“L’exception culturelle à la française”, demain sera-t-il pire qu'hier ?

Auteur invité - 13.05.2020

Tribune - BnF société confinement - culture demain coronavirus - monde demain société


En 30 ans le PIB, ou en d’autres termes la richesse produite annuellement en France, a doublé. Un des dispositifs permettant de redistribuer cette richesse, au-delà de la question du salaire, est le financement de l’action publique en faveur de la population en particulier au travers des services publics. Or loin de suivre l’évolution du PIB, nous assistons depuis 30 ans, et avec une très nette accélération ces dernières années à des coupes budgétaires sans précédent dans les budgets de l’État.

À titre d’exemple, depuis 2009 la BnF a perdu plus 300 emplois et plusieurs millions de crédits, indique la CGT BnF dans une tribune envoyée à ActuaLitté.

BnF - Bibliothèque nationale de France
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 
 
Triste paradoxe, si la France reste le 7e pays le plus riche de la planète, de l’autre, ses services publics dont la BnF, troisième plus grande bibliothèque au monde de par ses collections patrimoniales, subissent des baisses drastiques de budgets et des suppressions de postes répétées. La situation de l’hôpital public, en particulier des urgences, est devenue ces dernières années et semaines symptomatique de ce désengagement de l’État.
 

La culture a joué un rôle essentiel durant le confinement, mais...

 
C’est désormais enfoncer une porte ouverte que de répéter combien les initiatives du monde de la culture sur internet ont été importantes, généreuses et nécessaires à la population pendant la période de confinement. Néanmoins, cette crise a aussi souligné combien les lieux physiques de ces échanges étaient essentiels à chacun. Cinémas, salles de spectacles, librairies, bibliothèques, musées... autant d’espaces que la dématérialisation n’a pu remplacer.
 
À ce titre, la politique engagée par la BnF pour numériser ses collections ne doit pas se substituer à un accès physique aux documents dans un lieu partagé : la salle de lecture. La vie d’une bibliothèque ne peut en effet se réduire à une consultation dématérialisée de ses ressources, c’est aussi un lieu de vie, de sociabilité et d’échanges, en particulier entre les lecteurs et les professionnels qui y travaillent.
 
Cette question de l’accès aux documents se pose aujourd’hui de façon prégnante à la BnF pour plusieurs raisons. En 10 ans les budgets dédiés à la conservation et à la restauration des collections ont subi des baisses vertigineuses (5,6 millions d’euros en 2009 contre 2,1 millions en 2019), alors que les crédits consacrés à la numérisation atteignent 5 millions par an. Concrètement, cela signifie un nombre grandissant de documents incommunicables du fait de leur état de délabrement.
 
Que dire également de la politique immobilière engagée par le ministère de la Culture et la direction de la bibliothèque visant à brader un certain nombre de locaux et d’éloigner les collections loin de Paris et donc des salles de lecture ? Cette stratégie de vente ou de location des espaces appartenant à la BnF est évidemment la réponse technocratique et comptable d’un désengagement de l’État qui ne veut pas dire son nom.
  
Aujourd’hui, après deux mois de confinement, il faut par contre prendre le temps de rouvrir l’ensemble des espaces culturels y compris la BnF en garantissant de façon optimale la sécurité des personnels et des usagers.
 

Quelles perspectives pour demain ?

 
Afin de parler du « lendemain », nombreux sont ceux qui évoquent la reconstruction faisant suite à la Seconde Guerre mondiale ou à l’immense crise économique de 1929. Pourtant, au-delà des politiques mises en place à l’époque, rares sont les commentateurs qui soulignent l’importance des mouvements sociaux et des organisations syndicales qui ont imposé bon nombre de réformes et d’actions en faveur de la population.

Pour ne parler que de la France, la sécurité sociale avec ces différentes branches (maladie, retraite, famille) créée en 1945 doit beaucoup à l’action de la CGT. De même les avancées sociales des années 30 n’auraient pu se faire sans la mobilisation des travailleurs et de leurs organisations, en particulier au travers des grandes grèves de l’époque, dont celles de 1936.
 
Quand est-il aujourd’hui ? Le monde du travail et la population vont-ils, une fois encore, avoir à payer l’essentiel de la crise ? Une petite musique se fait déjà entendre : augmentation du temps de travail, licenciements, coupes budgétaires dans les services publics... On le voit bien, si les richesses accumulées ces dernières décennies sont considérables (en termes de patrimoine, les 10 % de Français les plus aisés détiennent la moitié des richesses du pays) rien ne présage qu’une mise à contribution des plus riches soit envisagée.
 
La CGT, forte de son analyse et de son histoire, sait qu’il est possible d’imposer un autre modèle. Depuis toujours elle est, avec ces différentes composantes (la CGT Culture, la CGT Spectacle, la CGT du Livre, etc.), la première organisation syndicale du monde de la Culture et participe activement, avec les professionnels du secteur, à écrire une histoire singulière aussi appelée « l’exception culturelle à la française ».

