteurs, du commandement de payer.