Face aux logiques marchandes et de profit, nos combats pour le maintien et le renforcement de la diversité culturelle, son accessibilité à toutes et tous, l’existence d’un ministère et d’un service public de la Culture, la défense du statut des intermittents et des professions, etc. sont plus que jamais d’actualité.
 
Néanmoins, cette capacité à inventer un autre modèle doit aussi nous interroger sur des changements plus globaux. Ceux-ci devront nécessairement être sociaux et écologiques, mais ne pourront se faire sans une très large mobilisation du monde du travail et sans un renforcement durable des organisations syndicales combatives qui portent cette exigence de rupture. Sans cela, il est à craindre que demain soit bien pire qu’hier.
 
La CGT BnF



Commentaires
Message typique du pire syndicat de France, responsable de la perte de millions d'emplois (c'est dire !)

Ex : « Concrètement, cela signifie un nombre grandissant de documents incommunicables du fait de leur état de délabrement »

Combien ? Si le budget de restauration diminue et que le budget de numérisation augmente, c'est bien que le nombre de bouquins numérisés augmentent et donc l'accès plus fragiles se démocratise ? On n'ose croire qu'on numérise que les neufs (qui arrivent numérisés de toute façon).

Bref, beaucoup de blablas invérifiables, sur laquelle on ajoute les trémolos habituels (CGT is the best one, just for you), oubliant qu'elle n'existe que grâce à une loi soviétique votée (imposée ?) en 1945 régissant l'unique existence de 4 (Hé oui, faut pas de concurrence !) syndicats uniquement...

Avec le succès qu'on connaît car dans le privé, l'ensemble des 4 ne fait pas 10%...

Quant aux fonctionnaires, totalement gangrenés par un esprit qui ne leur fait pas honneur, ce genre de syndicat prospère... et ça explique beaucoup de choses.

Écœurant !
Quelle honte cet article! La CGT a peut-être contribué dans les années 30 à faire des avancées sociales dont elle se vante. En revanche, intellectuellement, elle reste enfermé au 19e et 20e siècle: elle veut "le combat des travailleurs", comme préserver des acquis sociaux d'une autre époque. Si la France reste sclérosée dans sa croissance, c'est en raison de syndicats violents, fermés au dialogue, qui font régner la peur et l'intimidation dans les entreprises. Quand est-ce que la CGT comprends qu'il faut changer de braquet pour évoluer vers une organisation moderne? Elle ne fait que dire non à tout, ne propose jamais de proposition financièrement réalisable, et emploi des moyens de violence qui datent d'une autre époque. Elle veut toujours distribuer plus, mais bloque en permanence les capacités de produire ce plus qu'elle veut distribuer. Quel paradoxe!
En tant que personnel de bibliothèque je tiens à dire qu'un document incommunicable est bien souvent impossible à numériser du fait de son état et en particulier les ouvrages imprimés sur du papier dit « acide ».



Ce type de papier très largement utilisé pendant près d’un siècle devient extrêmement cassant avec l’âge et impossible à manipuler.
ActuaLittés est tout à fait dans son rôle en faisant la place à l’expression des représentants des personnels de la culture. En dehors des personnes allergiques à la CGT qui s’expriment

dans des commentaires, le constat posé sur la réalité de l’appauvrissement des services publics est évident et la culture n’y fait pas exception. Les gens actuellement au pouvoir ne font qu’accentuer d’avantage cette tendance, il est naturel que des personnes qui subissent ces affaiblissements s’expriment.
Je ne suis pas d'accord de donner la parole à la CGT qui n'apporte rien au débat sauf du négatif. Leur intellect est au niveau de leurs actions: casse, grève, blocage, menaces et intimidations. Bravo, et on les appelle "partenaires sociaux"! Le commentaire de LOL dit ecoeurant, en effet, la CGT est une honte pour ce pays. Si Actualitté continue à leur donner la parole, je me désabonne. Il y des limites de l'acceptable.
Bonjour

De même que vous étiez libre de vous abonner, de même vous êtes libre de vous désabonner.

Mais en aucun cas ActuaLitté ne cessera de donner la parole aux différents acteurs de toute l'industrie.

Le principe du "si vous continuez... je pars" n'est pas celui sur lequel nous avons bâti l'organisation de ce journal, ni même raccord avec sa philosophie.

Bien à vous

Nicolas Gary - directeur de la publication
Bien dit et avec raison, Monsieur Gary.
Si le PIB a augmenté, c'est peut-être justement qu'on a fait des coupes budgétaires.



Vous préférez que les pauvres vous doivent tout ce que vous volerez aux riches, ou qu'ils deviennent riches par eux-mêmes ?
De plus en plus drôle… la CGT "fait régner la peur et l'intimidation dans les entreprises", elle "vole les riches", elle est "responsable de la perte de millions d'emploi", elle "n'existe que grâce à une loi soviétique", "leurs actions: casse, grève, blocage, menaces et intimidations" et elle a même tué des enfants il paraît.
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